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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2402885

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2402885

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2402885
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMELLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 et 17 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Mellier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 juillet 2024 par lequel la préfète du Loiret lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de trois ans ;

2°) et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

L'arrêté attaqué dans son ensemble :

- est illégal dès lors que la préfète n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

L'obligation de quitter le territoire et la décision fixant le pays de renvoi :

- sont insuffisamment motivées ;

- sont entachées d'erreur de droit dès lors que l'arrêté attaqué vise l'accord franco-portugais du 8 mars 1993 qui n'est pas applicable ;

- sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation sur la menace à l'ordre public ;

- méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il bénéficie d'un droit permanent de séjour en France en sa qualité de citoyen de l'Union européenne ;

La décision fixant le délai de départ :

- aucune urgence ne justifiait l'absence de délai de départ ;

L'interdiction de retour :

- la menace à l'ordre public n'est pas démontrée ;

- la décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2024, la préfète du Loiret, représentée par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 juillet 2024 à 10h00 :

- le rapport de M. Gauthier, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Mellier, représentant M. B, en présence de celui-ci. Me Mellier soutient notamment que la requête, envoyée le 11 juillet 2024, n'est pas tardive mais est recevable.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant portugais né le 25 décembre 1996, incarcéré au centre pénitentiaire d'Orléans-Saran, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 3 juillet 2024 par lequel la préfète du Loiret lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de trois ans.

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de renvoi :

3. En premier lieu, les décisions attaquées comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles sont ainsi suffisamment motivées.

4. En deuxième lieu, si le requérant soutient que les décisions attaquées sont entachées d'erreur de droit dès lors que l'arrêté attaqué vise l'accord franco-portugais du 8 mars 1993 qui n'est pas applicable, une simple erreur dans les visas demeure sans incidence sur la légalité des décisions attaquées.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société () ".

6. Il ressort notamment des pièces du dossier que par une ordonnance pénale du 29 septembre 2015 le tribunal correctionnel d'Orléans a reconnu l'intéressé coupable des faits de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance et l'a condamné à 250 euros d'amende, par une ordonnance pénale du 27 mai 2020 le tribunal correctionnel de Bordeaux l'a reconnu coupable des faits de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance et l'a condamné à 400 euros d'amende, par une ordonnance pénale du 7 octobre 2020 le tribunal correctionnel de Paris l'a reconnu coupable des faits de conduite d'un véhicule en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants et l'a condamné à 500 euros d'amende, par un jugement du 20 novembre 2020 le tribunal correctionnel d'Orléans l'a déclaré coupable des faits de récidive de vol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt, récidive de vol et tentative et récidive de vol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt et l'a condamné à une peine de 15 mois d'emprisonnement dont 9 mois avec sursis probatoire pendant 2 ans et maintien en détention, par une ordonnance pénale du 15 décembre 2020 le tribunal correctionnel d'Orléans l'a déclaré coupable des faits d'usage illicite de stupéfiants et l'a condamné à une peine de 500 euros d'amende et par un jugement du 30 janvier 2024 le tribunal correctionnel d'Orléans l'a reconnu coupable des faits d'extorsion commise par une personne dissimulant volontairement son visage afin de ne pas être identifiée en récidive et refus par le conducteur d'un véhicule d'obtempérer à une sommation de s'arrêter exposant directement un agent chargé de constater les infractions à un risque de mort ou d'infirmité permanente et usage illicite de stupéfiants en récidive et l'a condamné à une peine de 5 ans d'emprisonnement dont 2 ans avec sursis probatoire de 2 ans avec maintien en détention. Eu égard au caractère répété et récent des infractions commises, les décisions attaquées ne sont pas entachées d'erreur d'appréciation quant à la menace que représente l'intéressé à l'ordre public.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. B soutient que ses attaches familiales et personnelles se trouvent en France. Toutefois, le requérant se borne à produire des certificats de travail et une attestation de " Pôle Emploi " qui ne montrent que des périodes de travail pour des missions temporaires en 2015, 2016 et 2017. M. B est célibataire et sans enfant et ne justifie pas avoir des attaches privées et familiales en France. Eu égard à ce qui a été dit au point 7 et aux nombreuses condamnations de l'intéressé, le requérant ne justifie pas d'une insertion réussie en France. Par suite, les décisions attaquées n'ont pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1 ". Et aux termes de l'article L. 234-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet le 12 mars 2021 d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français, assortie d'une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans. Il n'est pas contesté que l'intéressé a été éloigné du territoire français par les services de la police aux frontières le 26 octobre 2021. Ainsi, le requérant, qui ne remplissait pas les conditions prévues à l'article L. 234-1 précité, n'est pas fondé à soutenir qu'il bénéficie d'un droit permanent de séjour en France en sa qualité de citoyen de l'Union européenne.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ :

11. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".

12. Eu égard à ce qui a été dit au point 7 et aux nombreuses condamnations de l'intéressé, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les dispositions de l'article L. 251-3 précité ont été méconnues.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :

13. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 7 le moyen tiré de l'absence de menace à l'ordre public doit être écarté.

14. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 9 le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, que la requête de M. B ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Eric GAUTHIER

La greffière,

Céline BOISGARD

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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