mercredi 11 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2400247 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | AUBRY |
Vu la procédure suivante :
Par requête enregistrée le 16 janvier 2024 et régularisée le 19 janvier 2024, Mme C A, représentée par Me Fabienne Aubry, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, d'ordonner la désignation d'un médecin expert afin de l'examiner, d'évaluer l'ensemble des préjudices qu'elle estime avoir subis à la suite d'une chute dans les vestiaires du centre aquatique L'Îlo Bulle situé à Le Controis-en-Sologne (Loir-et-Cher), et de dire que l'expert produira un pré-rapport en laissant aux parties un délai raisonnable d'observations.
Elle soutient que :
- en quittant les vestiaires de la piscine le 30 juin 2020, elle a glissé sur la signalisation post COVID apposée au sol et destinée à organiser les flux de circulation du public ;
- elle s'est grièvement blessée dans sa chute et a fait l'objet d'une hospitalisation jusqu'au 4 juillet 2020 pour une fracture du col huméral gauche ;
- outre les souffrances endurées et l'intense rééducation nécessaire, elle a fait l'objet d'arrêts de travail sur une période de deux ans, elle a engagé de nombreux frais non pris en charge par les organismes de sécurité sociale, elle conserve des séquelles au coude et au poignet et elle a dû réduire considérablement son activité d'assistante maternelle agréée ;
- compte tenu du refus de procéder à son indemnisation par la communauté de communes Val-de-Cher-Controis responsable de cet équipement sportif et de loisirs, Mme A s'estime fondée à solliciter la présente mesure d'expertise dans une perspective contentieuse indemnitaire.
La requête a été communiquée à la communauté de communes Val-de-Cher-Controis qui n'a pas produit de mémoires.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative ;
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'expertise :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ". La prescription d'une mesure d'expertise en application de ces dispositions est subordonnée à son utilité appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le requérant dispose et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher. A ce dernier titre, il ne peut faire droit à une demande d'expertise permettant d'évaluer un préjudice, en vue d'engager la responsabilité d'une personne publique, en l'absence manifeste de lien de causalité entre le préjudice à évaluer et la faute alléguée de cette personne.
2. Il résulte de l'instruction que la demande d'expertise porte sur les préjudices que Mme A estime avoir subis suite à la chute le 30 juin 2020 dans les vestiaires du centre aquatique L'Îlo Bulle après avoir suivi un cours d'aquagym dans cet établissement. La réalité de la chute est établie et corroborée par le témoignage du 1er juin 2020 d'une usagère de la piscine portant sur les circonstances précises de l'accident et l'attestation d'intervention du Service Départemental d'Incendie et de Secours (SDIS) de Loir-et-Cher en date du 21 juillet 2020. La requérante indique avoir glissé sur la signalisation au sol organisant les flux de circulation du public en matière de prophylaxie de la COVID 19, alors même qu'elle portait des chaussons de piscine anti-glisse. Dans la mesure où cet aménagement particulier du sol a pu présenter un caractère inadapté à la signalisation en milieu humide dans les espaces de circulation, la mesure d'expertise sollicitée par Mme A doit être regardée comme utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative l'absence de matérialité des faits invoqués et de lien de causalité avec le fait générateur du dommage n'étant pas manifeste. La détermination d'un éventuel défaut d'entretien normal de l'ouvrage public et les responsabilités encourues à ce titre relèvent de la seule appréciation du juge du fond et ne sauraient au stade de la procédure en référé faire obstacle à la mesure sollicitée. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il y a lieu, en conséquence, de faire droit à la demande de la requérante et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur la demande de Mme A tendant à ce que l'expert établisse une note de synthèse ou un pré-rapport avant le dépôt de son rapport :
3. Aux termes de l'article R. 621-7 du code de justice administrative : " L'expert garantit le caractère contradictoire des opérations d'expertise. () Les observations faites par les parties, dans le cours des opérations, sont consignées dans le rapport. L'expert recueille et consigne les observations des parties sur les constatations auxquelles il procède et les conclusions qu'il envisage d'en tirer () ". En application de ces dispositions, il appartient à l'expert, dans la conduite des opérations qui lui sont confiées dans le respect du principe du contradictoire, de communiquer aux parties ses constatations et conclusions potentielles et de recueillir leurs éventuelles observations sous la forme d'un projet de rapport communiqué aux parties. Par suite, il y a lieu de faire droit aux conclusions de Mme A déposées en ce sens.
O R D O N N E :
Article 1er : Le docteur D B, chirurgien orthopédique, demeurant Clinique des Franciscaines, 7 bis A rue de la Porte de Buc à Versailles (78000), est désigné en qualité d'expert avec pour mission de :
1°) se faire communiquer les documents médicaux utiles à sa mission, examiner Mme A et décrire son état actuel ;
2°) préciser dans quelle mesure l'état actuel de Mme A est imputable aux séquelles de l'accident dont elle a été victime le 30 juin 2020 ;
3°) fixer la date de consolidation des séquelles, et si celle-ci n'est pas encore acquise, d'indiquer le délai à l'issu duquel un nouvel examen devra être réalisé et évaluer les seuls chefs de préjudice qui peuvent l'être en l'état ;
4°) décrire les lésions initiales, les modalités de traitement, le cas échéant les durées d'hospitalisation et d'immobilisation ;
5°) dégager en les spécifiant tous les éléments du préjudice corporel, notamment ceux propres à justifier avant et après consolidation, une éventuelle indemnisation au titre des dépenses de santé et des préjudices personnels (déficit fonctionnel temporaire, partiel et total, déficit fonctionnel permanent, souffrances physiques, préjudice esthétique temporaire et permanent, préjudice d'agrément, ainsi que le ou les taux) résultant des séquelles en relation exclusive avec la chute, à l'exclusion des séquelles résultant d'un état antérieur pathologique, ainsi que de l'évolution et des conséquences prévisibles de celui-ci ou de toute autre cause ;
6°) dire si l'état de la requérante est susceptible de modifications, en aggravation ou en amélioration, et fournir toute précisions utiles sur cette évolution, ainsi que sur la nature des soins, traitements et interventions éventuellement nécessaires dont le coût prévisionnel sera alors chiffré et les délais dans lequel il devra y être procédé précisés ;
7°) de manière générale, donner toutes précisions et informations permettant au tribunal de se prononcer sur l'importance du préjudice ainsi que toute information utile à la solution du litige.
Article 2 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre, d'une part, Mme A, et d'autre part, la communauté de communes Val-de-Cher-Controis responsable du centre aquatique.
Article 3 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 4 : Préalablement à toute opération, l'expert effectuera une déclaration sur l'honneur dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 5 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 6 : L'expert communiquera aux parties un projet de rapport, préalablement au dépôt du rapport définitif, afin de recueillir leurs éventuelles observations.
Article 7 : L'expert déposera son rapport définitif au greffe par voie électronique avant le 31 mai 2025. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.
Article 8 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.
Article 9 : Le surplus des demandes des parties est rejeté.
Article 10 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A, à la communauté de communes Val-de-Cher-Controis et à l'expert.
Fait à Orléans, le 11 décembre 2024.
Le Président du tribunal,
Benoist GUÉVEL
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
ABo