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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2304874

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2304874

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2304874
TypeDécision
Avocat requérantCABINET CASADEI-JUNG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er décembre 2023, le maire de Paucourt (Loiret), représenté par Me Caroline Tissier-Lotz de la SELARL Casadei-Jung, demande au juge des référés de nommer un expert, en application des dispositions de l'article L. 511-9 du code de la construction et de l'habitation, aux fins d'examiner l'état des bâtiments situés 90 rue de Cepoy à Paucourt, cadastrés section B n°s 1573 et 1575.

Il soutient que les bâtiments en cause, dont M. A B est propriétaire, présente un péril pour la sécurité publique.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. En matière de sécurité et salubrité des immeubles, locaux et installations, l'article L. 511-8 du code de la construction et de l'habitation prévoit notamment que les risques présentés par les murs, bâtiments ou édifices quelconques qui n'offrent pas les garanties de solidité nécessaires au maintien de la sécurité des occupants et des tiers " () sont constatées par un rapport des services municipaux ou intercommunaux compétents, ou de l'expert désigné en application de l'article L. 511-9 ".

2. Aux termes de l'article L. 511-9 du code de la construction et de l'habitation : " Préalablement à l'adoption de l'arrêté de mise en sécurité, l'autorité compétente peut demander à la juridiction administrative la désignation d'un expert afin qu'il examine les bâtiments, dresse constat de leur état y compris celui des bâtiments mitoyens et propose des mesures de nature à mettre fin au danger. L'expert se prononce dans un délai de vingt-quatre heures à compter de sa désignation. Si le rapport de l'expert conclut à l'existence d'un danger imminent, l'autorité compétente fait application des pouvoirs prévus par la section 3 du présent chapitre. " Selon l'article R. 511-2 de ce code : " Lorsque l'autorité compétente demande à la juridiction administrative la désignation d'un expert en vertu de l'article L. 511-9, il est fait application des dispositions du chapitre 1er du titre III du livre V du code de justice administrative et de l'article R. 556-1 du même code ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 556-1 du code de justice administrative : " Lorsque le juge administratif est saisi par le maire, sur le fondement de l'article L. 511-9 du code de la construction et de l'habitation, d'une demande tendant à la désignation d'un expert, il est statué suivant la procédure de référé prévue à l'article R. 531-1 ".

4. Aux termes de l'article R. 531-1 du code de justice administrative : " S'il n'est rien demandé de plus que la constatation de faits, le juge des référés peut, sur simple requête qui peut être présentée sans ministère d'avocat et même en l'absence d'une décision administrative préalable, désigner un expert pour constater sans délai les faits qui seraient susceptibles de donner lieu à un litige devant la juridiction. Il peut, à cet effet, désigner une personne figurant sur l'un des tableaux établis en application de l'article R. 221-9. Il peut, le cas échéant, désigner toute autre personne de son choix. Avis en est donné immédiatement aux défendeurs éventuels () ".

5. Ces dispositions n'ont pas pour effet d'imposer au juge des référés de faire droit aux demandes de constat lorsque les conditions posées par l'article précité sont remplies et de le priver ainsi de son pouvoir d'apprécier dans chaque cas d'espèce l'utilité du recours à cette procédure ; notamment, le juge peut refuser d'ordonner le constat lorsque, eu égard à l'objet de la demande et aux conditions dans lesquelles il peut être procédé aux constatations sollicitées, le demandeur dispose de la possibilité de faire constater les faits par d'autres moyens.

6. Le maire de Paucourt fait valoir que les bâtiments situés au 90 rue de Cepoy, cadastrés section AX n°s 1573 et 1575, dont M. A B est propriétaire, présentent un péril pour la sécurité publique compte-tenu des risques d'effondrement et de chute de tuiles et sollicite la désignation d'un expert aux fins d'examen de l'état des immeuble concernés. Il appert clairement du dossier que les désordres affectant ces bâtiments ont fait l'objet d'un premier arrêté municipal n° 2013-23 du 17 juin 2016 mettant en demeure le propriétaire de réaliser les travaux rendus nécessaires par l'état de sa propriété. Les mêmes immeubles sont frappés d'un second arrêté de mise en sécurité n° 2023-31 du 18 avril 2023, rendu sur la base d'un rapport de police municipale en date du 6 janvier 2023 comportant notamment un dossier photographique qui illustre les importantes dégradations, et prescrivant en son article 1er la réalisation, dans un délai de 6 mois, de travaux de réparation ou de démolition, et de préservation des bâtiments contigus. A défaut, l'article 2 prévoit qu'il pourra être procédé d'office par la commune aux travaux prescrits, dans les conditions prévues par l'article L 511-16 du code de la construction et de l'habitation.

7. En premier lieu, si cette décision administrative fait actuellement l'objet d'un recours en excès de pouvoir devant le tribunal de céans sous le numéro 2302634, il résulte néanmoins que l'exercice de cette voie de recours par M. A B ne prive pas l'arrêté municipal de mise en sécurité n° 2023-31 du 18 avril 2023 de son caractère exécutoire, et continue de produire, dès lors, la plénitude de ses effets.

8. En deuxième lieu, les désordres invoqués, dont l'historique et l'origine sont connus, s'avèrent parfaitement documentés par le rapport du 6 janvier 2023 effectué par le service de police municipale, habilité à constater les risques présentés par les bâtiments ou édifices n'offrant pas les garanties de solidité nécessaires, tels que mentionnés au point 1.

9. En troisième lieu, pour justifier sa demande de désignation d'un expert judiciaire, la commune de Paucourt allègue vouloir poursuivre la procédure pour mettre fin au péril dont le propriétaire en nie l'existence même. Il résulte toutefois de l'article L. 511-9 du code de la construction et de l'habitation, que la désignation d'un homme de l'art reste une faculté ouverte à l'autorité compétente en matière de police des immeubles, " préalablement à l'adoption de l'arrêté de mise en sécurité () ". Par conséquent, la présente requête en expertise, survenant plus de sept mois après l'édiction de l'arrêté municipal de mise en sécurité n° 2023-31 du 18 avril 2023, et alors même que cet acte subsiste dans l'ordonnancement juridique, ne présente pas de caractère d'utilité. Dès lors, la requête de la commune de Paucourt ne peut être que rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la commune de Paucourt est rejetée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requérante est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Paucourt et à M. A B, le propriétaire.

Fait à Orléans, le 7 décembre 2023.

Le Président du Tribunal,

Juge des référés,

Benoist GUÉVEL

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.ABo

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