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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2402787

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2402787

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2402787
TypeOrdonnance
Avocat requérantAUBRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 juillet 2024, Mme E A et M. C D, représentés par Me Aubry, demandent au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de leur accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de leur proposer sans un délai un hébergement d'urgence ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à leur conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- Ils se prévalent de circonstances exceptionnelles, liées au très jeune âge de leurs enfants, âgés de neuf mois et deux ans et demi ; ils invoquent l'intérêt supérieur de l'enfant protégé par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant.

Par un mémoire enregistré le 10 juillet 2024, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- A titre principal, la condition d'urgence n'est pas satisfaite ; les requérants n'ont aucun droit au maintien sur le territoire national ;

- Il n'est pas porté atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, compte tenu de la situation irrégulière des requérants et de l'absence de problèmes de santé d'une particulière gravité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale sur les droits de l'enfant ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre les requérants, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

3. L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet, " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse ". Aux termes de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. / () / L'hébergement d'urgence prend en compte, de la manière la plus adaptée possible, les besoins de la personne accueillie () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ". Aux termes de l'article L. 121-7 du même code : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : / () 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 () ".

4. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement de ces dispositions, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Les ressortissants étrangers qui font l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ou dont la demande d'asile a été définitivement rejetée et qui doivent ainsi quitter le territoire en vertu des dispositions de l'article L. 743-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ayant pas vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement d'urgence, une carence constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ne saurait être caractérisée, à l'issue de la période strictement nécessaire à la mise en œuvre de leur départ volontaire, qu'en cas de circonstances exceptionnelles. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

5. Mme A a été prise en charge à compter du 9 juillet 2021 par le service de l'aide sociale à l'enfance du département de Loir-et-Cher, alors qu'elle attendait un enfant qui est né le 14 novembre 2021. Au cours de cette prise en charge, elle a donné naissance le 13 septembre 2023 à un nouvel enfant, qui a été reconnu par M. D, également père de l'aîné. Estimant que la situation d'isolement de Mme A n'était ainsi pas avérée, le service de l'aide sociale à l'enfance a mis fin à sa prise en charge, à compter du 1er avril 2024. La requérante soutient avoir tenté à plusieurs reprises de joindre le service intégré d'accueil et d'orientation en vue de trouver un hébergement, mais que ses demandes sont restées sans réponse. Elle produit à cet égard des demandes datées du 8 mai, 17 juin et 4 juillet 2024. Mme A et ses deux enfants ont été hébergés par l'association CCFD Terre solidaire du 18 mai au 30 juin 2024, puis par un ami de M. D.

6. Il est constant que le plus âgé des enfants de Mme A et de M. D est âgé, à la date de la présente ordonnance, de deux ans et demi, et que le plus jeune des enfants est âgé de dix mois. Toutefois, d'une part, Mme A, dont la demande d'asile a été définitivement rejetée, a bénéficié avec ses enfants depuis juillet 2021 de différents dispositifs d'hébergement. Il ne résulte pas de l'instruction, d'autre part, qu'existerait un risque grave et immédiat pour la santé et la sécurité de ses enfants, alors que le préfet soutient sans être contredit que si l'attestation de l'ami de M. D datée du 17 juin 2024 mentionne que les requérants doivent quitter son logement avant le 5 juillet 2024, en raison de l'insuffisante superficie de l'appartement, ce logement a une dimension de 80 m² et est occupé par une personne seule. Par suite, eu égard à la saturation du dispositif d'hébergement d'urgence dans le département de Loir-et-Cher, la situation de Mme A, de M. D et de leurs enfants ne caractérise pas une circonstance exceptionnelle au sens des dispositions précitées.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A et M. D sont admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E A, à M. C D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de Loir-et-Cher.

Fait à Orléans, le 15 juillet 2024.

Le juge des référés,

Jean-Luc B

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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