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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2402598

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2402598

jeudi 5 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2402598
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantESNAULT-BENMOUSSA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans a annulé l'arrêté préfectoral du 14 mars 2024 refusant un titre de séjour pour raisons médicales à un ressortissant pakistanais et lui enjoignant de quitter le territoire. La juridiction a retenu un vice de procédure, constatant que l'administration n'avait pas établi la transmission préalable du rapport médical au collège de l'OFII, comme l'exige l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle a enjoint au préfet de réexaminer la situation du requérant et a condamné l'État à verser 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 juin 2024, M. B... A..., représenté par Me Esnault-Benmoussa , demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 14 mars 2024 par lequel le préfet d’Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement ;

2°) d’enjoindre au préfet d’Indre-et-Loire de réexaminer sa situation administrative ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
- l’arrêté contesté est entaché d’un vice de procédure dès lors qu’il n’est pas établi qu’un rapport médical ait été transmis au collège des médecins de l’office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) préalablement à la délibération de ce collège et que le médecin ayant rédigé ce rapport ne siégeait pas au sein de ce collège ;
- il est entaché d’une erreur d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 425- 9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

La requête a été communiquée au préfet d’Indre-et-Loire, qui a seulement produit une pièce, enregistrée le 26 juin 2024.

Par ordonnance du 28 novembre 2025, la clôture d’instruction a été fixée au 7 janvier 2026.

M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Le rapport de Mme Ploteau a été entendu au cours de l’audience publique.

Les parties n’étaient ni présentes ni représentées.


Considérant ce qui suit :

M. B... A..., ressortissant pakistanais né le 1er janvier 1981 à Mandi Bahauddin (Pakistan), déclare être entré irrégulièrement en France le 24 janvier 2023. Le 23 octobre 2023, il a déposé une demande de titre de séjour pour raisons médicales. Par un arrêté du 14 mars 2024, dont il demande l’annulation, le préfet d’Indre-et-Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger, résidant habituellement en France, dont l’état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d’une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l’offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d’un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d’une durée d’un an. (…) / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l’autorité administrative après avis d’un collège de médecins du service médical de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d’Etat. / (…) ». Aux termes de l’article R. 425-11 du même code : « Pour l’application de l’article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d’un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l’Office français de l’immigration et de l’intégration. / L’avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l’immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d’une part, d’un rapport médical établi par un médecin de l’office et, d’autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d’un traitement approprié dans le pays d’origine de l’intéressé. / (…) ». L’article R. 425-12 de ce code dispose : « Le rapport médical mentionné à l’article R. 425-11 est établi par un médecin de l’Office français de l’immigration et de l’intégration à partir d’un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l’ordre, dans les conditions prévues par l’arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. (…) Il transmet son rapport médical au collège de médecins. (…) ». Enfin, l’article R. 425-13 du même code dispose : « Le collège à compétence nationale mentionné à l’article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l’arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / (…) ».

Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l’une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l’abstention d’une des parties à produire les éléments qu’elle est seule en mesure d’apporter et qui ne sauraient être réclamés qu’à elle-même, d’apprécier si l’état de santé d’un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d’une exceptionnelle gravité, sous réserve de l’absence d’un accès effectif à un traitement approprié dans le pays de renvoi. La partie qui justifie d’un avis du collège de médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l’existence ou l’absence d’un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d’un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l’autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d’apprécier l’état de santé de l’étranger et, le cas échéant, l’existence ou l’absence d’un traitement approprié dont il peut effectivement bénéficier dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d’apprécier si l’état de santé d’un étranger justifie la délivrance d’un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

D’une part, il ressort des pièces du dossier, en particulier de l’avis du collège des médecins de l’OFII produit par le préfet en défense, que ce collège a rendu son avis après la transmission d’un rapport médical établi par un médecin rapporteur n’ayant pas siégé au sein du collège. Par suite, le vice de procédure soulevé par M. A... doit être écarté.

D’autre part, par l’avis susmentionné, sur lequel s’est appuyé le préfet pour refuser à M. A... la délivrance du titre de séjour sollicité, le collège des médecins de l’OFII a relevé que l’état de santé de ce dernier nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d’une exceptionnelle gravité mais qu’eu égard à l’offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d’un traitement approprié et que son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d’origine. M. A... soutient qu’il est atteint d’un éthylisme chronique et d’un diabète insulino-dépendant et produit un certificat médical établi par la médecin le suivant en France, précisant la nature de son traitement et indiquant que ce traitement n’est pas disponible au Pakistan. Toutefois, ce seul certificat médical, rédigé en des termes non circonstanciés quant à la disponibilité au Pakistan du traitement prescrit à M. A..., ne permet pas de remettre en cause l’appréciation portée par les trois médecins membres du collège des médecins de l’OFII. Dans ces conditions et dès lors qu’aucun autre élément ne permet de s’écarter de l’avis du collège des médecins de l’OFII, le préfet d’Indre-et-Loire a pu, sans commettre d’erreur d’appréciation, rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. A....

Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la requête doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de celles à fin d’injonction et de celles relatives aux frais liés au litige.


D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet d’Indre-et-Loire.


Délibéré après l’audience du 12 février 2026, à laquelle siégeaient :

M. Lacassagne, président,
Mme Ploteau, conseillère,
Mme Lefèvre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mars 2026.


La rapporteure,

Coralie PLOTEAU

Le président,

Denis LACASSAGNE

La greffière,





Anne-Gaëlle BRICHET


La République mande et ordonne au préfet d’Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.



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