mercredi 24 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2401535 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Avocat requérant | KAB CONSEIL AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 avril 2024, la préfète du Loiret demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de M. G B de son hébergement situé appartement n° 16, 2ème étage au 5 Place CJ Desvergnes - 45100 Orléans ;
2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des
lieux ;
3°) d'autoriser le préfet à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du CADA de Coallia afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. G B, à défaut pour celui-ci de les avoir emportés.
Elle soutient que :
- la demande d'asile a été définitivement rejetée et le défendeur se maintient irrégulièrement dans les locaux depuis le 31 décembre 2023, malgré l'envoi d'une mise en demeure ;
- la mesure demandée est urgente, utile, ne fait pas l'objet d'une contestation sérieuse et ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.
Par un mémoire enregistré le 24 avril 2024, M. B G, représenté par Me Yela Koumba, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- La décision de sortie du 16 novembre 2023 ne lui a pas été régulièrement notifiée ; une mise en demeure lui sera notifiée en mains propres par l'hébergeur le 18 janvier 2024 ; le signataire de la mise en demeure du 11 janvier 2024 ne disposait pas d'une délégation de signature régulière ; la preuve de la notification de la mise en demeure du 13 février 2024 n'est pas rapportée ;
- L'urgence n'est pas caractérisée ;
- Il est titulaire d'une attestation de demande d'asile expirant le 21 septembre 2024 et devait, à tout le moins, se voir proposer une solution d'hébergement alternative ;
- Il n'a pas eu un comportement violent à l'égard de son épouse.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. E en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement informées du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- Le rapport de M. E ;
- Les observations de M. A F et de Mme D, représentant la préfète du Loiret, qui concluent aux mêmes fins que la requête avec les mêmes moyens ;
- Les observations de Me Yela Koumba, qui conclut au rejet de la requête pour les mêmes motifs et demande en outre que soit enjoint à la préfète du Loiret d'assurer le relogement de M. G et les observations de M. G, assisté de Mme C, interprète.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
2. Aux termes de l'article L. 552-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les personnes morales chargées de la gestion des lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 sont tenues de déclarer à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans le cadre du traitement automatisé de données, les places disponibles dans les lieux d'hébergement. Ces personnes morales sont tenues d'alerter l'autorité administrative compétente en cas d'absence injustifiée et prolongée des personnes qui y ont été orientées pour la durée de la procédure et en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ". Aux termes de l'article L. 551-16 du même code : " Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants :Un décret en Conseil d'Etat prévoit les sanctions applicables en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ". L'article L. 552-15 du même code précise que : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
3. Lorsque le juge des référés est saisi par l'administration, sur le fondement des dispositions précitées, d'une demande d'expulsion d'un centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et si la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
4. Il résulte de l'instruction que la famille de M. G, ressortissant azerbaïdjanais, était domiciliée au centre d'accueil pour demandeurs d'asile de l'agglomération orléanaise sis 7, rue vieille levée à Orléans et occupait un logement dans l'appartement n° 16, 2ème étage au 5, place CJ Desvergnes. Son épouse a porté plainte en 2023 à l'encontre de celui-ci pour des violences physiques et psychologiques, ce qui a entrainé l'hébergement en urgence de la plaignante et des deux enfants du couple dans un autre lieu, alors que M. G a refusé de quitter l'hébergement qui avait été accordé au couple. M. G a fait l'objet d'une composition pénale le 19 février 2024, lui enjoignant, pendant un délai de six mois, de pas rencontrer ou recevoir la victime et de ne pas paraître sur les lieux où l'infraction a été commise. L'OFII lui a notifié le 16 novembre 2023 un courrier mentionnant la fin de son hébergement, en application des articles L. 552-5 et L. 552-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La signature de M. G dont est revêtue cette lettre est identique à celle figurant sur l'ordonnance de composition pénale. Enfin, M. G n'a pas déféré à la mise en demeure de quitter les lieux dans le délai de quinze jours, régulièrement notifiée par la préfète du Loiret le 19 février 2024.
5. En premier lieu, si M. G soutient qu'il n'est pas l'auteur de violences sur sa conjointe, il ne produit, en tout état de cause, aucun élément susceptible de remettre en cause les faits fondant la composition pénale du 19 février 2024.
6. En deuxième lieu, la circonstance que la signataire de la mise en demeure du 11 janvier 2024 ne justifierait pas être titulaire d'une délégation de signature est sans incidence dans le présent litige, dès lors qu'il résulte de l'instruction qu'une mise en demeure de quitter le lieu d'hébergement a été signifiée à M. G par la préfète du Loiret le 19 février 2024.
7. En troisième lieu, si M. G soutient qu'il a le statut de demandeur d'asile et produit une attestation de demande d'asile en procédure normale valable jusqu'au 21 septembre 2024, la décision de fin d'hébergement est fondée sur le comportement violent de l'hébergé et son manquement aux règles définies par le contrat de séjour et non sur le rejet définitif d'une demande d'asile.
8. La préfète du Loiret soutient sans être contredite que la capacité d'accueil des demandeurs d'asile dans le Loiret est de 1 324 places et que le taux d'occupation de ces logements est de 97,3 %. Elle soutient également que 630 demandeurs d'asile sont en attente d'hébergement d'urgence dans le département et que M. G occupe seul un logement de près de 100 m² destiné à une famille.
9. Pour les motifs exposés aux points précédents, les conditions d'urgence et d'utilité requises par l'article L. 521-3 du code de justice administrative sont établies et la demande de la préfète du Loiret ne se heurte à aucune contestation sérieuse. Il y a lieu d'enjoindre à M. G de libérer sans délai l'hébergement pour demandeurs d'asile qu'il occupe. En l'absence de départ volontaire dans un délai de huit jours, la préfète pourra avoir recours au concours de la force publique et donner toutes instructions utiles au gestionnaire afin d'évacuer les biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. G, à défaut pour celui-ci d'avoir emporté ses effets personnels. La présente ordonnance, qui enjoint au défendeur de quitter le lieu d'hébergement en raison de son comportement et de son manquement au règlement, n'implique pas qu'il y ait également lieu d'enjoindre à la préfète du Loiret d'assurer le relogement de M. G.
Sur les frais de l'instance :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. G.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à M. G de libérer sans délai le logement qu'il occupe au sein du centre d'hébergement Coallia appartement n° 16, 2ème étage au 5 Place CJ Desvergnes - 45100 Orléans.
Article 2 : En l'absence de départ volontaire à l'issue du délai de huit jours suivant la notification de la présente ordonnance, la préfète du Loiret pourra procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de M. G, les biens meubles qui se trouveraient dans les lieux.
Article 3 : Les conclusions présentées par M. G sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B G et à la préfète du Loiret.
Fait à Orléans le 24 avril 2024.
Le juge des référés,
Jean-Luc E
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.