mercredi 17 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2400805 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES -JUGE UNIQUE |
| Avocat requérant | LARMANJAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 février 2024, M. B A, représenté par
Me Emmanuelle Larmanjat, demande au tribunal :
1) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2024 de la préfète du Loiret l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant la République de Guinée comme pays de destination de sa reconduite ;
2) d'enjoindre à la préfète du Loiret de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour sous huit jours et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3) de mettre à la charge de l'Etat, au profit de son conseil, la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que l'obligation de quitter le territoire a été prise par une autorité incompétente, n'est pas suffisamment motivée, méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2024, la préfète du Loiret, représentée par la Selarl Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du
22 mars 2024.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi dès lors que M. A a demandé l'asile en Espagne, que les autorités espagnoles n'ont pas encore statué sur cette demande et que la France n'est pas devenue responsable de cette demande d'asile, l'intéressé ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de Genève relative au statut des réfugiés du 28 juillet 1851 ;
- le protocole relatif au statut des réfugiés signé à New York le 31 janvier 1967 ;
- la convention d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985, signée le 19 juin 1990 ;
- le protocole intégrant l'acquis de Schengen dans le cadre de l'Union européenne, annexé au traité sur l'Union européenne et au traité instituant la Communauté européenne ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Delandre, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Larmanjat, avocate de M. A, et de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant de la République de Guinée né le 1er janvier 2000, a été interpellé le 31 janvier 2024 par les services de la direction interdépartementale de la police aux frontières d'Orléans pour vérification de son droit au séjour. Il a déclaré être entré en France en 2019 sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Le 1er avril 2019, il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Identifié comme étant entré par l'Espagne, les autorités espagnoles ont été saisies le 3 avril 2019 d'une requête en réadmission. Les autorités espagnoles ont donné leur accord le 24 avril 2019. Le 30 août 2019, il a fait l'objet d'un arrêté de transfert vers les autorités espagnoles pris par la préfète du Loiret. Sa requête tendant à l'annulation de cet arrêté a été rejetée par un jugement n° 1903163 du 6 septembre 2019 du magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif d'Orléans. Par l'arrêté attaqué du 31 janvier 2024, la préfète du Loiret l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de son pays d'origine.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 62 du décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. ".
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 31 janvier 2024 de la préfète du Loiret :
4. Il ressort des dispositions des articles L. 610-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives à l'obligation de quitter le territoire français, de celles des articles L. 615-1 et suivants relatives aux cas de l'étranger obligé de quitter le territoire d'un autre État membre de l'Union européenne ou d'un État dans lequel s'applique l'accord de Schengen et de celles des articles L. 621-1 et suivants relatives aux procédures de remise aux États membres de l'Union européenne ou parties à la convention d'application de l'accord de Schengen que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre État ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Toutefois, si l'étranger demande à être éloigné vers l'État membre de l'Union européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, ou s'il est résident de longue durée dans un État membre ou titulaire d'une " carte bleue européenne " délivrée par un tel État, il appartient au préfet d'examiner s'il y a lieu de reconduire en priorité l'étranger vers cet État ou de le réadmettre dans cet État. S'agissant enfin, du cas de l'étranger demandeur d'asile, les stipulations de l'article 31-2 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile impliquent nécessairement que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit autorisé à demeurer provisoirement sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Ainsi, lorsqu'en application des stipulations des conventions internationales conclues avec les États membres de l'Union européenne, l'examen de la demande d'asile d'un étranger ne relève pas de la compétence des autorités françaises mais de celles de l'un de ces États, la situation du demandeur d'asile n'entre pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais dans celui des dispositions des articles L. 571-1 et suivants du même code. En vertu de ces dispositions, la mesure d'éloignement en vue de remettre l'intéressé aux autorités étrangères compétentes pour l'examen de sa demande d'asile ne peut être qu'une décision de réadmission prise sur le fondement de l'article L. 572-1 du même code.
