mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2402685 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | SCP CARIOU LEVEQUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 juin 2024, Mme B C épouse D, représentée par Me Sandrine Cariou, demande au juge des référés :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 11 avril 2024 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a demandé de remettre aux services de police tout document d'identité ou de voyage en sa possession ;
3°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou du moins un récépissé avec autorisation de travail, jusqu'à la décision rendue au fond ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocate de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, moyennant la renonciation de ce conseil à percevoir la contribution attribuée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Mme C épouse D soutient que :
Sur la condition d'urgence :
La décision contestée entraîne pour elle des conséquences particulièrement graves et attentatoires aux libertés fondamentales.
Elle se retrouve, du fait de cette décision, privée de subsides et ne peut pas travailler, alors que la plateforme Smoe a émis un avis favorable à son emploi dans l'hôtellerie, lequel est un secteur à pénurie de main d'œuvre, et que l'article 15 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne stipule que " toute personne a le droit de travailler et d'exercer une profession librement choisie ou acceptée ".
Le préfet ayant arrêté de financer son hébergement hôtelier en avril 2024, elle a été hébergée très provisoirement par le diocèse de Blois avant de se retrouver à la rue en juin 2024 avec ses deux enfants mineurs, alors que l'hôtel qui souhaite l'embaucher était prêt à l'héberger avec ses enfants pendant une durée de trois mois et qu'il appartient soit au département soit à l'Etat de garantir le droit au logement, ainsi qu'en a décidé le Conseil d'Etat dans une décision du 13 juillet 2016.
Sur le doute sérieux sur la légalité de l'arrêté contesté :
- il présente une insuffisance de motivation à l'aune des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ;
- le préfet n'a pas répondu aux moyens de fait et de droit mis en avant par la requérante au soutien de sa demande de titre de séjour ;
- l'arrêté a été pris en méconnaissance du droit d'être entendu garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- il n'a pas précédé de la communication de l'avis qu'aurait émis le 4 avril 2024 le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration sur l'état de santé de son fils A ;
- il méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnait l'intérêt supérieur de l'enfant protégé par l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- il méconnait la circulaire ministérielle du 28 novembre 2012.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 28 juin 2024 sous le n° 2402683 par laquelle Mme C épouse D demande l'annulation de l'arrêté du 11 avril 2024.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
1. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par Mme C épouse D.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.
Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
3. Mme B C épouse D, ressortissante marocaine née le 16 décembre 1990, est entrée régulièrement en France le 3 avril 2019, à l'âge de 28 ans, sous couvert d'un visa de court séjour, en compagnie de son fils né le 22 mai 2017 et de son mari, lequel a quitté l'intéressée en octobre 2019 en la laissant enceinte d'un second enfant né le 17 mars 2020. Elle a fait l'objet d'un arrêté du 7 octobre 2020 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français à l'encontre duquel elle forma un recours rejeté par jugement n° 2004521 du 18 mars 2022 du tribunal administratif d'Orléans, devenu définitif. Elle a présenté le 16 janvier 2023 une nouvelle demande de séjour que le préfet de Loir-et-Cher a, par arrêté du 11 avril 2024, rejetée en obligeant l'intéressée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, en fixant le pays de destination et en lui demandant de remettre aux services de police tout document d'identité ou de voyage en sa possession.
4. En l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés par Mme C épouse D n'est de nature à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée. Il suit de là, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, que la demande de la requérante tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté du 11 avril 2024 du préfet de Loir-et-Cher doit être rejetée par application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme C épouse D est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C épouse D.
Copie en sera adressée au préfet de Loir-et-Cher.
Fait à Orléans, le 2 juillet 2024.
Le président, juge des référés,
Benoist GUEVEL
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.