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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2402943

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2402943

mercredi 31 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2402943
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantECHCHAYB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 juillet 2024, la préfète du Loiret demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de Mme G D et de son fils majeur M. B D de l'hébergement d'urgence des demandeurs d'asile (HUDA) Coallia sis 1830 avenue du Dr E à Amilly 45200 ;

2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;

3°) d'autoriser la préfète à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d'hébergement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme D et de son fils, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.

Elle soutient que :

- la demande d'asile a été définitivement rejetée et les défendeurs se maintiennent irrégulièrement dans les locaux depuis le 1er septembre 2018, malgré l'envoi d'une mise en demeure ;

- la mesure demandée est urgente, utile, ne fait pas l'objet d'une contestation sérieuse et ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2024, Mme G D et M. B D , représentés par Me Echchayb concluent à titre principal au rejet de la requête et demandent au tribunal de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, à titre subsidiaire et reconventionnelle à ce qu'il soit enjoint à la préfète du Loiret de rechercher et trouver une solution d'hébergement pérenne, en application des dispositions de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles, au regard de la situation de particulière vulnérabilité de Mme D, sous astreinte de 100 euros par jours de retard à compter de la décision à intervenir, avec dans l'attente un maintien dans les lieux et, à titre très subsidiaire de dire qu'il sera sursis à l'exécution de la mesure d'expulsion pendant un délai de 6 mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et enfin, à ce que soit mise à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à leur conseil, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Ils soutiennent que :

- il n'appartient pas au Juge des référés d'autoriser le recours de la force publique pour assurer l'exécution de son ordonnance, ni d'autoriser la Préfète à donner toutes instructions utiles au gestionnaire afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques des locataires ;

- la compétence de M. A, signataire de la mise en demeure de quitter les lieux qui leur a été adressée le 3 juin 2024 n'est pas établie ;

- l'urgence justifiant la mesure demandée n'est pas établie alors que la décision de rejet de la Cour nationale du droit d'asile leur a été notifiée le 27 juillet 2018 ;

- l'obligation de quitter le territoire français dont Mme D faisait l'objet a été annulée par un jugement du 19 juillet 2024 du tribunal administratif d'Orléans ;

- la demande d'expulsion méconnaît l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'union européenne ;

- la mesure contestée porte une atteinte disproportionnée à leur situation alors que Mme D souffre de pathologies particulièrement graves, a besoin de l'accompagnement journalier de son fils lequel est régulièrement scolarisé et a présenté une demande de titre de séjour en cours d'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a, par une décision du 1er juillet 2024, désigné Mme F pour statuer en qualité de juge des référés sur les requêtes présentées sur le fondement des articles L. 521-1 à L. 521-4 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement informées du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F;

- les observations de Mme C, représentant la préfète du Loiret, qui conclut aux mêmes fins que la requête avec les mêmes moyens et rappelle que l'hébergement à l'HUDA est réservé aux demandeurs d'asile, ce que les requérants ne sont plus puisqu'ils ont été définitivement déboutés de leur demande, et que la circonstance qu'ils ont présenté des demandes de titre de séjour en cours de réexamen ne saurait justifier leur maintien dans le dispositif d'hébergement dont la préfète demande leur expulsion ;

- les observations de Me Echchayb, qui conclut au rejet de la requête pour les mêmes motifs que ceux développés dans son mémoire en défense et fait valoir que l'urgence n'est pas établie dès lors que Mme D et son fils se maintiennent dans les lieux depuis 2018 et que ce n'est qu'en juin 2024 que la préfète les a mis en demeure de quitter la structure qui les héberge ; elle soutient également que la situation médicale de Mme D s'aggrave s'agissant de son état psychique ; que le traitement médical qui lui est prescrit est très lourd et que le psychiatre qui la suit a indiqué qu'elle souffre d'un état de stress post traumatique en lien avec les évènements vécus en Albanie ; que la présence de son fils à ses côtés lui est indispensable ; que M. D a un parcours méritant ayant obtenu un baccalauréat professionnel ; qu'il suit une formation en alternance en vue de l'obtention d'un BTS tourisme-hôtellerie et est susceptible d'obtenir prochainement un titre de séjour, ce qui leur permettra à lui-même et sa mère de quitter la structure d'urgence pour un logement pérenne, sa demande étant en cours d'instruction.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience publique.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président./ ()L'aide juridictionnelle est attribuée de plein droit à titre provisoire dans le cadre des procédures présentant un caractère d'urgence dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat./L'aide juridictionnelle provisoire devient définitive si le contrôle des ressources du demandeur réalisé a posteriori par le bureau d'aide juridictionnelle établit l'insuffisance des ressources. ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à la procédure de jugement d'une requête en référé, il y a lieu d'admettre Mme D et M. B D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur l'application des dispositions de l'article L.521-3 du code de justice administrative

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Aux termes de l'article L. 551-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". L'article L. 552-15 du même code dispose que : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu.() / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. ".

