mercredi 11 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2303815 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Avocat requérant | KONATE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Konaté, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet née le 30 août 2023 du silence gardé par le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité sur son recours gracieux ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision du 19 avril 2023 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité a refusé le renouvellement de sa carte professionnelle ;
3°) d'enjoindre au directeur du Conseil national des activités privées de sécurité de lui délivrer la carte professionnelle sollicitée ou, à défaut, une autorisation provisoire d'être employé en tant qu'agent de sécurité, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision litigieuse, et ce dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance ;
4°) de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité le versement d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la société Sécuritas, qui l'emploie depuis 2019, a suspendu son contrat de travail depuis le 14 avril 2023, en raison du refus de renouvellement de sa carte professionnelle ; il est en arrêt maladie depuis le 9 avril 2023, prolongé jusqu'au 10 octobre 2023 et se trouve dans l'impossibilité de reprendre son poste à l'issue de son arrêt de travail ; il est dans une situation financière très fragile et n'a que peu de chance, du fait de son état de santé et de son absence de qualifications professionnelles autres que celles qu'il détient dans le domaine de la sécurité privée, de retrouver un emploi dans un autre domaine ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision de refus de renouvellement de carte professionnelle qui a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable ; à aucun moment, il n'a été invité à faire part de ses observations et n'a pas eu la possibilité de s'expliquer sur les faits qui lui sont reprochés ;
- le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions du 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure est, de même, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées dès lors que les faits reprochés remontent à 2019, qu'ils sont isolés et que la présidente du tribunal judiciaire de Bourges a fait droit, par une ordonnance du 25 mai 2023, à sa demande d'effacement de la condamnation du bulletin n° 2 du casier judiciaire ; or, un refus de renouvellement de carte professionnelle ne peut être fondé sur une condamnation ayant fait l'objet d'un effacement du bulletin n°2 du casier judiciaire ; il a depuis obtenu son permis de conduire ; en tout état de cause, les faits qui lui sont reprochés sont sans rapport direct avec son activité professionnelle et n'ont pas eu d'incidence sur la qualité de son travail.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2023, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est tardive et, par suite, irrecevable, le recours gracieux exercé par M. B n'ayant pas eu pour effet d'interrompre le cours du délai de recours contentieux ;
- l'urgence n'est pas caractérisée dès lors que la décision attaquée entre dans le cadre de la mission qui lui est confiée de protection de l'ordre public ; contrairement à ce que soutient le requérant, le refus de renouvellement de carte professionnelle n'est pas responsable de sa situation financière actuelle puisqu'il est en arrêt maladie depuis le 9 avril 2023 et reconnaît lui-même percevoir des indemnités de l'assurance maladie ; en tout état de cause, il ne démontre pas ne pas pouvoir exercer dans un autre domaine que celui de la sécurité privée ;
- aucun des moyens invoqués par le requérant n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision de refus de renouvellement de carte professionnelle :
* s'agissant d'une mesure de police administrative, il n'est pas tenu de mettre en œuvre une procédure contradictoire ;
* aucune erreur d'appréciation n'a été commise, les infractions routières reprochées, en particulier s'agissant de la conduite sans permis, qui dénotent un manquement au devoir de probité attendu des professionnels du secteur et sont matériellement établies, étant manifestement incompatibles avec l'exercice d'une activité privée de sécurité.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 19 septembre 2023 sous le n° 2303814 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Rouault-Chalier, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 octobre 2023 à 14 h 00 :
- le rapport de Mme Rouault-Chalier, juge des référés ;
- les observations de Me Konaté, représentant M. B, qui a conclu aux mêmes fins que dans la requête avec les mêmes moyens, en précisant que si le congé maladie du requérant ne devait pas être prolongé, il serait immédiatement licencié ;
- le Conseil national des activités privées de sécurité n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B exerce la profession d'agent de sécurité privée depuis 2018. La carte professionnelle dont il était titulaire expirant le 10 avril 2023, il en a sollicité le renouvellement le 2 mars. Par une décision du 19 avril 2023, le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité lui a refusé le renouvellement sollicité. Par courrier du 28 juin 2023, reçu le 30 juin suivant par le Conseil national des activités privées de sécurité, M. B a sollicité le réexamen de son dossier. Par sa requête ci-dessus analysée, M. B demande à la juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 19 avril 2023 ainsi que celle de la décision implicite de rejet de son recours gracieux, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur leur légalité.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
3. Lorsque la demande d'annulation d'une décision administrative faisant l'objet d'une demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est irrecevable, il appartient au juge des référés, saisi en défense d'un moyen tiré de cette irrecevabilité, de rejeter la demande de suspension. Il doit en outre, soulever d'office un tel moyen dans le cas où l'irrecevabilité des conclusions aux fins d'annulation ressort des pièces du dossier qui lui est soumis et n'est pas susceptible d'être couverte en cours d'instance.
4. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". L'article L. 411-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Toute décision administrative peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai. Lorsque dans le délai initial du recours contentieux ouvert à l'encontre de la décision, sont exercés contre cette décision un recours gracieux et un recours hiérarchique, le délai du recours contentieux, prorogé par l'exercice de ces recours administratifs, ne recommence à courir à l'égard de la décision initiale que lorsqu'ils ont été l'un et l'autre rejetés. ". La décision rejetant un recours gracieux formé contre une décision à l'encontre de laquelle le délai de recours contentieux est expiré est, en l'absence de changement des circonstances de droit ou de fait, purement confirmative d'une décision définitive. Une telle décision confirmative est insusceptible de faire l'objet d'un recours contentieux.
5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'accusé de réception postal produit en défense par le Conseil national des activités privées de sécurité, que la décision du 19 avril 2023 refusant la délivrance d'une carte professionnelle, qui comportait les voies et délais de recours, a été notifiée à M. B le 24 avril 2023. En application des dispositions précitées de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, M. B disposait, pour introduire un recours contentieux contre cette décision, d'un délai de deux mois à compter de sa notification, soit jusqu'au 24 juin 2023, date à laquelle la décision contestée est devenue définitive. Le recours gracieux exercé par le requérant le 28 juin 2023 n'a donc pas pu avoir pour effet d'interrompre le délai de recours contentieux qui était déjà expiré à cette date. La requête de M. B tendant à l'annulation de cette décision, enregistrée au greffe du tribunal le 19 septembre 2023, est dès lors tardive et, par voie de conséquence irrecevable. Par suite, à raison de cette fin de non-recevoir opposée à juste titre par le Conseil national des activités privées de sécurité, les conclusions à fin de suspension de l'exécution de cette décision ne peuvent qu'être rejetées.
6. Il en va de même des conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet du recours gracieux qui présente un caractère purement confirmatif de la décision du 19 avril 2023 refusant la délivrance de la carte professionnelle d'agent de sécurité privée. Une telle décision étant, ainsi qu'il a été rappelé au point 4, insusceptible de faire l'objet d'un recours contentieux, les conclusions tendant à son annulation ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables. Par suite de cette irrecevabilité, les conclusions tendant à sa suspension ne peuvent qu'être rejetées.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au Conseil national des activités privées de sécurité.
Fait à Orléans, le 11 octobre 2023.
La juge des référés,
Patricia ROUAULT-CHALIER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.