lundi 23 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2304037 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | SELARL ATLANTIC JURIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Meunier, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 20 septembre 2023 par laquelle le directeur général du centre hospitalier régional universitaire de Tours l'a placé en disponibilité pour raison de santé pour une première période à compter du 23 juin 2023 et jusqu'au 22 décembre 2023 ;
2°) d'enjoindre au centre hospitalier régional universitaire de Tours de le réintégrer sur son poste au service de la pharmacie ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre à l'établissement de lui proposer un poste aménagé au regard de son handicap ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier régional universitaire de Tours le versement de la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'urgence est caractérisée dès lors que la mise en disponibilité le prive de la moitié de ses revenus et le place dans une situation particulièrement précaire ; depuis le 1er juin 2023, il ne perçoit plus de compensation pour son échéance de prêt habitation ; le demi-traitement qu'il va continuer à percevoir ne lui permet plus de faire face à ses charges mensuelles incompressibles ; il subit en outre du fait de cette décision une discrimination puisque c'est en raison de son handicap qu'il n'est pas réintégré sur son poste et qu'aucun autre poste ne lui est proposé ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité externe de la décision attaquée :
* à défaut de production d'un arrêté de délégation au profit de la signataire, il n'est pas établi que la décision en litige a été prise par une autorité compétente ;
* cette décision est irrégulière dès lors qu'elle se fonde sur un avis émis par le comité médical lui-même irrégulier et qu'elle repose sur des faits inexacts ; en effet, l'avis du conseil médical est à l'opposé de celui émis seulement quelques mois plutôt alors que sa situation médicale n'a pas évolué et que, sur les conseils du médecin du travail, il a remis au centre hospitalier régional universitaire de Tours une attestation sollicitant un travail à temps plein et non plus à mi-temps thérapeutique, démontrant ce faisant sa pleine capacité ;
- sont également de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité interne de la décision attaquée :
* le moyen tiré du caractère rétroactif de cette décision, alors surtout qu'ayant sollicité sa réintégration dès le mois de janvier 2023 et ayant obtenu un avis favorable du comité médical le 13 avril 2023 pour une reprise à compter du 24 avril 2023, il doit être regardé comme réintégré d'office depuis cette dernière date ;
* le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 352-6 et L. 131-8 à L. 131-10 du code général de la fonction publique relatives à la prise en compte du handicap, en l'absence de mesures d'aménagements raisonnables prises par l'établissement hospitalier ;
* le moyen tiré de l'erreur de droit au regard de l'article 29 du décret n° 88-976 du 13 octobre 1988 relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires hospitaliers, à l'intégration et à certaines modalités de mise à disposition, dès lors que le renouvellement de son placement en disponibilité d'office à partir du 1er septembre 2023 ne fait pas suite à une recherche de reclassement et à une impossibilité de reclassement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2023, le centre hospitalier régional universitaire de Tours, représenté par Me Tertrais, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le requérant, qui se trouve placé en disponibilité pour raisons de santé et perçoit à ce titre un demi-traitement, ne peut se prévaloir de la présomption d'urgence admise pour les agents publics se trouvant privés de tout traitement et n'est pas dispensé de justifier concrètement de la précarité alléguée de sa situation financière ; la présomption est d'autant moins invocable par l'intéressé qu'il continue de percevoir des revenus équivalents, voire légèrement supérieurs, à ceux qu'il percevait pendant les deuxième et troisième années de son CLM ; contrairement à ce qu'il soutient, la décision attaquée ne le place pas dans une telle situation puisque, outre que ses effets cesseront le 22 décembre 2023, elle fait suite à une période de deux années de congé longue maladie de l'intéressé pendant lesquelles il ne percevait déjà qu'un demi-traitement ; le requérant ne justifie pas, par ailleurs, du volume des charges incompressibles qu'il prétend supporter ni de ses ressources disponibles ; il n'existe aucune discrimination dans la gestion effective de la situation de M. A ;
- aucun des moyens invoqués n'est susceptible de faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* la signataire de la décision attaquée bénéficie d'une délégation régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial ;
* la décision litigieuse est bien intervenue après avis du conseil médical sur son inaptitude à reprendre ses fonctions ; il n'y a aucun paradoxe pour le comité médical à tirer les conséquences, aux termes de son second avis et après les constats médicaux opérés in situ après l'émission de son premier avis, de " l'inaptitude du fonctionnaire à reprendre ses fonctions " ; cet avis intègre les restrictions émises par le médecin de prévention postérieurement au premier avis émis le 13 avril 2023 ;
