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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2304541

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2304541

jeudi 16 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2304541
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMELLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 novembre 2023 à 11h42, Mme H A, représentée par Me Mellier, avocat, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2023 notifié le 9 novembre 2023 à 10h00 par lequel la préfète du Loiret a ordonné sa remise aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2023 notifié le 9 novembre 2023 à 10h00 par lequel la préfète du Loiret l'a assignée à résidence pour une durée de 45 jours renouvelable dans le département du Loiret ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté portant transfert aux autorités allemandes :

- il n'est pas établi que la signataire de la décision disposait d'une délégation de signature régulière lui donnant compétence ;

- elle n'a pas reçu les informations en lien avec sa demande d'asile en méconnaissance de l'article 4 du règlement UE n°604/2013 ;

- la décision méconnaît l'article 17 du règlement UE n°604/2013 : elle ne parle que le français ; elle est enceinte et suivie à l'hôpital de La Source ;

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

- la décision est illégale en conséquence de l'illégalité de l'arrêté de transfert aux autorités allemandes.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 novembre 2023, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme G pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 777-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme G,

- les observations de Mme A accompagnée de son époux, M. E, qui reprend les moyens de sa requête et fait valoir qu'elle souhaite rester en France où elle a déjà pris ses habitudes, nécessaires garantes d'une stabilité importante dès lors qu'elle est enceinte.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ".

2. Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre Mme A à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Mme A, ressortissante angolaise, née le 1er janvier 1999, est entrée irrégulièrement sur le territoire français. Elle a sollicité son admission au titre de l'asile le 8 août 2023 et s'est vu remettre une attestation de demande d'asile selon la procédure Dublin. Les autorités allemandes lui ayant délivré un visa périmé depuis moins de six mois au moment de sa demande d'asile, elles ont été saisies le 30 août 2023 et ont expressément accepté leur responsabilité le 4 septembre 2023. Par les arrêtés attaqués des 27 septembre et 29 septembre 2023 notifiés le 10 novembre 2023, la préfète du Loiret a ordonné le transfert de Mme A aux autorités allemandes et l'a assignée à résidence dans le département du Loiret.

En ce qui concerne l'arrêté portant remise aux autorités allemandes :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C F, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture du Loiret. Par un arrêté du 11 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète du Loiret, a donné délégation de signature à Mme F à l'effet de signer notamment " les décisions de transfert à un Etat responsable de l'examen de la demande d'asile () En cas d'absence ou d'empêchement concomitant de M. Benoît Lemaire, secrétaire général, de M. Christophe Carol, secrétaire général adjoint, et de M. B D, directeur de cabinet ". Il n'est pas établi ni même allégué que MM. Lemaire, Carol et D n'étaient pas, à la date de l'arrêté en cause, absents. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté, qui manque en fait, doit donc être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces produites par la préfète du Loiret, notamment du compte rendu d'entretien signé par Mme A, que celle-ci a bénéficié le 8 août 2023 par l'intermédiaire d'un interprète d'un entretien individuel en portugais, langue qu'elle a déclaré comprendre. Lors de cet entretien, l'intéressée s'est vu remettre des brochures d'information en portugais comportant les informations mentionnées à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité () 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit (). ".

7. La faculté laissée à chaque Etat membre, par ces dernières dispositions, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

8. Mme A fait valoir être enceinte de quelques mois et que la stabilité est importante pour éviter tout stress dans grossesse. Toutefois, elle ne justifie d'aucune difficulté particulière rencontrée pendant sa grossesse qui l'empêcherait de se rendre en Allemagne. Si Mme A fait également valoir qu'elle ne parle que le français ce qui facilitera l'examen de sa demande d'asile, une telle circonstance ne ressort pas des pièces du dossier et particulièrement pas du compte rendu d'entretien effectué en portugais. Dans ces conditions, la préfète du Loiret n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de la clause dérogatoire prévue par le point 2 de l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté de transfert du 27 septembre 2023 doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

10. La décision portant transfert n'étant pas illégale, Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'assignation à résidence serait privée de base légale.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre la mesure d'assignation à résidence doivent être rejetées.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées de même par voie de conséquence que les conclusions aux fins d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme H A et à la préfète du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

Armelle G

La greffière,

Nathalie ARCHENAULT

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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