mardi 16 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2301900 |
| Type | Décision |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL FREDERIC ALQUIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 mai 2023 et le 29 août 2023, Mme B A, représentée par Me Alquier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 avril 2023 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande d'admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite ;
2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la compétence du signataire de l'arrêté attaqué n'est pas établie ;
- elle remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le refus de délivrance d'un titre de séjour méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- la décision fixant la Turquie comme pays de renvoi porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 août 2023, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Defranc-Dousset a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante turque née le 11 juillet 2004 à Romorantin-Lanthenay, a rejoint la Turquie durant l'été 2016. Elle déclare être entrée à nouveau sur le territoire français le 19 novembre 2022 munie d'un visa C délivré par les autorités allemandes à Izmir le 4 novembre 2022. Le 2 janvier 2023, elle a présenté une demande de titre de séjour auprès des services de la préfecture de Loir-et-Cher, complétée le 6 mars 2023, se prévalant de ses liens familiaux sur le territoire français et de ses projets professionnels. Par un arrêté du 21 avril 2023, dont elle demande l'annulation, le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande d'admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite.
2. L'arrêté contesté a été signé par M. Nicolas Hauptmann, secrétaire général de la préfecture de Loir-et-Cher, lequel disposait d'une délégation de signature à effet de signer " tous arrêtés, décisions () correspondances () relevant des attributions de l'Etat dans le département de Loir-et-Cher ", cette délégation comprenant " notamment, la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers ", accordée par le préfet de Loir-et-Cher aux termes d'un arrêté du 25 janvier 2021 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de Loir-et-Cher. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque donc en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine./L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est née sur le territoire français en juillet 2004 et y a été scolarisée jusqu'à l'âge de douze ans. Elle est partie en Turquie en 2016 en compagnie de ses frères et y a résidé jusqu'en novembre 2022. A son retour, elle est entrée sur le territoire européen munie d'un visa C délivré par les autorités allemandes, lequel ne lui permettait pas de se maintenir sur le territoire plus de 90 jours. Si elle soutient que ses parents ainsi que ses frères et son grand-père résident en France, cette seule circonstance ne saurait justifier par elle-même l'octroi d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que, d'une part, la requérante a vécu séparée de ses parents pendant six ans, d'autre part, qu'il apparait, ainsi que le fait valoir le préfet dans ses écritures en défense, que ses parents effectuent fréquemment des allers-retours entre la Turquie et la France maintenant ainsi les liens familiaux. Par suite, et alors que la requérante n'établit pas son insertion dans la société française, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être carté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 431-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1/() ".
6. En soutenant que l'ensemble de sa famille réside sur le territoire français où elle a vécu jusqu'à l'âge de 12 ans, qu'elle suit actuellement une formation depuis le 9 janvier 2023 et qu'elle souhaite devenir professeur d'anglais, la requérante, dont il a été dit au point 4 qu'elle a vécu séparée de ses parents pendant six ans, et qu'au demeurant ceux-ci effectuent fréquemment des séjours en Turquie, ne présente aucun motif à caractère exceptionnel de nature à justifier la délivrance d'un titre de séjour et n'établit pas davantage que sa situation relèverait de considérations humanitaires. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /() ".
8. En se prévalant de la présence de ses parents, de ses frères et de son grand-père sur le territoire et en indiquant qu'elle envisage d'être professeur d'anglais, la requérante, célibataire, âgée de 19 ans, qui a quitté le territoire pendant six ans et a vécu durant ce laps de temps en Turquie, n'établit pas que la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ni qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation. Par suite, les moyens tirés de l'atteinte portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire
9. Mme A soutient que la décision contestée porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et argue de ce qu'elle ne dispose d'aucune famille en Turquie. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 1, elle est entrée en France en novembre 2022 après six années passées en Turquie durant lesquelles elle a été séparée de ses parents et de son grand père. En outre, elle n'établit aucunement l'absence de famille en Turquie. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi
10. En tout état de cause, pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point précédent, la requérante n'établit pas que la décision fixant le pays de renvoi porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de l'arrêté du 21 avril 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'elle présente au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de Loir-et-Cher.
Délibéré après l'audience du 19 mars 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Best-De Gand, première conseillère,
Mme Defranc-Dousset, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.
La rapporteure,
Hélène DEFRANC-DOUSSET
La présidente,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSALa greffière,
Sarah LEROY
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA02134
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