5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté attaqué du
31 janvier 2024, que le requérant a formulé une demande d'asile en France et que compte tenu de son identification en Espagne, il a fait l'objet d'un arrêté de transfert aux autorités espagnoles pris le 30 août 2019 par la préfète du Loiret. Il n'est pas établi que les autorités espagnoles auraient statué définitivement sur la demande d'asile du requérant à la date de l'arrêté attaqué et que les autorités françaises, qui seraient devenues responsables de cette demande, auraient statué définitivement sur celle-ci à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, la préfète du Loiret ne pouvait prendre à l'encontre du requérant une obligation de quitter le territoire sur le fondement des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire du 31 décembre 2024 de la préfète du Loiret ainsi que, par voie de conséquence, la décision fixant le pays de renvoi.
Sur les conclusions en injonction :
7. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ". A la suite de l'annulation d'une décision d'obligation de quitter le territoire, il incombe au préfet, en application des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, non seulement de munir l'intéressé d'une autorisation provisoire de séjour mais aussi, qu'il ait été ou non saisi d'une demande en ce sens, de se prononcer sur son droit à un titre de séjour.
8. Le présent jugement qui annule l'arrêté du 31 janvier 2024 de la préfète du Loiret implique nécessairement que la préfète du Loiret se prononce sur le droit au séjour de M. A et le munisse d'une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu, dès lors, en application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de prescrire à la préfète du Loiret de munir immédiatement M. A d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'elle ait à nouveau statué sur sa situation et de fixer à deux mois, à compter de la notification du présent jugement, le délai dans lequel elle devra prendre une décision sur son droit au séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Larmanjat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Emmanuelle Larmanjat de la somme de 1 200 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à M. A.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du 31 janvier 2024 de la préfète du Loiret obligeant M. A à quitter le territoire français et fixant la République de Guinée comme pays de destination de sa reconduite est annulé.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète du Loiret de munir immédiatement M. A d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'elle ait à nouveau statué sur son cas. La décision prise à l'issue de l'examen du droit au séjour de M. A devra intervenir dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Emmanuelle Larmanjat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Larmanjat, avocate de M. A, une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du
10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à M. A.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Loiret.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2024.
Le magistrat désigné,
Jean-Michel DELANDRE
La greffière,
Florence PINGUET-COMMEREUCLa République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif d'Orléans — N° TA45-2403221
Le Tribunal Administratif d'Orléans, statuant en urgence, a rejeté la requête de M. B... visant à annuler le rejet implicite de sa demande de restitution de points sur son permis de conduire. Le tribunal a jugé le recours irrecevable pour tardiveté, considérant que la décision récapitulative (48SI) lui avait été régulièrement notifiée le 20 novembre 2021, bien avant son recours gracieux de mai 2024. La solution s'appuie sur les articles R. 421-1 et R. 421-5 du code de justice administrative relatifs aux délais de recours.
03/04/2026
Tribunal Administratif d'Orléans — N° TA45-2502103
Le Tribunal Administratif d'Orléans, statuant en urgence, a déclaré sans objet le recours en excès de pouvoir visant l'annulation de deux décisions rejetant des demandes de remise gracieuse d'indu de prestations sociales (prime d'activité et RSA). Le juge a constaté que les sommes indûment perçues étaient soldées à la date de sa décision, rendant la demande de remise gracieuse inopérante. Les textes appliqués étaient le code de l'action sociale et des familles et le code de la sécurité sociale.
01/04/2026
Tribunal Administratif d'Orléans — N° TA45-2500261
Le Tribunal administratif d'Orléans, statuant en référé, a rejeté la demande d'un requérant visant l'annulation du refus implicite de lui restituer trois points sur son permis de conduire. Le juge a considéré que la réalité de l'infraction routière initiale, ayant entraîné le retrait de points, demeurait établie par l'émission du titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée, conformément à l'article L. 223-1 du code de la route. La simple présentation d'une réclamation ultérieure contre ce titre, sans démontrer son inexactitude dans le système national des permis de conduire, ne suffit pas à justifier la restitution des points.
01/04/2026
Tribunal Administratif d'Orléans — N° TA45-2500498
Le Tribunal administratif d'Orléans, statuant en urgence, a rejeté les requêtes de Mme E... G... visant à contester le recouvrement d'allocations (RSA et prime de fin d'année) indûment perçues. Le juge a estimé que les moyens soulevés, notamment ceux relatifs à la régularité formelle des décisions et au respect des droits de la défense, n'étaient pas fondés. La décision s'appuie sur les dispositions du code de la sécurité sociale et du code des relations entre le public et l'administration invoquées par les parties.
01/04/2026