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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2401825

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2401825

mardi 21 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2401825
TypeDécision
Avocat requérantWEINKOPF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 mai 2024, M. D A, représenté par Me Weinkopf, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 11 mars 2024 du préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté portant autorisation d'exploiter, au titre du contrôle des structures des exploitations agricoles, un terrain d'une superficie de 83,8476 hectares situé sur le territoire de la commune de Charly (18), accordée à M. B C ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat et de M. C le versement de la somme de

1 500 euros chacun au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que le tribunal paritaire des baux ruraux a sursis à statuer dans l'attente de la décision à intervenir dans le cadre de la demande d'autorisation d'exploiter ; il démontre également une urgence à sauvegarder ses intérêts, d'une part, en tant que propriétaire, M. C n'entretenant pas les parcelles en litige et, d'autre part, en tant que futur exploitant, M. C laissant les terrains en cause totalement en friche, ce qui dans les deux cas nécessitera des investissements importants en vue de la remise en état ou de la reprise d'exploitation ; depuis le 1er mai 2023, sa famille ne peut plus percevoir le loyer correspondant au fermage de la parcelle ;

- sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée les moyens tirés :

* de l'incompétence territoriale du préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté pour autoriser l'exploitation de parcelles situées dans le département du Cher en région Centre-Val de Loire ;

* de l'incompétence de l'auteur de l'acte en l'absence de preuve d'une subdélégation régulièrement publiée ;

* de l'erreur de base légale, le schéma directeur régional des exploitations agricoles (SDREA) applicable étant celui de la région Centre-Val de Loire et non celui de la région Bourgogne-Franche-Comté ;

* de l'existence d'un vice de procédure en l'absence de consultation régulière de la commission départementale d'orientation de l'agriculture (CDOA) mentionnée à l'article

R. 313-1 du code rural et de la pêche maritime pour départager sa demande d'autorisation d'exploiter et celle déposée par M. C ;

* du défaut de motivation de l'arrêté attaqué dès lors que ni le sens ni les motifs de l'avis de la CDOA n'ont été portés à sa connaissance ;

* de l'erreur manifeste d'appréciation dès lors que la décision attaquée les classe pour les parcelles en litige au même ordre de priorité, alors que la CDOA l'avait classé en ordre de priorité 2 et avait classé M. C en ordre de priorité 5 et qu'elle avait émis un avis défavorable à l'encontre de la demande d'autorisation d'exploiter de ce dernier ;

* d'erreurs de fait dans les rangs de priorité attribués au titre des différents critères tenant à la surface agricole exploitée, au siège de l'exploitation, aux unités de travail actifs (UTA) et au rapport Surface Agricole Utile pondéré (SAUp) / UTA, ayant entraîné une erreur d'appréciation ;

* d'erreurs de fait et de droit dans les points de pondération attribués à leurs demandes respectives d'autorisation d'exploiter tenant compte du niveau de formation, de la diversité de production, de la dimension économique viable, de la structure parcellaire et de la participation à l'exploitation agricole ;

* du caractère erroné du dossier d'autorisation de M. C qui comporte des inexactitudes et des contradictions.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 10 mai 2024 sous le n° 2401824 par laquelle M. A demande l'annulation de l'arrêté attaqué.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Rouault-Chalier, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A demande à la juge des référés, saisie sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 11 mars 2024 par lequel le préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté a accordé à M. C, au titre du contrôle des structures des exploitations agricoles, l'autorisation d'exploiter des parcelles d'une superficie totale de 83,8476 hectares situées sur le territoire de la commune de Charly (18), dont il est propriétaire avec sa mère et son frère.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. " et aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". L'article L. 522-3 de ce code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Au soutien de sa demande de suspension de l'exécution de l'arrêté contesté, M. A fait valoir que dans le cadre du litige qui l'oppose au père de M. C à propos de sa demande de cession à son fils du droit au bail dont il était titulaire, et portant sur les parcelles faisant l'objet de l'autorisation d'exploitation attaquée, le tribunal paritaire des baux ruraux de Saint-Amand-Montrond a, par un jugement du 21 novembre 2023, sursis à statuer dans l'attente de la décision à intervenir dans le cadre de la demande d'autorisation d'exploiter déposée par M. C. Toutefois, et alors qu'il ressort des termes de ce même jugement que l'affaire a été renvoyée à l'audience du 20 février 2024 et qu'elle sera retenue à cette date, sans aucun renvoi, la circonstance ainsi invoquée par le requérant n'est pas par elle-même de nature à justifier d'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. M. A soutient en outre que les parcelles pour lesquelles l'autorisation d'exploitation a été accordée ne sont plus entretenues et complètement laissées en friche depuis l'avis de reprise de bail qu'il a adressé le 24 septembre 2021 au père de M. C et qui prenait effet le 1er mai 2023, ce qui fait perdre " chaque jour un peu plus de sa valeur financière " et de sa rentabilité à l'exploitation et aggrave la situation économique de sa future reprise en tant qu'exploitant. Il ressort toutefois des éléments produits, et notamment de l'attestation délivrée le 13 juin 2023 par le préfet de la région Centre-Val de Loire en réponse à la demande présentée par M. A en vue d'obtenir l'autorisation d'exploiter ces mêmes parcelles situées sur la commune de Charly pour une superficie identique de 83,8476 hectares, et réceptionnée le 1er février 2023 par les services de la direction départementale des territoires du Cher, que le requérant bénéficie depuis le 2 juin 2023 d'un accord tacite pour leur exploitation. Dans ces circonstances, M. A ne justifie pas de l'existence d'une situation d'urgence qui ne résulte pas davantage de la nature et de la portée de la décision attaquée. Enfin, si le requérant fait valoir que cette situation porte atteinte à ses intérêts en qualité de propriétaire dès lors que depuis le 1er mai 2023, sa famille ne peut plus percevoir le loyer correspondant au fermage de ces parcelles, il est constant que le préjudice financier dont il se prévaut, à le supposer établi, n'a pas pour origine l'exécution de l'arrêté contesté autorisant M. C à exploiter les terrains en litige, mais résulte de la décision prise par les consorts A en leur qualité de propriétaire de ces parcelles, de mettre fin au bail dont était titulaire le père de M. C, lequel avait atteint l'âge de la retraite. Par suite, en l'absence de démonstration par le requérant de ce que l'arrêté contesté lui causerait un préjudice grave et immédiat, la condition relative à l'urgence ne saurait être considérée comme remplie en l'espèce.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition tenant à l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté litigieux est satisfaite, de rejeter la requête de M. A en toutes ses conclusions, y compris celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et tendant à ce que soit mis à la charge de l'Etat et de M. C, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Copie en sera adressée pour information au préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté.

Fait à Orléans, le 21 mai 2024.

La juge des référés,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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