lundi 2 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2301459 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | CABINET CASADEI-JUNG |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 avril 2023 et 2 février 2024, la commune de La Chapelle-Enchérie (Loir-et-Cher), représentée par la SELARL Casadéi-Jung, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise aux fins de relever et décrire les désordres, les malfaçons et/ou les non-conformités affectant l'un des murs de clôture du cimetière municipal, d'en déterminer l'origine, les causes et l'étendue et donner son avis sur les solutions appropriées pour remédier aux désordres, de préciser et chiffrer les éventuelles mesures et travaux de réparation définitive, de fournir tous les éléments permettant de déterminer si les désordres proviennent d'une erreur de conception, d'une erreur de construction ou d'un vice des matériaux et/ou produits, d'une malfaçon dans leur mise en œuvre ou de tout autre cause, de manière générale, de fournir tous éléments techniques et de fait, de faire toutes constatations ou investigations utiles de nature à permettre au tribunal administratif de déterminer les responsabilités éventuellement encourues.
Elle soutient que :
- elle confie à la société SEBC'BETON un marché de travaux en vue de réaliser la réfection et la réhabilitation partielle d'un mur de clôture du cimetière, comprenant la réfection des joints sur les pierres et le couronnement du muret (restauration chaperon des deux pentes) pour un montant de 10 910,66 € suivant devis accepté du 20 mai 2021 ;
- par lettre du 6 septembre 2021, un cabinet d'expert (Omega Assures), mandaté par la société SEBC'BETON, lui adresse une facture pour d'un montant de 31 274,34 € relative à la démolition et la reconstruction complète du mur ;
- compte tenu du refus de la commune de lui régler cette somme, la société SEBC'BETON saisit le tribunal administratif d'Orléans le 17 décembre 2021 en vue de rechercher la responsabilité de la collectivité, sous la requête n° 2104525 ;
- le 25 mai 2022, une expertise amiable d'assurance mandatée par la commune constate de nombreux manquements aux règles de l'art nécessitant d'importants travaux de reprise de l'ouvrage estimés à 27 575,37 € ;
- par jugement du 12 octobre 2023, le Tribunal administratif d'Orléans rejette la requête de la société SEBC'BETON et retient expressément que cette dernière n'a pas réalisé de travaux supplémentaires ;
- en l'absence d'accord avec cette société, elle sollicite le prononcé de la présente mesure d'expertise.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 12 mai et 19 octobre 2023, la société SEBC'BETON, représentée par la SELARL Walter et Garance Avocats, ne s'oppose pas à la demande d'expertise mais formule toutes protestations et réserves d'usage et sollicite que la mission de l'expert soit complétée et qu'il donne son avis sur le compte entre les parties.
Vu le jugement n° 2104525 du 12 octobre 2023 du tribunal administratif d'Orléans.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'expertise :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. ". La prescription d'une mesure d'expertise en application de ces dispositions est subordonnée à son utilité pour le règlement d'un litige principal qui doit être appréciée en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens et de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir en prenant en compte, à cet effet, les expertises judiciaire ou amiable qui ont pu être prescrites ou réalisées au titre du même litige et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.
2. Il résulte de l'instruction que la commune de La Chapelle-Enchérie a décidé d'engager, à partir du 12 juillet 2021, la réfection d'un des murs de clôture du cimetière municipal. A cette fin, elle a signé un devis proposé par l'entreprise SEBC'BETON pour la somme de 10 910,66 euros. Outre le litige sur le montant de la facture définitive des travaux réalisés, la commune constate que le mur présente de nombreux désordres tels que l'absence de nettoyage des pierres à l'avancement du rejointoiement, l'absence d'harpage des pierres en jonction des parois conservées et des joints alignés (coups de sabre), le bombement ou le creux de la paroi, l'espacement de joint entre les pierres, l'épaisseur de joint supérieure à 3cm, l'absence de larmier sous le couronnement, la fissuration du couronnement et la porosité du ciment. Dans ces conditions, la commune de La Chapelle-Enchérie demande au juge des référés de désigner un expert aux fins de décrire et de constater les désordres affectant le mur et leur importance, d'en déterminer les causes ainsi que les travaux nécessaires et de fournir tous les éléments permettant de déterminer l'origine des désordres permettant au tribunal administratif d'apprécier les responsabilités éventuellement encourues et d'évaluer les préjudices.
