lundi 2 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2302123 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | SCP SOREL & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 juin 2023, le Service Départemental d'Incendie et de Secours (SDIS) du Cher demande au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise aux fins de décrire et de constater les désordres affectant le centre de secours édifié sur la commune de Neuvy-sur-Barangeon, d'en déterminer les causes ainsi que les travaux réparatoires nécessaires pour y mettre fin et de chiffrer le coût de ces derniers, de dire si les désordres sont de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination, de manière générale de fournir tous éléments techniques et de fait et de procéder à toutes constatations ou investigations utiles de nature à permettre au tribunal administratif de déterminer les responsabilités éventuellement encourues et d'évaluer, s'il y a lieu, les préjudices subis par le SDIS du Cher.
Il soutient que :
- à partir de l'année 2010, il engage la construction d'un centre de secours par marché public de travaux dont la maîtrise d'œuvre est confiée à un groupement composé de la SAS Blatter d'Architecture en qualité de mandataire et assurée auprès de la Mutuelle des architectes Français (MAF) ;
- ce marché fait l'objet d'allotissement dont le lot n° 1 concernant le contrôle technique des opérations attribué à la société Socotec, assurée auprès de la compagnie AXA, et le lot n°4 relatif à la couverture et au bardage dévolu à la SARL Performances Constructions Métalliques, placée en liquidation judiciaire par jugement du Tribunal de Commerce de Châteauroux du 24 novembre 2021, et assurée par la compagnie MMA venant aux droits de la compagnie Covéa Risks ;
- les travaux sont réceptionnés le 11 juin 2013, et les réserves levées le 24 septembre 2013 ;
- il constate en 2017 un premier sinistre et confie en 2018, après expertise amiable d'assurance, des travaux portant sur le remplacement des faitières plates par des faitières crantées à l'EURL Loureiro Fernando ;
- compte tenu de la persistance des infiltrations, il charge le cabinet Attila d'une mission de recherche de fuites qui identifie la présence de 5 infiltrations par capillarité au niveau des recouvrements longitudinaux des tôles ondulées, ce recouvrement ne se faisant que sur une seule onde avec une faible pente ;
- dans la mesure ou ce constat et les mesures réparatrices envisagées ne font pas l'objet d'accord entre les parties et leurs assureurs, le SDIS du Cher s'estime fondé à solliciter la présente mesure d'expertise.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juin 2023, la SAS Blatter d'Architecture, représentée par la SELARL CM et B et Associés, s'en rapporte à justice quant à la demande d'expertise mais formule toutes protestations et réserves d'usage, et sollicite que les dépens soient réservés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2023, les compagnies MMA IARD SA et MMA IARD Assurances Mutuelles prises en qualité d'assureurs de la société Performances Constructions Métalliques, représentées par la SCP Sorel et Associés, ne s'opposent pas à la demande d'expertise mais formulent toutes protestations et réserves d'usage.
La requête a été communiquée à la compagnie d'assurances MAF, à la société Socotec et à la société Loureiro Fernando qui n'ont pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'expertise :
1. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. ". La prescription d'une mesure d'expertise en application de ces dispositions est subordonnée à son utilité pour le règlement d'un litige principal qui doit être appréciée en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens et de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir en prenant en compte, à cet effet, les expertises judiciaire ou amiable qui ont pu être prescrites ou réalisées au titre du même litige et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.
2. En second lieu, la circonstance que les assurés qu'ils représentent soient présents à une expertise prescrite sur le fondement des dispositions précitées ne fait pas obstacle à ce que le juge des référés soit saisi de conclusions tendant à ce que cette expertise soit réalisée au contradictoire des assureurs des parties.
3. Il résulte de l'instruction que le SDIS du Cher a décidé d'engager la construction d'un centre de secours sur le territoire de la commune de Neuvy-sur-Barangeon. A cette fin, la maîtrise d'œuvre est confiée à un groupement dont la SAS Blatter d'Architecture, assurée auprès de la Mutuelle des architectes Français (MAF). Ce marché comporte notamment le lot n° 1 " Contrôle technique " confié à la société Socotec, et le lot n° 2 " Couverture - Bardage " attribué à la SARL Performances Constructions Métalliques, assurée par la compagnie MMA. L'ouvrage est réceptionné le 11 juin 2013, et les réserves levées le 24 septembre 2013. A partir de 2017, le SDIS du Cher constate divers désordres affectant la couverture du bâtiment et son étanchéité susceptibles de compromettre la solidité et le bon fonctionnement de l'ouvrage. Malgré une première réparation, les désordres persistent et les causes du sinistre ne sont pas partagées les parties. En conséquence, le SDIS du Cher demande au juge des référés de désigner un expert aux fins de décrire et de constater les infiltrations, d'en déterminer les causes ainsi que les travaux réparatoires nécessaires pour y mettre fin et chiffrer le coût de ces derniers, de dire si les désordres sont de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination, de manière générale de fournir tous éléments techniques et de fait et de procéder à toutes constatations ou investigations utiles de nature à permettre au tribunal administratif de déterminer les responsabilités éventuellement encourues et d'évaluer, s'il y a lieu, les préjudices subis par le requérant.
