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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2300798

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300798

mercredi 20 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300798
TypeDécision
Avocat requérantSCP GIROIRE REVALIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 novembre 2022 au greffe du tribunal administratif de Poitiers, M. H A et Mme I K, représentés par la SCP Giroire Revalier, demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise architecturale et ergothérapique afin de compléter l'expertise médicale réalisée en 2021 par le docteur G, en matière de détermination des aménagements nécessaires à l'accueil et aux conditions de vie liés à la paraplégie du jeune E A, de donner tous éléments permettant d'apprécier leurs préjudices, de dire que l'expert remettra un pré-rapport aux parties, de mettre la consignation des frais d'expertise à la charge de l'Office national des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), de condamner l'ONIAM à leur verser la somme de 20 000 € à titre de provision, la somme de 5 000 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice et à s'acquitter des entiers dépens.

Ils soutiennent que :

- E, né le 10 novembre 2006, est suivi, depuis l'âge de trois ans, par le centre hospitalier régional universitaire de Tours pour une scoliose et une cyphose ;

- à l'âge de cinq ans, un traitement par corset a été mis en place ;

- à l'âge de neuf ans, des tiges de croissance rachidiennes sous-cutanées ont été posées, ce qui nécessite des retentes régulières en fonction de la croissance du patient lesquelles étaient réalisées par le professeur B ;

- au début de l'année 2020, il a été constaté que son cou basculait en avant et qu'il se plaignait de douleurs au bras ;

- une radiographie a été réalisée en juillet 2020 et a fait apparaître un déplacement des tiges, mais le praticien a estimé que le replacement des tiges pouvait attendre janvier 2021 ;

- le 4 janvier 2021, il a été opéré pour une nouvelle retente des tiges et au réveil et a ressenti une paraplégie au niveau T8 avec absence de mobilité volontaire des membres inférieurs, une anesthésie sensitive avec un niveau net à la xyphoïde sans déficit des membres supérieurs et sans syndrome pyramidal, ce qui a conduit à une reprise chirurgicale pour ablation des crochets supérieurs et des tiges en laissant les vis pédiculaires lombaires ; un halo crânien pour traction a été mis en place avec un poids d'un kilo cinq ;

- le 5 janvier 2021, un scanner a été réalisé montrant d'importants remaniements oedémato-hémorragiques épiduraux postérieurs et un hématome aigu épidural compressif, ce qui a conduit à une nouvelle intervention le jour même consistant en une extension de laminectomie ; il a été constaté la présence d'un morceau de Surgicel, qui a été retiré, et au contact de celui-ci un hématome ;

- le 7 janvier 2021, une IRM a été réalisée et a révélé la présence d'une anomalie de signal du cordon médullaire ;

- son état de santé s'est compliqué d'une insuffisance respiratoire et d'une atélectasie du poumon gauche ;

- à ce jour, il présente une paraplégie post-opératoire, ainsi qu'une insuffisance respiratoire sévère et une dénutrition avec un probable syndrome de la pince aorto-mésentérique compliquant le projet de soin ; il est dépendant d'un nursing intensif et nécessite une hospitalisation en surveillance continue ou en réanimation ;

- il a été transféré à l'hôpital de Garches pour la réalisation d'examens complémentaires et la consultation de nouveaux spécialistes ;

- par ordonnance n° 2101484 du 1er juillet 2021, le tribunal administratif d'Orléans a prononcé une mesure d'expertise confiée au docteur G, neurochirurgien, dont le rapport du 7 décembre 2021 conclut à l'absence de consolidation définitive de l'état de santé du jeune E A et à la définition ultérieure de l'intégralité de ses préjudices ;

- cette expertise médicale révèle qu'il est indispensable d'adapter le domicile de M. A et présente, à ce titre, un caractère d'utilité.

Par un mémoire enregistré le 15 novembre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de Charente-Maritime agissant pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie de la Vienne ne s'oppose pas à la demande d'expertise et se réserve le droit de produire sa créance à l'issue de la procédure.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 novembre 2022, l'Office National d'Indemnisation des Accidents Médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par l'AARPI Jasper Avocats, ne s'oppose pas au principe de la mesure d'expertise sollicitée et formule toutes protestations et réserves d'usage, elle sollicite que le Centre Hospitalier Régional Universitaire (CHRU) de Tours soit mis en cause, conclut au rejet des conclusions des requérants tendant à la condamnation de l'ONIAM au paiement des sommes de 20 000 € à titre de provision et de 5 000 € au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et sollicite la réserve des dépens.

