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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2402884

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2402884

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2402884
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMELLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2024, Mme I C B, représentée par Me Mellier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2024 par lequel le préfet du Loiret a décidé de la remettre aux autorités danoises ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 juin 2024 par lequel le préfet du Loiret l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de modifier l'arrêté portant assignation à résidence en substituant à l'obligation de présentation à la police aux frontières à Olivet l'obligation de présentation au commissariat de police sis rue des Arcadiens à Orléans ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

L'arrêté de transfert aux autorités danoises :

- est illégal dès lors qu'il n'est pas établi qu'il a été signé par une autorité compétente ;

- il n'est pas établi qu'elle se soit effectivement vu délivrer, dans une langue qu'elle comprend, les informations prévues à l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- l'arrêté de transfert est entaché d'erreur de droit dès lors que les autorités danoises ne respectent pas le droit pour les demandeurs d'asile de disposer d'un recours effectif ; elle est donc bien fondée à bénéficier des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

L'arrêté portant assignation à résidence :

- est illégal dès lors qu'il n'est pas établi qu'il a été signé par une autorité compétente ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juillet 2024, le préfet du Loiret conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gauthier, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant du contentieux des décisions de transfert vers l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile et d'assignation à résidence.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 juillet 2024 à 14h30 :

- le rapport de M. Gauthier, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Mellier, représentant Mme C B, en présence de celle-ci.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante somalienne née le 1er janvier 1987, déclare être entrée en France en février 2024 sans justifier d'une entrée régulière. Elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile auprès des services de la préfecture du Loiret le 7 mars 2024. Le relevé de ses empreintes digitales et la consultation du fichier Eurodac ont révélé que ses empreintes digitales avaient été enregistrées au Danemark et qu'elle avait déposé une demande d'asile dans cet Etat. Le préfet a saisi les autorités danoises, le 18 avril 2024, d'une demande de reprise en charge de Mme C B. Les autorités danoises ont accepté leur responsabilité dans l'examen de la demande d'asile de l'intéressée, par un accord explicite le 19 avril 2024. Le préfet du Loiret a pris à l'encontre de Mme C B deux arrêtés des 10 et 11 juin 2024 par lesquels il a décidé respectivement de la remettre aux autorités danoises et de l'assigner à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, Mme C B demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté de transfert aux autorités danoises :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme E G, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture du Loiret, qui bénéficiait, en vertu de l'article 3 de l'arrêté du 17 mai 2024 du préfet du Loiret, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation de signature à l'effet de signer notamment " les décisions de transfert à un Etat responsable de l'examen de la demande d'asile ", " en cas d'absence ou d'empêchement concomitant de M. Stéphane Costagliolo, secrétaire général, de M. Adrien Meo, secrétaire général adjoint, et de M. A F, directeur de cabinet ". Il n'est établi ni même allégué que MM. Costagliolo, Meo et F n'étaient pas, à la date des arrêtés en cause, absents. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, (). / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de1'entretien individuel visé à l'article 5. / () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tous cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme C B a attesté par sa signature, le 7 mars 2024, avoir reçu communication du guide du demandeur d'asile et de l'information sur les règlements communautaires constitués de la brochure A intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de ma demande ' " et de la brochure B intitulée " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ". L'information requise a ainsi été donnée à Mme C B, avec le concours d'un interprète assermenté de l'association ISM Interprétariat en langue somalie, avant la décision par laquelle le préfet a décidé de son transfert vers l'Etat membre responsable de sa demande d'asile. La requérante n'est, par suite, pas fondée à soutenir qu'elle n'a pas bénéficié d'une information complète sur ses droits en temps utile. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux, y compris à la frontière ou dans une zone de transit. La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. / 2. () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. / Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable () ". L'article 17 du même règlement dispose que : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ".

6. En l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe au Danemark des défaillances systémiques dans le traitement des demandeurs d'asile, les allégations de Mme C B ne permettent pas d'établir qu'elle y sera soumise à des traitements inhumains ou dégradants au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Dans ces conditions, Mme C B n'est pas fondée à soutenir qu'en ne dérogeant pas aux critères de détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile, le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur de droit.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

7. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme H D cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement de la préfecture du Loiret, qui bénéficiait, en vertu de l'article 3 de l'arrêté du 17 mai 2024 du préfet du Loiret, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation de signature à l'effet de signer notamment " les décisions de transfert à un Etat responsable de l'examen de la demande d'asile ", " en cas d'absence ou d'empêchement concomitant de M. Stéphane Costagliolo, secrétaire général, de M. Adrien Meo, secrétaire général adjoint, et de M. A F, directeur de cabinet ". Il n'est établi ni même allégué que MM. Costagliolo, Meo et F n'étaient pas, à la date des arrêtés en cause, absents. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable () 4° L'étranger doit être remis aux autorités d'un autre Etat en application de l'article L. 621-1 () ".

9. Mme C B fait l'objet d'une décision de transfert et est, par suite, au nombre des étrangers susceptibles de faire l'objet d'une assignation à résidence. Le préfet a pu légalement assortir sa décision d'assignation à résidence de l'obligation pour l'intéressée de se présenter à la police aux frontières à Olivet les lundis et mercredi à 16h00, compte tenu de la nécessité de mettre en œuvre aussi rapidement que possible l'éloignement de l'étranger. La requérante ne démontre pas que cette obligation présenterait un caractère excessif. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation qui entacherait l'arrêté d'assignation à résidence doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C B ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme I C B et au préfet du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Eric GAUTHIER

La greffière,

Florence PINGUETLa République mande et ordonne au préfet du Loiret, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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