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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2400570

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2400570

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2400570
TypeDécision
Avocat requérantDEZALLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement le 13 février et le 1er mars 2024, M. C B, représenté par Me Dézallé, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 26 janvier 2024 du préfet d'Eure-et-Loir en tant qu'il refuse de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Eure-et-Loir de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours suivant la notification de la décision à intervenir et jusqu'à ce qu'il soit statué au fond ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, moyennant la renonciation de son avocat à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'urgence est constituée dans la mesure où la décision de refus de titre de séjour met en péril la situation professionnelle dans laquelle il s'est engagé et risque de le priver de son logement de manière imminente ; cette situation, qui le prive de son travail et donc de ressources, le place dans une situation d'extrême vulnérabilité et le rend tributaire de l'assistance des associations pour se nourrir et se vêtir ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée qui est entachée d'un défaut de motivation ;

- est également propre à créer un doute sérieux quant à la légalité du refus de titre de séjour le moyen tiré de ce que ce refus est entaché d'erreurs de droit au regard des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

* c'est tout d'abord à tort qu'il n'a pas été tenu compte du caractère réel et sérieux de sa formation ; en effet, s'il n'a pas pu obtenir son CAP après avoir été contraint de cesser son apprentissage, il a toutefois été pris en charge par le dispositif OSE et a ensuite obtenu un contrat à durée indéterminée en adéquation avec les stages suivis ;

* c'est également à tort que le préfet a indiqué qu'il n'était pas établi qu'il n'aurait plus de liens avec sa famille restée dans son pays d'origine puisque les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile visent la nature de ces liens et non leur existence ;

* de même, le préfet a commis une autre erreur de droit en se fondant sur une durée de présence en France insuffisante alors que cette condition n'est pas visée dans cet article ; il doit, en revanche, être tenu compte de sa parfaite intégration dans la société française ;

* enfin, le préfet aurait dû prendre en considération l'avis de la structure, ce qu'il n'a pas fait, celui-ci n'étant pas visé ;

- le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaît son droit de mener une vie privée et familiale normale, protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est de nature à faire naître un doute sérieux sur sa légalité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2024, le préfet d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le caractère d'urgence de la situation n'est pas démontré alors que, s'agissant d'une première demande de titre de séjour, l'urgence n'est pas présumée ; en l'espèce, la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour ne pourrait permettre au requérant d'exercer une activité professionnelle puisqu'il ne relève pas des hypothèses prévues aux articles L. 425-4 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- aucun des moyens invoqués par le requérant n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle est suffisamment motivée ;

* elle n'est pas entachée d'erreur dans l'appréciation du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation par M. B ;

* le requérant n'a pas établi qu'il serait isolé en cas de retour dans son pays d'origine ;

* les conditions fixées par l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile étant cumulatives, la circonstance que l'avis de la structure d'accueil du 15 mars 2022 soutient le requérant dans sa demande ne saurait justifier à lui seul la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement ;

* la décision litigieuse ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales le requérant étant célibataire sans enfant et ne justifiant pas d'une présence suffisante sur le territoire français.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 13 février 2024 sous le n° 2400562 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Rouault-Chalier, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 mars 2024 à 14 h 30 :

- le rapport de Mme Rouault-Chalier, juge des référés ;

- les observations de Me Dézallé, représentant M. B, présent à l'audience, qui a conclu aux mêmes fins que dans la requête et a demandé, en outre, que l'injonction sollicitée soit assortie d'une astreinte d'un montant de 50 euros par jour de retard ; après avoir repris en les développant les moyens invoqués dans ses écritures, elle a soulevé un nouveau moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet d'Eure-et-Loir au regard des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en invoquant à son soutien les mêmes arguments que ceux présentés à l'appui des moyens d'erreurs de droit initialement développés ; interrogée par la juge des référés, elle a précisé, en ce qui concerne l'urgence, que le contrat à durée indéterminée dont est titulaire le requérant n'était pas rompu à ce jour et que ce dernier bénéficie toujours d'un hébergement ;

- le préfet d'Eure-et-Loir n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, né le 20 mars 2004 en Côte d'Ivoire, déclare être entré en France le 1er février 2020 alors qu'il était mineur et n'avait pas encore atteint l'âge de seize ans. Il a été confié à l'aide sociale à l'enfance de l'Eure-et-Loir jusqu'à sa majorité, en application du jugement du 31 juillet 2020 du juge des enfants du tribunal pour enfants de A. Le 21 mars 2022, M. B a sollicité auprès de la préfecture d'Eure-et-Loir son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 26 janvier 2024, le préfet d'Eure-et-Loir a refusé faire droit à sa demande et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours vers le pays dont l'intéressé a la nationalité ou tout pays dans lequel il est légalement admissible. Par la requête ci-dessus analysée, M. B demande à la juge des référés de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de cet arrêté en tant qu'il refuse de lui délivrer un titre de séjour.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme dans le cas d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. Pour justifier de l'urgence qui s'attacherait à la suspension de la décision de refus de séjour, M. B soutient que la poursuite de son activité professionnelle d'équipier-employé d'étage au sein de l'établissement Sofitel A le Faubourg, qu'il exerce sous contrat à durée indéterminée depuis le 1er septembre 2022, est mise en péril et qu'il risque également de devoir quitter le logement où il est hébergé. Toutefois, il ne résulte d'aucune pièce produite à l'instance qu'il aurait été mis fin à son contrat de travail, ni qu'il se serait trouvé dans l'obligation de quitter son logement, les éléments recueillis au cours de l'audience ayant même confirmé le contraire. Compte tenu du caractère suspensif du recours introduit à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, en vertu de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du délai de trois mois imparti par le dernier alinéa de l'article L. 614-4 du même code au tribunal administratif pour statuer sur la requête au fond, M. B ne justifie pas de circonstances particulières nécessitant de prononcer à bref délai une mesure provisoire. Dès lors, la condition d'urgence requise par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'apprécier l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que les conclusions de M. B tendant à la suspension de la décision du 26 janvier 2024 ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à la mise en œuvre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et au préfet d'Eure-et-Loir.

Fait à Orléans, le 12 mars 2024.

La juge des référés,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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