Il soutient que :

- l'obligation mise à la charge de l'ONIAM se révèle sérieusement contestable dans la mesure ou le rapport d'expertise du 7 décembre 2021 ne permet pas d'établir l'absence de faute médicale commise par le CHRU de Tours ; la solidarité nationale s'exerçant à titre subsidiaire en l'absence de faute médicale et en présence d'un préjudice anormal ne trouve donc pas matière à s'appliquer en l'espèce.

Par un mémoire en réplique, enregistré le 7 décembre 2022, M. H A et Mme I K maintiennent, par les mêmes moyens, leurs conclusions à fins d'expertise complémentaire et de condamnation de l'ONIAM au paiement des frais d'expertise, d'une provision, des frais irrépétibles et des entiers dépens.

Par une ordonnance n° 2202784 du 15 février 2023, le Président du tribunal administratif de Poitiers a transmis la requête de M. A et Mme K au tribunal administratif d'Orléans en application des articles R. 351-3 et R. 312-14 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2023, le Centre Hospitalier Régional Universitaire (CHRU) de Tours, représenté par la SELARL Dérec, conclut au rejet de la demande de l'ONIAM tendant à lui rendre communes et opposables les opérations d'expertise et sollicite la condamnation de ce dernier à lui verser la somme de 1 500€ à titre d'indemnité pour frais de justice.

Il soutient que :

- la prise en charge du jeune E A par le CHRU de Tours a été conforme aux règles de l'art et l'ONIAM n'apporte aucun élément médico-légal permettant de soutenir le contraire ;

- en conséquence, la mise en cause de l'hôpital est dénuée de toute utilité.

La requête a été communiquée au groupe Malakoff Humanis Prévoyance et à la société d'assurance MACIF qui n'ont pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ". La prescription d'une mesure d'expertise en application de ces dispositions est subordonnée à son utilité pour le règlement d'un litige principal qui doit être appréciée en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens et de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir en prenant en compte, à cet effet, les expertises judiciaire ou amiable qui ont pu être prescrites ou réalisées au titre du même litige et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.

2. Il résulte de l'instruction que le litige susceptible d'opposer les requérants à l'ONIAM relève de la compétence de la juridiction administrative. Cet établissement ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée. Enfin, dans son rapport en date du 7 décembre 2021, l'expert a fixé provisoirement les préjudices du jeune E A, en l'absence de consolidation de son état, en préconisant l'organisation ultérieure d'une nouvelle mesure d'expertise en matière d'adaptation de ses conditions matérielles de vie.

3. La demande d'expertise complémentaire présentée par M. A et Mme K, en ce qu'elle tend notamment à déterminer les aménagements matériels et l'accompagnement humain rendus nécessaires par l'état de santé de leur fils et l'évaluation définitive de ses préjudices, entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative et présente un caractère utile. Il y a lieu, par suite, d'y faire droit et de fixer la mission des experts comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur la mise hors de cause du CHRU de Tours :

4. L'ONIAM sollicite que l'expertise soit rendue commune et opposable au CHRU de Tours ayant assuré l'hospitalisation et le suivi médical de M. A. Il ressort toutefois de l'instruction que, dans son rapport d'expertise du 7 décembre 2021, le docteur G estime que la prise en charge par l'hôpital est conforme aux règles de l'art et que le dommage présente le caractère d'un accident médical non fautif aux conséquences anormales au regard de l'état antérieur du patient, de sorte que la participation du CHRU aux opérations d'expertise ayant pour objet d'évaluer l'adaptation immobilière et ergothérapeutique des conditions matérielles de vie de M. E A ne présente pas d'utilité. Au surplus, il n'appartient pas au juge des référés de connaître des critiques au fond du rapport d'expertise telles que formulées par l'ONIAM quant à un quelconque éventuel manquement de l'hôpital. Il y a donc lieu de mettre hors de cause le CHRU de Tours.

Sur les conclusions de l'ONIAM tendant à lui donner acte de ses protestations et réserves :

5. L'ONIAM demande de lui donner acte de ses protestations et réserves sur sa mise en cause et sa responsabilité. Il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de donner acte de telles protestations et réserves.

