vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2301163 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | SCP MERY-RENDA-KARM-GENIQUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 mars et 10 mai 2023, la Chambre des Métiers et de l'Artisanat (CMA) d'Eure-et-Loir, représentée par la SELARL Isalex, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise aux fins de décrire et de constater les désordres affectant l'extension et de la restructuration du pôle automobile du centre interprofessionnel de formation des apprentis, d'en déterminer les causes ainsi que les travaux réparatoires nécessaires pour y mettre fin et chiffrer le coût de ces derniers, de dire si les désordres sont de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination, de manière générale de fournir tous éléments techniques et de fait et de faire toutes constatations ou investigations utiles de nature à permettre au tribunal administratif de déterminer les responsabilités éventuellement encourues et d'évaluer, s'il y a lieu, les préjudices subis par l'établissement public de coopération intercommunale.
Elle soutient que :
- à partir de janvier 2021, la déformation de cloisons en plaques de plâtre entre les salles 500 et 501, ainsi que la difficulté de manœuvre de fenêtres dans la salle 500 sont constatées ;
- en juin 2021, la société Bezault chargée du lot " Cloisons " n'entend pas reprendre ces malfaçons avant que des mesures plus précises du fléchage de dalles ne soient effectuées ;
- plusieurs expertises amiables d'assurance ont eu lieu, sans que ces dernières ne débouchent sur une solution ;
- devant la persistance des désordres - et dans une perspective de recherche de responsabilité - la CMA d'Eure-et-Loir sollicite le prononcé d'une mesure d'expertise.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2023, la SARL Sophie Bertelier et Benoît Tribouillet Architecture (SBBT) et leur assureur la Mutuelle des Architectes Français (MAF), représentées par Me Olivier Delair, s'associent aux conclusions à fins d'expertise présentées mais formulent toutes protestations et réserves d'usage, et enfin, appellent en cause la société Apave Parisienne SA en qualité de contrôleur technique des opérations et la compagnie SMABTP en qualité d'assureur de la société Best Foucault SAS.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2023, la société Bezault et son assureur, la compagnie Caisse de Réassurance Mutuelle Agricole du Centre Manche (GROUPAMA Centre Manche) intervenant volontairement, représentées par la SELARL Ubilex Avocats, sollicitent la mise hors de cause de la compagnie GROUPAMA SA, mais ne s'opposent pas à la demande d'expertise et formulent toutes protestations et réserves d'usage.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2023, la compagnie SMABTP prise en qualité d'assureur de la société Serco-Lodi titulaire du lot " Gros œuvre - Fondation - Démolition ", représentée par Me Delphine Cousseau, ne s'oppose pas à la demande d'expertise mais formule toutes protestations et réserves d'usage.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juin 2023, la société Apave Infrastructures et construction France intervenant volontairement, représentée par Me Sandrine Marié, sollicite la mise hors de cause de la société Apave Parisienne, et ne s'oppose pas à la demande d'expertise mais formule toutes protestations et réserves d'usage.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juillet 2023, la société CUBIK et son assureur, la compagnie QBE Europe SA/NV intervenant volontairement, représentées par la SELARL Meneghetti Avocats, sollicitent la mise hors de cause de la compagnie QBE Insurance Europe Limited, ne s'opposent pas à la demande d'expertise mais formulent toutes protestations et réserves d'usage.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2024, la société Best Foucault titulaire du lot " Cloisons - Doublage ", représentée par la SCP Mery - Renda - Karm - Genique, s'en rapporte à justice quant à la demande d'expertise mais formule toutes protestations et réserves d'usage et sollicite que les frais d'expertise soient mis à la charge de la CMA d'Eure-et-Loir.
La requête a été communiquée à la société CB Economie qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'expertise :
1. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. ". La prescription d'une mesure d'expertise en application de ces dispositions est subordonnée à son utilité pour le règlement d'un litige principal qui doit être appréciée en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens et de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir en prenant en compte, à cet effet, les expertises judiciaire ou amiable qui ont pu être prescrites ou réalisées au titre du même litige et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.
2. En second lieu, la circonstance que les assurés qu'ils représentent soient présents à une expertise prescrite sur le fondement des dispositions précitées ne fait pas obstacle à ce que le juge des référés soit saisi de conclusions tendant à ce que cette expertise soit réalisée au contradictoire des assureurs des parties.
