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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2303646

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2303646

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2303646
TypeDécision
Avocat requérantAUDEVAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 septembre 2023, M. F B, représenté

par Me Sandrine Audeval, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 532-1

du code de justice administrative, de prescrire une expertise médicale en vue de compléter l'expertise réalisée au cours de l'année 2020 par le docteur E D, et de déterminer la date de consolidation de son état de santé et ses préjudices.

Il soutient que :

- par l'ordonnance n° 1901528 du 12 novembre 2019, le juge des référés a confié au docteur D une mission d'expertise médicale relative aux conséquences d'un malaise dont il a été victime le 8 mars 2018 et de sa prise en charge subséquente par le Centre Hospitalier (CH) de Blois ;

- le rapport du 12 octobre 2020 concluait alors à l'absence de consolidation et à la nécessité d'un nouvel examen de l'intéressé à compter du mois de mars 2021 ;

- son état de santé étant désormais stabilisé, il sollicite la présente mesure d'expertise en vue d'évaluer ses préjudices.

Par un mémoire enregistré le 7 septembre 2023, la Caisse Primaire d'Assurance Maladie (CPAM) du Puy-de-Dôme s'en rapporte à justice quant à la présente requête en expertise.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 novembre 2023, le CH de Blois, représenté par la SELARL Dérec, indique ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée mais formule toutes protestations et réserves sur sa responsabilité, demande que l'expertise soit circonscrite à l'évaluation des préjudices du requérant, sollicite que l'expert établisse un pré-rapport ou une note de synthèse avant le dépôt de son rapport et qu'il se fasse communiquer préalablement le relevé des frais et débours assumés par les organismes sociaux.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ". La prescription d'une mesure d'expertise en application de ces dispositions est subordonnée à son utilité pour le règlement d'un litige principal qui doit être appréciée en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens et de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir en prenant en compte, à cet effet, les expertises judiciaire ou amiable qui ont pu être prescrites ou réalisées au titre du même litige et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.

2. Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est rendu au CH de Blois à la suite d'un malaise survenu le 8 mars 2018 pour lequel une migraine lui est d'abord diagnostiquée. Compte-tenu de l'aggravation de son état de santé, une IRM sera réalisée 3 jours plus tard objectivant un accident vasculaire cérébral. L'expertise prononcée par ordonnance n° 1901528 du 12 novembre 2019 reconnaît un retard dans le diagnostic et la prise en charge du requérant, fixe provisoirement ses préjudices en l'absence de consolidation de son état, et préconise l'organisation ultérieure d'une nouvelle mesure d'expertise.

3. La demande d'expertise complémentaire présentée par M. B, en tant qu'elle tend notamment à fixer la date de consolidation de son état et l'évaluation définitive de ses préjudices, entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative et présente un caractère utile. Il y a lieu, par suite, d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les conclusions du CH de Blois tendant à lui donner acte de ses protestations et réserves :

4. Le CH de Blois demande au tribunal de lui donner acte de ses protestations et réserves d'usage. Il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de donner acte de telles protestations et réserves.

Sur la demande du CH de Blois tendant à ce que l'expert établisse une note de synthèse ou un pré-rapport avant le dépôt de son rapport :

5. Aux termes de l'article R. 621-7 du code de justice administrative : " L'expert garantit le caractère contradictoire des opérations d'expertise. () Les observations faites par les parties, dans le cours des opérations, sont consignées dans le rapport. L'expert recueille et consigne les observations des parties sur les constatations auxquelles il procède et les conclusions qu'il envisage d'en tirer () ". En application de ces dispositions, il appartient à l'expert, dans la conduite des opérations qui lui sont confiées dans le respect du principe du contradictoire, de communiquer aux parties ses constatations et conclusions potentielles et de recueillir leurs éventuelles observations sous la forme d'un projet de rapport communiqué aux parties. Par suite, il y a lieu de faire droit aux conclusions du CH de Blois déposées en ce sens.

