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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2400315

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2400315

mercredi 13 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2400315
TypeDécision
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantL2M INTER BARREAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I° Par une requête, enregistrée le 23 janvier 2024 sous le n° 2400315, Mme F A B, représentée par Me Marianne Lagrue, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 2 janvier 2024 de la préfète du Loiret l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant Haïti comme pays de destination de sa reconduite et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire a été prise par une autorité incompétente, n'est pas motivée, n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux, méconnaît l'article L. 424-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi a été prise par une autorité incompétente, n'est pas motivée, n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux, doit être annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire et méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision d'obligation de pointage a été prise par une autorité incompétente, n'est pas motivée, n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux et doit être annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français a été prise par une autorité incompétente, n'est pas motivée, n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux, doit être annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire, est entachée d'erreur de droit et porte atteinte à sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2024, la préfète du Loiret, représentée par Me Johan Hervois, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requérante ne sont pas fondés.

II° Par une requête, enregistrée le 23 janvier 2024 sous le n° 2400317, M. D E, représenté par Me Marianne Lagrue, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 2 janvier 2024 de la préfète du Loiret l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant Haïti comme pays de destination de sa reconduite et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire a été prise par une autorité incompétente, n'est pas motivée, n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux, méconnaît l'article L. 424-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi a été prise par une autorité incompétente, n'est pas motivée, n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux, doit être annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire et méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision d'obligation de pointage a été prise par une autorité incompétente, n'est pas motivée, n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux et doit être annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français a été prise par une autorité incompétente, n'est pas motivée, n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux, doit être annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire, est entachée d'erreur de droit et porte atteinte à sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2024, la préfète du Loiret, représentée par Me Johan Hervois, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le

26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delandre, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Hervois, avocat de la préfète du Loiret.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B et M. C, ressortissants haïtiens nés les 19 décembre 1984 et

23 février 1978, sont entrés en France le 25 février 2020, accompagnés par leur fils mineur, sous couvert d'un passeport en cours de validité et revêtu d'un visa de court séjour valable du

11 décembre 2019 au 7 juin 2020 ou 11 mai 2020. Le 30 avril 2020 et le 5 mai 2020, ils ont sollicité leur admission au séjour au titre de l'asile. Leurs demandes ont été rejetées par des décisions du 9 juin 2021 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides notifiées les 15 et 29 juin 2021 puis le 24 septembre 2021 par la cour nationale du droit d'asile. Le 15 novembre 2021, le requérant a formé une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade et à titre subsidiaire sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 10 mai 2022, la préfète du Loiret a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Le 6 janvier 2022, la requérante a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 14 juin 2022, la préfète du Loiret a rejeté sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Par deux jugements n° 2202819 et n° 2202427 du 20 avril 2023 frappés d'appel, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté leurs requêtes tendant à l'annulation de ces arrêtés. Les 26 mai et 1er juin 2023, ils ont sollicité le réexamen de leurs demandes d'asile. Leurs demandes ont été rejetées par des décisions du 12 juin 2023 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides notifiées le 27 juin 2023. Par les arrêtés attaqués du 2 janvier 2024, la préfète du Loiret les a obligés à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de leur pays d'origine et leur a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

2. Les deux requêtes susvisées ont pour objet le droit au séjour d'un couple d'étrangers. Elles présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 62 du décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. ".

4. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire des requérants au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les obligations de quitter le territoire :

5. En premier lieu, les arrêtés attaqués du 2 janvier 2024 ont été signés par M. Stéphane Costaglioli, secrétaire général de la préfecture du Loiret. Selon l'article 1er de l'arrêté

n° 45-2023-10-23-00002 du 23 octobre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 45-2023-325 et mis en ligne sur le site de la préfecture, la préfète du Loiret, a donné délégation de signature à M. Stéphane Costaglioli, secrétaire général, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret () " à l'exception des arrêtés portant élévation de conflit et des réquisitions de comptable public. Cette délégation de signature n'est pas générale et mentionne le nom du délégataire. Dès lors que l'arrêté du 23 octobre 2023, qui constitue un acte réglementaire, a été régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Loiret, l'administration n'a pas à produire cet arrêté que le tribunal n'a pas davantage l'obligation de communiquer au requérant. Par ailleurs, les arrêtés attaqués visent la décision de délégation de signature précitée. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée. ".