3. Il résulte de l'instruction que la CMA d'Eure-et-Loir a entrepris des travaux d'extension et de restructuration du pôle automobile du centre interprofessionnel de formation des apprentis. A cette fin, la société Cubik est intervenue en tant qu'assistant maître d'ouvrage, la maitrise d'œuvre a été confiée à un groupement composé du cabinet d'architecture SBBT, de la société CB Economie et de la SAS Best Foucault. Le chantier a fait l'objet de différents lots parmi lesquels les lots " Gros œuvre " et " Cloisons - Doublage " attribués respectivement à la société Serco-Lodi, en liquidation, et à la société Bezault. Les travaux ont été réceptionnés au cours de l'année 2016 et depuis 2021 la CMA constate la déformation croissante de cloisons séparant deux salles de classes. Compte tenu de la persistance des désordres et du refus de leur prise en garantie, la CMA demande au juge des référés de désigner un expert aux fins de décrire et de constater les désordres affectant l'établissement, d'en déterminer les causes ainsi que les travaux réparatoires nécessaires pour y mettre fin et chiffrer le coût de ces derniers, de dire si les désordres sont de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination, de manière générale de fournir tous éléments techniques et de fait et de faire toutes constatations ou investigations utiles de nature à permettre au tribunal administratif de déterminer les responsabilités éventuellement encourues et d'évaluer, s'il y a lieu, les préjudices subis par la chambre des métiers et de l'artisanat.
4. Le litige au fond susceptible d'opposer la CMA d'Eure-et-Loir aux entreprises concernant les désordres précités relève de la compétence de la juridiction administrative dès lors qu'il concerne la réalisation de marchés et de travaux publics ainsi que les participants à ces travaux et leurs assureurs, comme indiqué au point 2. La mesure sollicitée par la CMA d'Eure-et-Loir entre dans le champ d'application des dispositions de l'article R. 532-1 précité et est utile afin de constater contradictoirement les désordres, déterminer les responsabilités et les travaux à exécuter pour y remédier. Par suite, il y a lieu d'ordonner l'expertise sollicitée, de désigner un seul expert et de fixer sa mission comme il est dit à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur la demande en intervention volontaire de la compagnie GROUPAMA Centre Manche et la mise hors de cause de la compagnie GROUPAMA SA :
5. La compagnie GROUPAMA SA fait valoir qu'elle n'est pas l'assureur de la société Bezault dans la mesure où cette dernière a souscrit une police d'assurance auprès de l'entité GROUPAMA Centre Manche. Dès lors, il y a lieu d'admettre l'intervention volontaire de la compagnie GROUPAMA Centre Manche qui justifie d'un intérêt suffisant en sa qualité d'assureur d'une partie appelée en cause pour participer aux opérations d'expertise, et corrélativement, de mettre hors de cause la compagnie GROUPAMA SA.
Sur la demande en intervention volontaire de la société Apave Infrastructure et Construction et la mise hors de cause de la société Apave Parisienne :
6. La compagnie société Apave Infrastructure et Construction fait valoir qu'elle vient aux droits de la société Apave Parisienne en qualité de contrôleur technique des opérations de construction. Dès lors, il y a lieu d'admettre l'intervention volontaire de la première, et corrélativement, de mettre hors de cause la seconde.
Sur la demande en intervention volontaire de la compagnie QBE Europe SA/NV et la mise hors de cause de la compagnie QBE Insurance Europe Limited :
7. La compagnie QBE Europe SA/NV fait valoir que toutes les activités et engagements de la succursale en France de QBE Insurance Europe Limited ont été transférés à la succursale en France de QBE Europe depuis le 1er janvier 2019, parmi lesquels la police d'assurance souscrite par la société Cubik mise en cause. Dès lors, il y a lieu d'admettre l'intervention volontaire de la compagnie QBE Europe SA/NV qui justifie d'un intérêt suffisant en sa qualité d'assureur d'une partie appelée en cause pour participer aux opérations d'expertise, et corrélativement, de mettre hors de cause la compagnie QBE Insurance Europe Limited.