Sur la demande du CH de Blois tendant à ce que l'expert se fasse communiquer préalablement le relevé des frais et débours des organismes de sécurité sociale :

6. L'article R. 621-7-1 du code du même code dispose que " Les parties doivent remettre sans délai à l'expert tous documents que celui-ci estime nécessaires à l'accomplissement de sa mission () ". Il en résulte que, dans le cadre de ses prérogatives de direction des investigations, il revient à l'expert d'apprécier s'il y a lieu de se faire communiquer certains documents ou certaines pièces détenues par les parties. Il suit de là que les conclusions visant à communiquer préalablement les relevés et justificatifs, ou à enjoindre à la CPAM de produire ces documents, doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Le professeur C A, neurologue, domicilié Hôpital Raymond Poincaré, 104 boulevard Raymond Poincaré à Garches (92380), est désigné en qualité d'expert avec pour mission de :

1°) procéder à l'examen de M. F B ; prendre connaissance de son entier dossier médical et infirmier depuis le dépôt du rapport d'expertise du docteurs D du 12 octobre 2020 ;

2°) décrire l'évolution de l'état de santé du requérant depuis cette date, les interventions subies, les soins et traitements dispensés à l'intéressé ; décrire son état actuel, fixer la date de consolidation de l'intéressé ;

3°) recueillir les doléances de la victime, l'interroger sur les conditions d'apparition des lésions, l'importance, la répétition et la durée des douleurs, la gêne fonctionnelle subie et leurs conséquences ; décrire au besoin l'état antérieur de la victime en ne retenant que les seuls antécédents qui peuvent avoir une incidence directe sur les lésions ou leurs séquelles ;

4°) à l'issue de l'examen, analyser dans un exposé précis et synthétique, la réalité des lésions initiales, la réalité de l'état séquellaire, l'imputabilité directe et certaine des séquelles aux lésions initiales en précisant au besoin l'incidence d'un état antérieur, indiquer les périodes pendant lesquelles la victime a été, du fait de son déficit fonctionnel temporaire, dans l'incapacité totale ou partielle de poursuivre ses activités personnelles habituelles ;

5°) indiquer si, après la consolidation, la victime subit un déficit fonctionnel permanent ; évaluer l'altération permanente d'une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles ou psychiques ; dire si des douleurs permanentes (c'est-à-dire chroniques) existent ou tout autre trouble de santé, entraînant une limitation d'activité ou une restriction de participation à la vie en société subie au quotidien par la victime dans son environnement ; en évaluer l'importance et en chiffrer le taux ; dans l'hypothèse d'un état antérieur, préciser en quoi le retard de diagnostic a eu une incidence sur cet état antérieur et en décrire les conséquences ;

6°) indiquer, le cas échéant, si l'assistance ou la présence constante ou occasionnelle d'une tierce personne (étrangère ou non à la famille) est ou a été nécessaire pour effectuer les démarches et plus généralement pour accomplir les actes de la vie quotidienne ; préciser la nature de l'aide à prodiguer et sa durée quotidienne ;

7°) décrire les souffrances physiques, psychiques ou morales découlant des blessures subies, donner un avis sur l'existence, la nature et l'importance du préjudice esthétique, en distinguant éventuellement le préjudice temporaire et le préjudice définitif, indiquer, notamment au vu des justificatifs produits, si la victime est empêchée en tout ou en partie de se livrer à des activités spécifiques de sport ou de loisir, dire si l'état de la victime est susceptible de modifications en aggravation et établir un état récapitulatif de l'ensemble des postes énumérés dans la mission.

Article 2 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre M. B, les représentants de la CPAM du Puy-de-Dôme et les représentants du CH de Blois.

Article 3 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 4 : Préalablement à toute opération, l'expert effectuera une déclaration sur l'honneur dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 5 : L'expert avertira les parties et organisera le déroulement des travaux d'expertise conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 6 : L'expert communiquera aux parties un projet de rapport, préalablement au dépôt du rapport définitif, afin de recueillir leurs éventuelles observations.

Article 7 : L'expert déposera son rapport définitif au greffe par voie électronique avant le 31 mai 2025. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 8 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 9 : Le surplus des demandes des parties est rejeté.

Article 10 : La présente ordonnance sera notifiée à M. F B, à la CPAM du Puy-de-Dôme, au CH de Blois et à l'expert.

Fait à Orléans, le 11 octobre 2024.

Le Président,

Benoist GUÉVEL

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

ABo

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