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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2301353

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2301353

lundi 2 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2301353
TypeDécision
Avocat requérantSCPA NORMAND & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 avril 2023, Mme I C agissant en qualité d'ayant-droit de son père décédé, M. G C, représentée par Me Germain Yamba, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise médicale en vue de déterminer si M. G C a bénéficié d'une prise en charge adaptée et de soins attentifs par les services du Centre Hospitalier Régional Universitaire (CHRU) de Tours, du Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Poitiers et du Centre Hospitalier (CH) de Blois lors du traitement de son cancer du foie décelé en août 2018 jusqu'à la date de son décès, de donner tous éléments permettant d'apprécier l'existence et de quantifier l'importance des souffrances physiques et morales endurées et des répercussions sur l'espérance de vie de la victime.

Elle soutient que :

- M. C exerçait au sein de la casse automobile de M. H B dont la fermeture a été prescrite par arrêté préfectoral n° 20 592 du 11 juillet 2018 en raison de l'absence de conformité du site à la réglementation des installations classées ;

- dès le mois d'août 2018, un diagnostic de cancer du foie (7 nodules de carcinome hépatocellulaire) est posé. Son médecin généraliste, le docteur F E, l'adresse au CHRU de Tours pour des examens complémentaires ;

- il est traité par radio embolisation au CHU de Poitiers, puis par prescription de Nexavar à l'égard duquel il se révèle intolérant. Seuls des soins de confort lui sont ensuite prodigués et il décède le 13 juillet 2020 ;

- estimant que le diagnostic et les soins dispensés à son père n'ont pas été satisfaisants, Mme I C sollicite la présente mesure d'expertise au contradictoire des établissements hospitaliers, du médecin traitant et de l'employeur de M. C.

Par un mémoire, enregistré le 13 avril 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher indique qu'elle n'interviendra pas dans ce dossier.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 avril 2023, le CHU de Poitiers, représenté par la SCP Normand et Associés, indique ne pas s'opposer à l'expertise mais formule toutes protestations et réserves sur sa responsabilité et sollicite que les frais d'expertise soient mis à la charge de la requérante.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2023, le CHRU de Tours, représenté par la SELARL Dérec, indique ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée mais formule toutes protestations et réserves sur sa responsabilité. Il demande que la mission de l'expert soit complétée, qu'il établisse un pré-rapport ou une note de synthèse avant le dépôt de son rapport définitif assorti d'un délai suffisant pour que les parties puissent y répondre, et qu'il se fasse communiquer préalablement le relevé des frais et débours assumés par les organismes sociaux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mai 2023, le CH de Blois, représenté par la SELARL Dérec, conclut, à titre principal, au rejet de sa mise en cause, et à titre subsidiaire, formule toutes protestations et réserves sur sa responsabilité, demande que la mission de l'expert soit complétée, qu'il établisse un pré-rapport ou une note de synthèse avant le dépôt de son rapport définitif assorti d'un délai suffisant pour que les parties puissent y répondre, et qu'il se fasse communiquer préalablement le relevé des frais et débours assumés par les organismes sociaux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2023, le docteur F E, représenté par Me François-Xavier Pelletier, s'en rapporte à justice quant à l'expertise sollicitée mais formule toutes protestations et réserves sur sa responsabilité, et demande que la mission de l'expert soit complétée.

La requête a été communiquée au M. H B qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ". La prescription d'une mesure d'expertise en application de ces dispositions est subordonnée à son utilité pour le règlement d'un litige principal qui doit être appréciée en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens et de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir en prenant en compte, à cet effet, les expertises judiciaire ou amiable qui ont pu être prescrites ou réalisées au titre du même litige et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.

2. Il résulte de l'instruction que le litige susceptible d'opposer la requérante au CHRU de Tours et au CHU de Poitiers relève de la compétence de la juridiction administrative. Ces services hospitaliers ainsi que le docteur E, médecin traitant de M. G C, ne s'opposent pas à la mesure d'expertise sollicitée, pas plus que M. B, employeur de M. C, qui n'a pas produit de mémoire. Mme I C entend, au principal, mettre en cause la responsabilité des établissements de santé. Par conséquent, la mesure d'expertise sollicitée présente un caractère d'utilité et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dès lors, d'y faire droit, et d'ordonner une expertise comme il est précisé à l'article 2 de la présente ordonnance.

Sur la demande de mise hors de cause de CH de Blois :

3. Au soutien de sa mise hors de cause, cet établissement indique qu'il n'a dispensé aucun soin à M. C. S'il ressort que ce dernier devait consulter le service de gastro-entérologie de cet hôpital le 9 avril 2020, ce rendez-vous n'a cependant pas été honoré par l'intéressé, de sorte que le CH de Blois n'a effectué aucune prise en charge le concernant. Dans la mesure où le CH de Blois n'a pas participé au parcours de soins du patient, sa présence aux opérations d'expertise ne présente pas de caractère d'utilité au sens de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il suit de là qu'il y a lieu de faire droit aux conclusions du CH de Blois aux fins de mise hors de cause.

Sur les conclusions du CHRU de Tours, du CHU de Poitiers et du docteur E tendant à leur donner acte de leurs protestations et réserves :

4. Le CHRU de Tours, le CHU de Poitiers et le docteur E demandent au tribunal de leur donner acte de leurs protestations et réserves sur leurs mises en cause et leurs responsabilités. Il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de donner acte de telles protestations et réserves.