Sur les conclusions des entreprises et de leurs assureurs tendant à leur donner acte de leurs protestations et réserves :
8. Ces sociétés demandent de leur donner acte de leurs protestations et réserves. Il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de donner acte de telles protestations et réserves. Les conclusions présentées à cette fin doivent être rejetées.
Sur les conclusions de la société Best Foucault tendant à dire et juger que les frais d'expertise seront mis à la charge de la CMA d'Eure-et-Loir :
9. Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Ces frais et honoraires sont, en principe, mis à la charge de la partie qui a demandé le prononcé de la mesure d'expertise. Toutefois, pour des raisons d'équité, ils peuvent être mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".
10. Il résulte des dispositions précitées qu'il appartient au seul président de la juridiction de désigner la ou les parties qui assumeront la charge des frais et honoraires d'expertise, après l'accomplissement de celle-ci. Par conséquent, les conclusions de la société Best Foucault qui demande au juge des référés de mettre à la charge de la CMA d'Eure-et-Loir les frais d'expertise à intervenir ne peuvent qu'être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : Les compagnies GROUPAMA SA et QBE Insurance Europe Limited ainsi que la société Apave Parisienne sont mises hors de cause.
Article 2 : M. A B, ingénieur spécialisé en structures, demeurant 8 bis avenue Beauséjour à Rueil Malmaison (92500), est désigné en qualité d'expert avec pour mission de :
1°) se rendre sur les lieux du centre interprofessionnel de formation des apprentis sis rue Charles Isidore Douin à Chartres, se faire remettre tous documents utiles à l'accomplissement de sa mission et entendre toute personne susceptible de l'éclairer, procéder à toutes constatations utiles relatives à l'état de l'établissement et notamment procéder au relevé précis et détaillé de tous des désordres affectant les cloisons des salles de cours, dire s'ils sont évolutifs ou généralisés ;
2°) dire si les désordres dénoncés par la CMA d'Eure-et-Loir sont de nature à compromettre la solidité de l'ouvrages ou à le rendre impropre à leur destination, s'ils sont imputables à un défaut de conception, à un défaut de surveillance des travaux, à des défauts d'exécution, à des défauts de maintenance ou à toute autre cause et, en cas de causes multiples, d'indiquer la part imputable à chacune des causes ;
3°) fournir tous éléments techniques et de fait de nature à permettre à la juridiction éventuellement saisie de déterminer les responsabilités encourues ;
4°) déterminer les travaux de réparation nécessaires pour remédier aux désordres ;
5°) indiquer les travaux éventuels à réaliser d'urgence, dans l'hypothèse où les désordres relevés seraient de nature à constituer un risque pour la sécurité des usagers ;
6°) fournir tous éléments permettant à la juridiction éventuellement saisie d'évaluer l'ensemble des préjudices subis par la CMA d'Eure-et-Loire, notamment le coût des travaux de réparation des désordres ;
7°) apporter, d'une manière générale, tous éléments qui seraient utiles à la solution du litige par la juridiction saisie.
Article 3 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 4 : Préalablement à toute opération, l'expert effectuera une déclaration sur l'honneur dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 5 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement en présence des représentants de la CMA d'Eure-et-Loir, de la société Cubik, de la compagnie QBE Europe SA/NV, de la société SBBT, de la compagnie MAF, de la société CB Economie, de la société Best Foucault, de la société Bezault, de la SMABTP, de la compagnie GROUPAMA Centre Manche et de la société Apave Infrastructure et Construction.
Article 6 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 7 : L'expert déposera son rapport définitif au greffe par voie électronique avant le 31 décembre 2024. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.
Article 8 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.
Article 9 : Le surplus des demandes des parties est rejeté.
Article 10 : La présente ordonnance sera notifiée à la CMA d'Eure-et-Loir, à la société Cubik, à la compagnie QBE Europe SA/NV, à la société SBBT, à la compagnie MAF, à la société CB Economie, à la société Best Foucault, à la société Bezault, à la SMABTP, à la compagnie GROUPAMA Centre Manche, à la société Apave Infrastructure et Construction, à la compagnie GROUPAMA SA, à la compagnie QBE Insurance Europe Limited, à la société Apave Parisienne
et à l'expert.
Fait à Orléans, le 28 juin 2024.
Le Président,
Juge des référés,
Benoist GUÉVEL
La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
ABo