4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit, dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

5. D'une part, la préfète du Loiret soutient sans être contredite que le dispositif d'hébergement des demandeurs d'asile départemental dispose de 1 328 places, que le taux d'occupation de ce dispositif est de 98,2 %, ce qui ne permet pas d'accueillir l'ensemble des personnes ayant vocation à bénéficier de ce dispositif alors que 9,3% de personnes dont la demande d'asile a été définitivement rejetée s'y maintiennent de manière indue et que 516 ménages sont en attente d'un hébergement d'urgence dans le Loiret

6. D'autre part, il résulte de l'instruction que Mme D et son fils B D, ressortissants albanais, nés respectivement en 1968 et 2001, déclarent être entrés en France le 20 août 2017. Par une décision du 20 octobre 2017, l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a admis Mme D et son fils alors mineur au sein de l'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile (HUDA) d'Amilly. La demande d'asile présentée par Mme D a été rejetée par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 30 novembre 2017, confirmée par la cour nationale du droit d'asile (CNDA) par une décision du 13 juillet 2018, notifiée le 27 juillet 2018. Il est constant que Mme D a été informée dès le 8 août 2018 du rejet définitif de sa demande d'asile et de ce qu'elle ne pouvait se maintenir dans le logement mis à sa disposition au-delà du 26 août 2018, cette même lettre lui indiquant expressément la possibilité de demander une aide au retour. Il résulte également de l'instruction que malgré la mise en demeure de la préfète du Loiret du 3 juin 2024, notifiée à Mme D et à son fils, devenu majeur, le 10 juin suivant, leur enjoignant de quitter les lieux dans un délai de quinze jours, Mme D et son fils se sont maintenus dans les lieux. S'ils font valoir qu'ils pourraient prochainement bénéficier d'un titre de séjour, cette circonstance n'est pas de nature à permettre leur maintien dans les lieux.

7. La libération des lieux demandée par la préfète présente, eu égard aux besoins d'accueil des demandeurs d'asile et au nombre de places disponibles dans les lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile dans le département du Loiret, un caractère d'urgence et d'utilité, sans qu'y fasse obstacle la situation personnelle et familiale de Mme D et de son fils. La circonstance que Mme D présente un syndrome dépressif sévère avec des éléments psychotiques et un syndrome de stress post traumatique, aux termes d'un certificat établi par son médecin psychiatre en mai 2022, ne peut suffire à caractériser l'existence d'une situation de particulière vulnérabilité faisant obstacle à l'éviction de cette famille du lieu d'hébergement indûment occupé.

8. Compte tenu de tout ce qui précède, il y a lieu d'enjoindre à Mme D et à son fils, M. B D, de quitter le lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent indûment et, en cas d'inexécution de cette mesure dans le mois suivant la notification de la présente ordonnance, d'autoriser la préfète du Loiret à procéder à leur expulsion d'office, le cas échéant avec le concours de la force publique et à donner toutes instructions nécessaires à au gestionnaire afin d'évacuer, aux frais des intéressés, les biens mobiliers éventuellement abandonnés sur place.

9. Il y a également lieu d'enjoindre à la préfète, sur le fondement des dispositions de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles, avant de procéder à l'expulsion de Mme D et de son fils, de réaliser toutes les diligences nécessaires pour une mise à l'abri des intéressés compte tenu de l'état de vulnérabilité de Mme D.

10. Les conclusions de Mme D et de M. B D tendant à ce qu'il soit versé à leur conseil une somme de 1 300 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

O R D ON N E :

Article 1er : L'aide juridictionnelle est accordée à titre provisoire à Mme D et à M. B D

Article 2 : Il est enjoint à Mme D et à son fils M. B D de quitter dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'ils occupent à l'HUDA Coallia, 1830 avenue du Dr E à Amilly dans le cadre du dispositif d'hébergement pour les demandeurs d'asile géré par cette association.

Article 3 : En l'absence de départ volontaire des intéressés, la préfète du Loiret pourra procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de Mme D et M. B D les biens meubles qui se trouveraient dans les lieux.

Article 4 : Il est enjoint à la préfète, sur le fondement des dispositions de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles, avant de procéder à l'expulsion de Mme D et de M. B D, de réaliser toutes les diligences nécessaires pour une mise à l'abri des intéressés compte tenu de l'état de vulnérabilité de Mme D.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à Mme G D et M. B D.

Copie de la présente ordonnance sera adressée à la préfète du Loiret et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Fait à Orléans le 31 juillet 2024

La juge des référés

Hélène F

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N°2402943

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