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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2303568

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2303568

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2303568
TypeDécision
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSCP SELATNA DE MATOS SI MOHAMED

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces complémentaires et un mémoire, enregistrés le 29 août 2023, les 13, 14 et 18 septembre 2023 et le 24 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Selatna, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 juillet 2023 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays dont il possède la nationalité ou tout autre pays dans lequel il est légalement admissible comme pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de réexaminer sa situation et de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jours de retard, ou subsidiairement de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de deux mois, sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 1 800 euros à verser à son conseil, Me Selatna.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 octobre 2023, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, d'avoir à prononcer des conclusions.

Le rapport de M. Guével a été entendu au cours de l'audience publique où les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain, né le 12 juillet 1989, déclare être entré en France le 12 juillet 2019 dépourvu de visa. Le 6 avril 2022, il a saisi le préfet d'Indre-et-Loire d'une demande d'admission au séjour au titre de la vie privée et familiale sur le double fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 3 juillet 2023, le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

2. L'arrêté du 3 juillet 2023 du préfet d'Indre-et-Loire comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est donc suffisamment motivé même s'il ne reprend pas l'ensemble des éléments dont M. B entend se prévaloir. Il ressort de cette motivation ainsi que des autres pièces du dossier qu'avant de prendre l'arrêté contesté, le préfet d'Indre-et-Loire s'est livré à un examen circonstancié de la situation de l'intéressé à l'aune des informations portées à sa connaissance. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen approfondi et sérieux de la situation de l'intéressé doit être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1,

L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

4. M. B soutient qu'il partage une vie commune sérieuse, stable et continue avec une compatriote régulièrement installée sur le territoire français, et qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de leur enfant né le 24 mars 2022 ainsi que des deux enfants de sa compagne nés d'une précédente union. Toutefois, il n'établit pas ses allégations en se bornant à produire des documents récents, notamment un passeport établi en août 2023, des déclarations de revenus 2022 et les avis d'imposition correspondants, des attestations CAF datées de 2023, une facture Total Energies de juillet 2023, deux factures Bouygues d'août et d'octobre 2023 et de tickets de caisse pour des achats en grande surface ou un certificat de scolarité. Si l'intéressé, qui indique vivre de petits boulots, se prévaut d'être le père d'un second enfant depuis le 15 novembre 2023, sa naissance intervenue postérieurement à la décision attaquée est sans incidence sur la légalité de celle-ci. Ainsi, le requérant ne justifie, à la date de la décision contestée, ni de liens personnels et familiaux en France à la fois intenses, anciens et stables, ni de son insertion dans la société française. Il ne démontre pas davantage être dépourvu d'attaches familiales au Maroc où il a vécu trente années et dont sa compagne est également originaire. Dès lors, compte tenu des conditions du séjour en France de l'intéressé, et dans la mesure où le droit au respect de la vie privée et familiale ne saurait s'interpréter comme comportant pour un État l'obligation générale de respecter le choix, par les couples, de leur pays de résidence, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet d'Indre-et-Loire aurait, en prenant la décision attaquée, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale au regard des motifs qui la fondent. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ".

6. Pour les motifs exposés au point 4, M. B ne justifie pas de motifs exceptionnels ni de motifs humanitaires au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Pour les motifs exposés au point 4, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant :

" 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

9. Comme il est dit au point 4 M. B ne justifie pas qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, né le 24 mars 2022 de sa relation avec sa compagne, et des deux enfants de celle-ci issus d'une précédente union. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles

L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 22 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guével, président,

Mme Palis De Koninck, première conseillère,

Mme Bernard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.

Le président-rapporteur,

Benoist GUÉVEL

L'assesseure la plus ancienne,

Mélanie PALIS DE KONINCK

La greffière,

Nadine REUBRECHT

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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