Sur la demande des requérants tendant à ce que les experts établissent une note de synthèse ou un pré-rapport avant le dépôt du rapport définitif :

6. Aux termes de l'article R. 621-7 du code de justice administrative, " L'expert garantit le caractère contradictoire des opérations d'expertise. () Les observations faites par les parties, dans le cours des opérations, sont consignées dans le rapport. L'expert recueille et consigne les observations des parties sur les constatations auxquelles il procède et les conclusions qu'il envisage d'en tirer () ". En application de ces dispositions, il appartient aux experts, dans la conduite des opérations qui leur sont confiées dans le respect du principe du contradictoire, de communiquer aux parties leurs constations et conclusions potentielles et de recueillir leurs éventuelles observations. Cependant, le dépôt d'un pré-rapport assurant et formalisant ainsi le partage des informations recueillies demeure une simple faculté. Par conséquent, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des parties tendant à la production d'un pré-rapport.

Sur les conclusions des requérants tendant au prononcé de la consignation à valoir sur les frais d'expertise à la charge de l'ONIAM :

7. L'organisation des mesures d'expertise devant le juge administratif est régie par les articles R. 621-1 et suivants du code de justice administrative, qui contrairement au code de procédure civile, ne prévoient pas la fixation d'une consignation. Par suite, les conclusions susvisées des requérants tendant à la détermination d'une telle consignation ne sont pas recevables.

Sur les frais d'expertise :

8. Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Ces frais et honoraires sont, en principe, mis à la charge de la partie qui a demandé le prononcé de la mesure d'expertise. Toutefois, pour des raisons d'équité, ils peuvent être mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties (). ".

9. Aux termes de ces dispositions, il n'appartient pas au juge des référés de se prononcer, au stade de la désignation du ou des experts, sur la charge future des dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne. Par suite, les conclusions présentées par les parties relatives aux dépens doivent être rejetées.

Sur la demande de provision :

10. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ".

11. Les conclusions tendant, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, à l'octroi d'une provision doivent être présentées par une requête distincte et ne sont pas, en tout état de cause, recevables lorsqu'elles sont, comme en l'espèce, introduites en complément d'une requête formulée en application de l'article R. 532-1 de ce code. Par suite, les conclusions à fin d'allocation d'une provision présentées par les requérants sont irrecevables dans le cadre de la présente instance et doivent être rejetées.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. A, Mme K et le CHRU de Tours sur le fondement de ces dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : Le collège d'experts composé de M. D J, architecte, demeurant 23 rue de la Chaîne à Poitiers (86000), et de Mme F C, ergothérapeute, demeurant 18 rue des Canons à La Tremblade (17390), est désigné avec pour mission de :

1°) Convoquer les parties et leurs conseils ;

2°) Se faire remettre par les parties toutes les pièces nécessaires à l'accomplissement de sa mission (devis, factures de travaux déjà réalisés, ) ;

3°) Se rendre au domicile des parents de M. E A en sa présence ; examiner les lieux en présence des parties et de leurs conseils présents ou dûment convoqués ; en décrire l'état actuel et dire s'ils correspondent aux besoins du jeune E A ;

4°) Dire si des aménagements, modifications du logement sont nécessaires compte tenu de l'état de santé de l'intéressé ; décrire les aménagements et modifications nécessaires ; dire si la situation de logement actuel permet une accessibilité d'usage et la reprise d'une autonomie ; décrire les aides techniques, appareillages et systèmes domotiques nécessaires à l'état de M. E A ;

5°) Chiffrer le coût global des aménagements et modifications du lieu de vie, des aides techniques, appareillage et systèmes domotiques nécessaires, en estimer leurs coûts et leurs renouvellements ; estimer d'éventuels coûts annexes ;

6°) apporter, d'une manière générale, tous éléments qui seraient utiles à la solution du litige par la juridiction éventuellement saisie.

Article 2 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre, d'une part,

MM. A et Mme K et la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime, et, d'autre part, l'ONIAM, la société Malakoff Humanis Prévoyance et la société d'assurance MACIF.

Article 3 : Les experts accompliront leur mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Ils ne pourront recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 4 : Préalablement à toute opération, les experts effectueront une déclaration sur l'honneur dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 5 : Les experts avertiront les parties et organiseront le déroulement des travaux d'expertise conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 6 : Les experts déposeront leur rapport définitif au greffe par voie électronique avant le 31 décembre 2023. Des copies seront notifiées par les experts aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 8 : Le surplus des demandes des parties est rejeté.

Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E A, à M. H A, à Mme I K, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime, au CHRU de Tours, à l'ONIAM, à la société Malakoff Humanis Prévoyance, à la société d'assurance MACIF.et aux experts.

Fait à Orléans, le 20 septembre 2023.

Le Président,

Benoist GUÉVEL

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

ABo

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