Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2401589

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2401589
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMELLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 avril 2024, Mme B A née D, représentée par Me Mellier, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2024 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Le refus de séjour :

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

L'obligation de quitter le territoire :

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juin 2024, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décisions du 22 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique du 4 juin 2024 à 10h00.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante marocaine née le 1er janvier 1955, est entrée régulièrement en France le 14 janvier 2023, munie d'un visa de court séjour. Elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2024 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un arrêté du 30 mai 2024, le préfet de Loir-et-Cher l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

En ce qui concerne l'arrêté portant refus de titre et obligation de quitter le territoire :

Sur l'étendue du litige :

2. Ainsi qu'il a été dit au point 1, Mme A a fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En application des dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de statuer sur les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. La formation collégiale du tribunal reste saisie des conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, des conclusions accessoires à ces dernières ainsi que de celles relatives au frais de l'instance.

Sur la légalité de l'arrêté en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire :

3. En premier lieu, Mme A soutient qu'elle a subi plusieurs opérations des genoux, qu'elle a perdu de son autonomie, qu'elle dépend de son entourage pour tous les actes du quotidien, que son époux qui réside au Maroc n'a pas la possibilité de l'aider alors qu'elle réside en France chez ses deux filles qui s'occupent d'elle à tour de rôle. Toutefois, la requérante ne produit aucun élément à l'appui de ses déclarations. En particulier elle ne justifie pas la nécessité d'une prise en charge par une tierce personne qui ne pourrait pas être assurée dans son pays d'origine. Par suite, l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Mme A est mariée et mère de quatre enfants majeurs dont trois résident en France. Son époux et un de ses enfants résident au Maroc où elle a vécu jusqu'à l'âge de 68 ans. Elle ne justifie d'aucune intégration en France. Par suite, l'arrêté attaqué ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 26 janvier 2024 du préfet de Loir-et-Cher en tant qu'il a fait obligation à Mme A de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions à fin d'annulation de la décision du préfet de Loir-et-Cher du 26 janvier 2024 refusant la délivrance d'un titre de séjour à Mme A, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte qui s'y rattachent et celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont renvoyées devant la formation collégiale de ce tribunal.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A née D et au préfet de Loir-et-Cher.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.

Le magistrat désigné,

Eric C

La greffière,

Céline BOISGARD

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.