* une décision relative à la carrière d'un agent public peut revêtir une portée rétroactive pour assurer la continuité de sa carrière ; en l'espèce, la décision en litige ne fait que tirer les conséquences du second avis du comité médical et assure la continuité de la carrière de M. A depuis la fin de son congé longue maladie ; M. A ne peut être réputé avoir été réintégré dans ses fonctions depuis le 24 avril 2023, ni même depuis le 24 juin 2023, date de l'expiration de son congé de longue maladie, alors surtout qu'il ne dispose pas, à la date de la décision attaquée, d'un avis du comité médical favorable à sa réintégration ;
* il conteste vigoureusement le moyen tiré de l'absence de prise en compte du handicap de M. A ; la protection de la santé de ce dernier a fait l'objet d'une attention toute particulière se traduisant par la saisine du médecin de prévention afin de vérifier qu'il pouvait reprendre son poste dans des conditions compatibles avec la préservation de sa santé ;
* la décision attaquée n'est entachée d'aucune erreur de droit dès lors qu'aucune disposition légale ou réglementaire ni aucun principe n'interdisent de placer en disponibilité d'office pour raison de santé un agent handicapé à l'expiration de ses droits à congé maladie ; il a pour seule obligation de proposer au requérant un poste correspondant à son grade, ainsi qu'à son état de santé et en l'absence de poste vacant d'ouvrier principal compatible avec ses restrictions médicales, seule sa mise en disponibilité d'office pour raison de santé pouvait intervenir ; l'article 29 du décret n° 88-976 du 13 octobre 1988 prévoit en effet que la mise en disponibilité d'office ne peut être prononcée que s'il ne peut être immédiatement procédé au reclassement du fonctionnaire, ce qui est le cas en l'espèce.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 2 octobre 2023 sous le n° 2304036 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Rouault-Chalier, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 octobre 2022 à 10 h 30 :
- le rapport de Mme Rouault-Chalier, juge des référés ;
- les observations de Me Meunier, représentant M. A, présent, qui a conclu aux mêmes fins et a repris, en les développant, les moyens et arguments énoncés dans sa requête en soulignant, en ce qui concerne l'urgence, d'une part, que les conséquences d'un placement à demi-traitement du fait d'une mise en disponibilité d'office pour raison de santé diffèrent substantiellement de celles résultant d'un congé longue maladie et, d'autre part, que le maintien injustifié d'un agent à demi-traitement porte en lui-même atteinte aux intérêts de ce dernier ; s'agissant de l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, elle a insisté sur le fait que le second avis du conseil médical a été rendu sans qu'aucun élément objectif tel un nouvel examen médical ou une autre maladie ou une aggravation de l'état de santé du requérant, n'ait été porté à la connaissance de ce conseil ; elle a par ailleurs souligné qu'en dépit des demandes d'adaptation du poste qui ont été présentées par M. A, aucune proposition d'aménagement de poste ou de réorganisation des équipes n'a été faite alors que des mesures proportionnées sont parfaitement envisageables ;
- et les observations de Me Tertrais, représentant le centre hospitalier régional universitaire de Tours, qui a repris ses écritures en défense en insistant sur l'absence de toute forme de discrimination dans le traitement de la situation administrative du requérant ; il a par ailleurs souligné que la nouvelle saisine du conseil médical départemental fait suite à une analyse du poste de travail du requérant effectuée par le médecin de prévention et un ergonome, lesquels ont formulé des restrictions très contraignantes et ont conclu à l'absence d'aménagements possibles ; il a enfin rappelé que l'obligation d'initier un processus de reclassement n'existe que lorsqu'une inaptitude totale et définitive de l'agent aux fonctions correspondant à son grade a été médicalement constatée, ce qui n'est pas le cas de M. A, mais qu'en ce qui concerne ce dernier, l'établissement hospitalier n'a pas encore trouvé de poste d'ouvrier principal compatible avec les restrictions médicales formulées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, reconnu travailleur handicapé depuis 2008, est ouvrier principal de deuxième classe titulaire au sein du centre hospitalier régional universitaire de Tours, où il exerçait, en dernier lieu, les fonctions de gestionnaire de stocks à la pharmacie. Bénéficiant d'un congé de longue maladie expirant le 23 juin 2023, il a été placé, dans l'attente de l'avis du conseil médical départemental d'Indre-et-Loire, en disponibilité pour raison de santé à compter de cette dernière date et jusqu'au 31 août 2023 par une décision du 5 juillet 2023 du directeur général de l'établissement. Le 8 septembre 2023, cette même autorité a pris une nouvelle décision prolongeant la disponibilité pour raison de santé de M. A pour la période du 1er septembre au 31 octobre 2023. Le conseil médical départemental ayant émis le 14 septembre 2023 son avis, au terme duquel il indique être favorable à l'octroi à M. A d'une disponibilité pour raison de santé du 23 juin au 22 décembre 2023, le directeur général du centre hospitalier régional universitaire de Tours a pris, le 20 septembre 2023, une nouvelle décision plaçant l'intéressé en disponibilité pour raison de santé pour la période préconisée. Par sa requête ci-dessus analysée, M. A demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du
20 septembre 2023 et d'enjoindre au centre hospitalier régional universitaire de Tours de le réintégrer sur son poste au service de la pharmacie ou, à tout le moins, de lui proposer un poste aménagé au regard de son handicap.