7. En l'espèce, les obligations de quitter le territoire attaquées du 2 janvier 2024 visent la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention internationale relative aux droits de l'enfant, la convention de Schengen, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration et mentionnent les éléments de fait propres à la situation des requérants, notamment relatifs à leur situation familiale, à raison desquels la préfète les a obligés à quitter le territoire français à destination de leur pays d'origine. Ainsi, même si elle ne rappelle pas les raisons qui ont motivé la demande d'asile de l'intéressée et quel que soit le bien-fondé de ses motifs, les obligations de quitter le territoire sont suffisamment motivées en application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Loiret n'aurait pas procédé à un examen approfondi et personnalisé de la situation personnelle des requérants.

9. En quatrième lieu, il est constant qu'à la date des arrêtés attaqués, à laquelle s'apprécie la légalité des décisions, la cour nationale du droit d'asile n'avait pas encore admis le requérant et leur fils mineur au bénéfice de la protection subsidiaire. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la préfète du Loiret a méconnu les dispositions de l'article L. 424-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. En se prévalant de ces stipulations, les requérants soutiennent que leur fils mineur a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire et que sa mère peut également se voir attribuer une carte de séjour au titre des dispositions du 4° de l'article L. 424-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et qu'ainsi l'ensemble de leurs attaches privées et familiales se trouvent en France où ils sont voués à demeurer de manière pérenne. Toutefois, ils sont entrés assez récemment et irrégulièrement en France le 25 février 2020. Par ailleurs, si le requérant et leur fils ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire, d'ailleurs postérieurement à la date des arrêtés attaqués, cette circonstance est sans incidence sur leur vie privée et familiale dès lors que les obligations de quitter le territoire n'ont pas pour objet ou pour effet de séparer les membres de la cellule familiale. En outre, ils n'établissent pas, ni même n'allèguent, avoir des liens familiaux ou amicaux anciens, stables et continus en France. Par suite, les obligations de quitter le territoire attaquées ne portent pas à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et ne méconnaissent pas, dès lors, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Elles ne sont pas davantage entachées d'erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle des intéressés.

12. Toutefois si, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, la circonstance que le requérant et le fils mineur des intéressés ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire postérieurement à la date des arrêtés attaqués, est sans incidence sur la légalité de ces arrêtés, cette circonstance, non contestée par la préfète, est de nature à faire obstacle à l'exécution des mesures d'éloignement des intéressés, eu égard aux dispositions des articles L. 424-9 et L. 424-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui prévoient que la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " est délivrée à l'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire et qu'une carte identique portant la mention " membre de la famille d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire " est délivrée à certains membres de leur famille.

Sur les décisions fixant le pays de renvoi :

13. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 5, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions fixant le pays de renvoi ont été prises par une autorité incompétente.

14. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que les obligations de quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions fixant le pays de renvoi doivent être annulées en conséquence de l'annulation des obligations de quitter le territoire.

15. En troisième lieu, les décisions fixant le pays de renvoi visent la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, rappellent la nationalité des requérants et précisent qu'ils n'établissent pas être exposés à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans leur pays d'origine et que les décisions qui leur sont opposées ne contreviennent pas aux dispositions des articles 3 et 8 de la convention précitée. Par suite, les décisions fixant le pays de renvoi sont suffisamment motivées.

16. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des motifs des arrêtés attaqués, que la préfète du Loiret n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation des requérants avant de prendre les décisions fixant le pays de renvoi.

17. Enfin, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants

18. En prévoyant aux articles 1er et 4 des arrêtés attaqués que les requérants pourront être reconduits d'office vers tout pays pour lequel ils établissent être légalement admissibles, sans exclure expressément Haïti de la liste de ces pays, les décisions fixant le pays de renvoi doivent être regardées comme permettant d'éloigner les intéressés notamment vers Haïti, pays dont ils ont la nationalité. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des documents des Nations Unies des 2 octobre 2023 et 25 janvier 2024, que Haïti est en proie à une violence croissante et généralisée avec des enlèvements, des viols et crimes commis par des gangs armés qui affectent les moyens de subsistance de la population dont la sécurité n'est ainsi pas assurée par les autorités du pays. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, les décisions fixant le pays de renvoi méconnaissent les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en tant qu'elles permettent le renvoi des requérants en Haïti.

