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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2301219

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2301219

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2301219
TypeDécision
Avocat requérantSCPA SEBAN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 mars 2023, M. B, représenté par Me Kribeche-Gauvain, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du maire de la commune de Dreux en date du 24 janvier 2023, notifiée le 30 janvier 2023, de le licencier pour faute disciplinaire ;

2°) d'enjoindre à la commune de Dreux de lui octroyer une provision de 20 000 euros au titre des préjudices subis du fait de cette décision de licenciement ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Dreux la somme de 2 500 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie car la décision en litige préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation et à ses intérêts puisque licencié sans indemnité ni préavis car, alors qu'il percevait un salaire pour sa fonction de DGA de 5 480,46 euros et pour ses fonctions au seins du CCAS et du SPL d'environ 900 euros, il ne perçoit plus que 270,05 euros au 1er mars 2023 ; dès lors, il établit ne plus pouvoir faire face à ses charges fixes notamment son crédit immobilier, pour la voiture, les frais d'étude pour sa fille, les aides pour ses enfants, les impôts, etc ; il subit une privation de sa rémunération mais également de la prise en charge des frais d'avocat, ce qui le prive non seulement de moyens de subsistance mais également d'une défense sereine et effective et complète ;

- la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée est remplie car :

* elle est entachée de violation des règles relatives à la procédure disciplinaire en raison du défaut d'impartialité de la commission de discipline dont un des membres est celui qui a déposé à son encontre une plainte pénale pour vols ainsi que d'une violation de l'article 6 de la CEDH, de l'absence de communication effective du dossier disciplinaire en violation de la loi du 22 avril 1905 et de l'article L. 532-4 du code général de la fonction publique, de ce qu'il n'a pas pu se défendre, en raison d'un dossier disciplinaire uniquement à charge tronquée de pièces pourtant essentielles notamment des pièces pénales et reposant sur des preuves recueillies dans des conditions déloyales ;

* elle est entachée d'un vice de forme tenant à l'absence de lisibilité des griefs reprochés car alors que ni les faits de vols de documents ni les faits de détournement de matériels Darty et de faux, ni la plainte pour délit de concussion n'ont été retenus comme caractérisés, l'autorité territoriale a mentionné pour la première fois dans l'arrêté de licenciement les atteintes au code de déontologie et aux obligations de probité, désintéressément et intégrité ;

* elle est entachée d'erreur de fait car les griefs de l'avis de discipline ne sont pas constitués ; il a seulement transmis un certificat administratif, non établi et non signé par lui, afin de ne pas pénaliser une société et, au contraire de ce qu'il lui est reproché, il a parfaitement respecté les règles dans le cadre des décisions prises en amont ; étant un simple exécutant, il n'a aucun droit à refuser les décisions prises par la collectivité des élus et les faits qui sont reprochés sont des pratique collectives anciennes dont le maire était parfaitement au courant ainsi que le DGS ; ce fait a été monté en épingle pour les besoins de la cause afin de lui imputer des fautes à car il avait refusé la menace et le chantage du maire et du DGS de témoigner contre des élus qui avaient signé la pétition à l'encontre du DGS et du cabinet du maire ;

* elle est entachée d'erreur de qualification juridique des faits car ceux-ci constituent pas des fautes ;

* elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

* si les griefs non fondés dénués de gravité étaient retenus comme des fautes, ils constitueraient des fautes légères justifiant une sanction moins grave ;

* la plainte pénale pour vol de document n'avait aucun fondement et n'a eu aucune suite et elle résulte d'un détournement de procédure ;

* la décision attaquée est entachée de détournement de pouvoir car elle a été prise dans un contexte de harcèlement moral et de guerre politique entre l'autorité territoriale et certains élus ;

- le licenciement en litige lui a causé un préjudice moral et matériel important lié à l'absence de revenus depuis le début de l'engagement de la procédure disciplinaire, soit la perte de revenus de 13 270 euros et un préjudice moral caractérisé par l'atteinte à sa réputation, à son honneur, à sa carrière et au harcèlement moral évalué à la somme de 30 000 euros et il est par suite fondé à solliciter la somme forfaitaire de 20 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 avril 2023, la commune de Dreux, représentée par Me Carrère, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge du requérant la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie car le requérant bénéficie d'un revenu de remplacement et il n'est pas établi que ce revenu ne lui permettrait pas de faire face à ses dépenses courantes ; il ne démontre pas que son foyer ne peut faire face à ses charges courantes puisqu'il ne justifie ni des ressources de son foyer pris dans son ensemble ni de ses charges ; subsidiairement, les motifs ayant conduit la commune à le licencier caractérisent un intérêt public qui fait obstacle à ce que la condition d'urgence soit regardée comme étant remplie ;

- aucun des moyens soulevés n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;

- les autres pièces du dossier ;

- et la requête au fond n° 2301218 présentée par M. B.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 20 avril 2023 à 11 heures, présenté son rapport et entendu les observations de Me Lefebure, substituant Me Carrère, représentant la commune de Dreux, qui a persisté dans ses conclusions de rejet en soulignant que l'urgence doit être justifiée par la production de justificatifs probants, que la décision en litige est légale en tous points et que la commune a été amenée à exposer des frais d'avocats.

M. B n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, à 11 heures 10 minutes.

Une note en délibéré a été déposée pour M. B, enregistrée le 20 avril 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. Pour l'application de ces dispositions, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

3. M. B soutient que l'urgence est caractérisée car la décision en litige préjudicie gravement à sa situation dès lors qu'il subit une perte importante de revenus. Toutefois, ainsi que l'oppose la commune, le requérant, qui ne produit aucun justificatif des charges dont il allègue ni aucun élément relatif aux revenus de son foyer pris dans son ensemble, n'établit pas la situation financière difficile dont il allègue.

4. Par suite, la condition d'urgence, qui doit s'apprécier objectivement comme globalement, n'est pas remplie et, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un moyen de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, les conclusions tendant à la suspension de son exécution doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence et en tout état de cause, les conclusions du requérant aux fins de condamnation de la commune de Dreux à lui verser une provision en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi en conséquence de cette décision.

Sur les frais liés au litige :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Dreux, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du requérant une somme de 1 000 euros à verser à la commune de Dreux sur le fondement de ces mêmes dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera la somme de 1 000 euros à la commune de Dreux sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B et à la commune de Dreux.

Fait à Orléans, le 20 avril 2023.

La juge des référés,

Anne C

La République mande et ordonne à la préfète d'Eure-et-Loir en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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