Sur les conclusions au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".
3. Pour l'application de ces dispositions, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. La décision attaquée du 20 septembre 2023 portant disponibilité d'office pour raison de santé pour une durée de six mois à compter du 23 juin 2023 de M. A, qui perçoit depuis lors les prestations relevant du régime de sécurité sociale pour un montant de 995,20 euros, équivalent à celui d'un demi-traitement, n'a pas pour effet de priver celui-ci de toute ressource. Il est constant que l'intéressé qui se trouvait à la date de son placement en disponibilité d'office depuis trois ans en congé longue maladie, ne percevait déjà plus depuis deux ans, qu'un demi-traitement s'élevant à 919,80 euros. Le requérant fait valoir que la décision attaquée a cependant pour effet d'aggraver sa situation dès lors que son assurance de prêt, qui prenait jusque-là en charge son échéance mensuelle de prêt en raison de son incapacité de travail reconnue en congé longue maladie à hauteur de 335 euros, a mis fin à ce versement au 1er juin 2023 et produit, pour en attester, deux courriers datés des 5 et 6 juin 2023 émanant de sa compagnie d'assurance. Toutefois, ces documents, dont le premier invitait M. A à produire des pièces justificatives, en particulier l'attestation d'arrêt de travail de l'employeur ou un certificat médical du médecin du travail, et le second, constatait la cessation de l'indemnisation à compter du 1er juin 2023 du fait de la reprise d'activité de l'intéressé à cette date, ne permettent pas, à eux-seuls, d'attester de l'absence de reprise ultérieure des versements par l'assurance prêt, dès lors que l'incapacité du requérant à reprendre le travail a été confirmée par le conseil médical départemental d'Indre-et-Loire dans son avis du 14 septembre 2023. M. A n'établit ainsi pas que la décision litigieuse aurait pour conséquence d'affecter substantiellement sa situation financière et administrative. De même, si le requérant soutient qu'il subit une discrimination du fait de la décision contestée puisque c'est en raison de son handicap qu'il n'est pas réintégré sur son poste habituel et qu'aucun autre poste ne lui est proposé, il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport sur la mise en situation établi le 28 juin 2023 ainsi que de la fiche de l'entretien ayant eu lieu le 20 juillet 2023, qu'il a été tenu compte pour prendre la mesure litigieuse, non seulement des restrictions liées à son état de santé fixées par le médecin du travail, mais également des changements d'organisation et de contraintes de son précédent poste de travail et de l'absence d'aménagement raisonnable possible sur ce poste et les autres postes au sein de la pharmacie de l'hôpital. Dans ces conditions, la décision attaquée ne peut être regardée, à la date de la présente ordonnance, comme ayant un impact, notamment financier, de nature à caractériser l'existence d'un préjudice suffisamment grave et immédiat porté à la situation de M. A, et donc d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
5. Il y a lieu, dès lors, et sans qu'il soit besoin d'apprécier si les moyens invoqués seraient de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 20 septembre 2023 du centre hospitalier régional universitaire de Tours, de rejeter les conclusions de M. A tendant à la suspension des effets de cette décision. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier régional universitaire de Tours, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme dont M. A demande le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. A la somme réclamée par le centre hospitalier régional universitaire de Tours au même titre.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier régional universitaire de Tours sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au centre hospitalier régional universitaire de Tours.
Fait à Orléans, le 23 octobre 2023.
La juge des référés,
Patricia ROUAULT-CHALIER
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.