Sur les décisions portant obligation de présentation aux services de police :

19. Aux termes de l'article L. 721-7 du code du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire. ". Aux termes de l'article R. 721-6 du code : " Pour l'application de l'article L. 721-7, l'autorité administrative désigne le service auprès duquel l'étranger effectue les présentations prescrites et fixe leur fréquence qui ne peut excéder trois présentations par semaine. ". Aux termes de l'article

L. 721-8 du même code : " L'autorité administrative peut prescrire à l'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé la remise de son passeport ou de tout document justificatif de son identité dans les conditions prévues à l'article L. 814-1 ".

20. La préfète du Loiret a prescrit aux requérants de se présenter chaque mardi et jeudi à 9 heures 30 auprès du service de la police aux frontières à Olivet afin de faire constater qu'ils respectent la mesure d'éloignement pour y indiquer leurs diligences dans la préparation de leur départ.

21. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 5, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions les obligeant à se présenter aux services de police ont été prises par une autorité incompétente.

22. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des motifs des arrêtés attaqués, que la préfète du Loiret n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation des requérants avant de prendre les décisions les obligeant à se présenter aux services de police.

23. En troisième lieu, les arrêtés attaqués visent les articles L. 721-6 à L. 721-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, accordent un délai de départ volontaire aux requérants et précisent, dans leur dispositif, le contenu des obligations de pointage. Ainsi, les décisions portant obligation de présentation aux services de police sont suffisamment motivées.

24. Enfin, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que les obligations de quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions les obligeant à se présenter aux services de police doivent être annulées en conséquence de l'annulation des obligations de quitter le territoire.

Sur les interdictions de retour sur le territoire français :

25. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Aux termes de l'article L. 613-2 du code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7,

L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

26. Il ressort des termes mêmes des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

27. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

28. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 5, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français ont été prises par une autorité incompétente.

29. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des motifs des arrêtés attaqués, que la préfète du Loiret n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation des requérants avant de prendre les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français.

30. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que les obligations de quitter le territoire ne sont pas entachées d'illégalité. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français doivent être annulées en conséquence de l'annulation des obligations de quitter le territoire.

31. En quatrième lieu, les requérants soutiennent que la préfète du Loiret a commis une erreur de droit en ne se prononçant que sur un seul des quatre critères de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prendre les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français. Toutefois, les arrêtés attaqués rappellent les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précisent que l'examen d'ensemble de la situation des intéressés a été effectué, relativement à la durée de l'interdiction de retour, au regard notamment de l'article L. 612-10 du code et mentionnent que nonobstant le fait qu'ils n'aient pas déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'ils ne représentent pas une menace pour l'ordre public, ils ne peuvent pas justifier d'une ancienneté de présence sur le territoire français et d'une vie privée et familiale ou amicale établie sur le territoire français car ils font tous deux l'objet d'une mesure d'éloignement similaire et qu'ils sont parents d'un enfant mineur dont la situation est indissociable de leur situation. Par ailleurs, les arrêtés fixent, à leur article 5, à un an la durée de l'interdiction de retour. Par suite, les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français, qui prennent en compte les quatre critères rappelés au point 24, sont suffisamment motivées.

32. Enfin, les requérants soutiennent que les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation et portent atteinte à leur droit à une vie privée et familiale en faisant valoir que le requérant et leur fils ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Toutefois, pour les mêmes motifs que ceux rappelés au point 11, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la préfète du Loiret a pris une mesure disproportionnée et entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnu leur droit à une vie privée et familiale alors même qu'ils ne constituent pas une menace pour l'ordre public et qu'ils n'ont jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement.

33. Il résulte de ce qui précède que Mme A B et M. C sont seulement fondés à demander l'annulation des décisions fixant le pays de renvoi en tant qu'elles permettent leur éloignement vers Haïti.

Sur les frais du litige :

34. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat les sommes que demandent les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A B et M. C sont admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les arrêtés du 2 janvier 2024 de la préfète du Loiret obligeant Mme A B et

M. C à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant le pays de destination de leur reconduite et leur interdisant le retour sur le territoire français sont annulés en tant qu'ils permettent leur reconduite à destination de Haïti.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes présentées par Mme A B et

M. C est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme F A B, à M. D E et à la préfète du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2024.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel DELANDRE

La greffière,

Nathalie ARCHENAULTLa République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2400315

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01/04/2026

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