3. Le litige au fond susceptible d'opposer la commune à la société SEBC'BETON concernant les désordres précités relève de la compétence de la juridiction administrative dès lors qu'il concerne la réalisation de marchés et de travaux publics ainsi que les participants à ces travaux. La mesure sollicitée par la requérante entre dans le champ d'application des dispositions de l'article R. 532-1 précité et elle est utile afin de constater contradictoirement l'ampleur du sinistre et d'en déterminer les causes. Par suite, il y a lieu d'ordonner l'expertise sollicitée, de désigner un expert et de fixer sa mission comme il est dit à l'article 1er de la présente ordonnance.
4. En revanche, il n'y a pas lieu de confier à l'expert le soin de donner un avis sur les comptes entre les parties s'agissant, comme l'allègue la société SEBC'BETON, des travaux présentés comme supplémentaires et non réglés. Ce chef de mission soulève des questions de droit dont l'expert ne peut être saisi, ne présente pas de rapport avec la demande d'expertise initiée par la collectivité locale.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A B, ingénieur génie civil, demeurant 6 allée des Genêts à Nançay (18330) est désigné en qualité d'expert avec pour mission de :
1°) se rendre sur le site de construction du mur du cimetière situé au 23, rue Rochambeau à La Chapelle-Enchérie, de se faire remettre tous documents utiles à l'accomplissement de sa mission et d'entendre toute personne susceptible de l'éclairer, décrire la nature et l'étendue des désordres affectant le mur, procéder à toutes constatations utiles relatives à l'état de l'ouvrage et notamment procéder au relevé précis et détaillé des non-conformités dénoncées par la commune, dire s'ils sont évolutifs ou généralisés ;
2°) dire si, sur un plan technique, l'ouvrage est en état d'être réceptionné, avec réserves ou sans réserve, ou si la réception doit être ajournée au vu de la gravité des malfaçons et de l'importance des travaux de reprise à effectuer ;
3°) établir les causes et origines des désordres, déterminer si les dommages constatés sont de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination ou à compromettre sa solidité ; dire s'ils sont imputables à un défaut de conception, à un défaut de surveillance des travaux, à des défauts d'exécution, à des défauts de maintenance et d'exploitation ou à toute autre cause et, en cas de causes multiples, d'indiquer la part imputable à chacune des causes ;
4°) déterminer les travaux de réparation nécessaires pour remédier aux désordres ;
5°) indiquer les travaux éventuels à réaliser d'urgence, dans l'hypothèse où les désordres relevés seraient de nature à constituer un risque pour la sécurité des usagers et en évaluer le coût ;
6°) fournir tous éléments permettant à la juridiction éventuellement saisie d'évaluer l'étendue des préjudices subis ;
7°) apporter, d'une manière générale, tous éléments qui seraient utiles à la solution du litige par la juridiction saisie.
Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621. 2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert effectuera une déclaration sur l'honneur dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 4 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement en présence des représentants de la commune de La Chapelle-Enchérie et de la société SEBC'BETON.
Article 5 : L'expert avertira les parties et organisera le déroulement des travaux d'expertise conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 6 : L'expert communiquera aux parties un projet de rapport, préalablement au dépôt du rapport définitif, afin de recueillir leurs éventuelles observations.
Article 7 : L'expert déposera son rapport définitif au greffe par voie électronique avant le 31 janvier 2025. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.
Article 8 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.
Article 9 : Le surplus des demandes des parties est rejeté.
Article 10 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de La Chapelle-Enchérie, à la société SEBC'BETON et à l'expert.
Fait à Orléans, le 2 septembre 2024.
Le Président,
Juge des référés,
Benoist GUÉVEL
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
ABo