4. Le litige au fond susceptible d'opposer le SDIS du Cher aux entreprises concernant les désordres précités relève de la compétence de la juridiction administrative dès lors qu'il concerne la réalisation de marchés et de travaux publics ainsi que les participants à ces travaux et leurs assureurs, comme indiqué au point 2. La mesure sollicitée par le requérant entre dans le champ d'application des dispositions de l'article R. 532-1 précité et est utile afin de constater contradictoirement les désordres et déterminer les causes, les responsabilités et les travaux à exécuter pour y remédier. Par suite, il y a lieu d'ordonner l'expertise sollicitée, de désigner un seul expert et de fixer sa mission comme il est dit à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur les conclusions de SAS Blatter d'Architecture et des compagnies MMA IARD SA et MMA IARD Assurances Mutuelles tendant à leur donner acte de leurs protestations et réserves :
5. Ces sociétés demandent au juge des référés de leur donner acte de leurs protestations et réserves. Saisi sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, il ne lui appartient pas, toutefois, de donner acte de telles protestations et réserves. Les conclusions présentées à cette fin ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les dépens :
6. Dans le cas d'une expertise ordonnée en référé, il revient au seul président du tribunal de désigner par ordonnance, après remise du rapport d'expertise, la partie qui assumera la charge des frais et honoraires en application du premier alinéa de l'article R. 621-13 susmentionné. Il n'appartient au juge des référés ni de déterminer la charge des dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne ni de la réserver pour le futur.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B A, ingénieur en bâtiments et travaux publics, demeurant 11 chemin de l'église à Brinay (18120), est désigné en qualité d'expert avec pour mission de :
1°) se rendre sur les lieux du centre de secours à Neuvy-sur-Barangeon, se faire remettre tous documents utiles à l'accomplissement de sa mission et entendre toute personne susceptible de l'éclairer, procéder à toutes constatations utiles relatives à la couverture du bâtiment et notamment procéder au relevé précis et détaillé de tous les désordres l'affectant, dire s'ils sont évolutifs ou généralisés ;
2°) dire si ces désordres sont de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination, s'ils sont imputables à un défaut de conception, à un défaut de surveillance des travaux, à des défauts d'exécution, à des défauts de maintenance ou à toute autre cause et, en cas de causes multiples, indiquer la part imputable à chacune des causes ;
3°) fournir tous éléments techniques et de fait de nature à permettre à la juridiction éventuellement saisie de déterminer les responsabilités encourues ;
4°) déterminer les travaux de réparation nécessaires pour remédier aux désordres ;
5°) indiquer les travaux éventuels à réaliser d'urgence, dans l'hypothèse où les désordres relevés seraient de nature à constituer un risque pour la sécurité des agents ou des matériels sur le site ;
6°) fournir tous éléments permettant à la juridiction éventuellement saisie d'évaluer l'ensemble des préjudices subis par le SDIS du Cher, notamment le coût des travaux de réparation des désordres ;
7°) apporter, d'une manière générale, tous éléments qui seraient utiles à la solution du litige par la juridiction saisie.
Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert effectuera une déclaration sur l'honneur dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 4 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement en présence des représentants du SDIS du Cher, de la SAS Blatter d'Architecture, de la compagnie MAF, de la société Socotec, de la compagnie MMA IARD SA, de la compagnie MMA IARD Assurances Mutuelles et de l'EURL Loureiro Fernando.
Article 5 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 6 : L'expert communiquera aux parties un projet de rapport au plus tard le 30 novembre 2024, préalablement au dépôt du rapport définitif, afin de recueillir leurs éventuelles observations.
Article 7 : L'expert déposera son rapport définitif au greffe par voie électronique avant le 31 janvier 2025. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.
Article 8 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.
Article 9 : Le surplus des demandes des parties est rejeté.
Article 10 : La présente ordonnance sera notifiée au SDIS du Cher, à la SAS Blatter d'Architecture, à la compagnie MAF, à la société Socotec, à la compagnie MMA IARD SA, à la compagnie MMA IARD Assurances Mutuelles, à l'EURL Loureiro Fernando et à l'expert.
Fait à Orléans, le 2 septembre 2024.
Le Président,
Juge des référés,
Benoist GUÉVEL
La République mande et ordonne au préfet du Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
ABo