Sur la demande du CHRU de Tours tendant à ce que l'expert établisse une note de synthèse ou un pré-rapport avant le dépôt de son rapport :

5. Aux termes de l'article R. 621-7 du code de justice administrative : " L'expert garantit le caractère contradictoire des opérations d'expertise. () Les observations faites par les parties, dans le cours des opérations, sont consignées dans le rapport. L'expert recueille et consigne les observations des parties sur les constatations auxquelles il procède et les conclusions qu'il envisage d'en tirer () ". En application de ces dispositions, il appartient à l'expert, dans la conduite des opérations qui lui sont confiées dans le respect du principe du contradictoire, de communiquer aux parties ses constatations et conclusions potentielles et de recueillir leurs éventuelles observations sous la forme d'un projet de rapport communiqué aux parties. Par suite, il y a lieu de faire droit aux conclusions du CHRU de Tours déposées en ce sens.

Sur la demande du CHRU de Tours tendant à ce que l'expert se fasse communiquer préalablement le relevé des frais et débours des organismes de sécurité sociale :

6. L'article R. 621-7-1 du code du même code dispose que " Les parties doivent remettre sans délai à l'expert tous documents que celui-ci estime nécessaires à l'accomplissement de sa mission () ". Il en résulte que, dans le cadre de ses prérogatives de direction des investigations, il revient à l'expert d'apprécier s'il y a lieu de se faire communiquer certains documents ou certaines pièces détenues par les parties. Il suit de là que les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions du CHU de Poitiers tendant à dire et juger que les frais d'expertise seront mis à la charge de la requérante :

7. Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Ces frais et honoraires sont, en principe, mis à la charge de la partie qui a demandé le prononcé de la mesure d'expertise. Toutefois, pour des raisons d'équité, ils peuvent être mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".

8. Il résulte des dispositions précitées qu'il appartient au seul président de la juridiction de désigner la ou les parties qui assumeront la charge des frais et honoraires d'expertise, après l'accomplissement de celle-ci. Par conséquent, les conclusions du CHU de Poitiers qui demande au juge des référés de mettre à la charge de Mme I C les frais d'expertise à intervenir ne peuvent qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Le CH de Blois est mis hors de cause.

Article 2 : Le docteur D A, oncologue, domicilié 22 Allées Gambetta à Clichy (92110), est désigné en qualité d'expert avec pour mission de :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. G C et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins et aux diagnostics pratiqués sur lui par le docteur E et les services du CHRU de Tours et du CHU de Poitiers relatifs au traitant de son affection à partir du mois d'août 2018 ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de M. G C ;

2°) décrire l'état de santé de M. G C et les conditions dans lesquelles il a été pris en charge par les services du CHRU de Tours et du CHU de Poitiers ; décrire l'état pathologique de l'intéressé ayant conduit aux soins, aux interventions et aux traitements pratiqués ;

3°) donner son avis sur le point de savoir si la maladie de M. C est en lien ou non avec son activité professionnelle, si les interventions pratiquées et les diagnostics établis ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de M. G C et aux symptômes qu'il présentait ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales du CHRU de Tours et du CHU de Poitiers ;

4°) réunir, de manière générale, tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation des services du CHRU de Tours et du CHU de Poitiers ont été commises ; rechercher si les diligences nécessaires pour l'établissement d'un diagnostic exact ont été mises en œuvre ; déterminer s'il a été victime d'un accident médical, d'un aléa thérapeutique ou d'une infection nosocomiale ;

5°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements du CHRU de Tours et du CHU de Poitiers éventuellement constatés ont fait perdre à M. G C une chance sérieuse de guérison des lésions dont il était atteint ou d'éviter le trépas ; donner son avis sur l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue par M. G C de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader en raison de ces manquements ; en cas de manquements multiples, indiquer la part imputable à chacun de ces manquements ;

6°) dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir si M. G C et ses proches ont été informés de la nature des opérations qu'il allait subir, et des conséquences normalement prévisibles de ces interventions et s'ils ont été mis à même de formuler un consentement éclairé ;

7°) donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes (souffrances endurées, préjudice psychologique, etc.) et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé ;

8°) apporter, d'une manière générale, tous éléments qui seraient utiles à la solution du litige par la juridiction éventuellement saisie.

Article 3 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre, d'une part,

Mme I C et la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher, et d'autre part, le CHRU de Tours, le CHU de Poitiers, le docteur E et M. B.

Article 4 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 5 : Préalablement à toute opération, l'expert effectuera une déclaration sur l'honneur dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 6 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 7 : L'expert communiquera aux parties un projet de rapport, préalablement au dépôt du rapport définitif, afin de recueillir leurs éventuelles observations.

Article 8 : L'expert déposera son rapport définitif au greffe par voie électronique avant le 31 janvier 2025. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 9 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 10 : Le surplus des demandes des parties est rejeté.

Article 11 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme I C, à la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher, au CHRU de Tours, au CHU de Poitiers, au docteur F E, à M. H B et à l'expert.

Fait à Orléans, le 2 septembre 2024.

Le Président,

Benoist GUÉVEL

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

ABo

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