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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2403084

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2403084

mardi 30 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2403084
TypeDécision
PublicationD
Avocat requérantSCP CARIOU LEVEQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 juillet 2024, le préfet de Loir-et-Cher demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de M. A D, de Mme J H, de Mme G H, de M. I D, de Mme C H et de Mme F H de l'hébergement d'urgence qu'ils occupent à l'hôtel Eco sis " le Haut des Sablons " à Vineuil (41) ;

2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux, dans un délai de huit jours à compter de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d'hébergement d'urgence afin de débarrasser les lieux des meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. A D, de Mme J H, de Mme G H, de M. I D, de Mme C H et de Mme F H, à défaut pour eux de les avoir emportés.

Il soutient que :

- la demande d'asile présentée par M. A D a été rejetée par décision définitive de la CNDA du 18 octobre 2023, la demande de réexamen présentée par Mme J H a été rejetée en dernier lieu par une décision de de l'OFPRA du 30 janvier 2023 ;

- ils ne remplissent plus les critères d'octroi d'un hébergement d'urgence ;

- une mise en demeure de quitter les lieux leur a été notifiée le 21 mai 2024 ;

- ils occupent irrégulièrement les locaux depuis le 21 mai 2024.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 juillet 2024, M. A D et Mme J H, représentés par Me Leveque, concluent au rejet de la requête, à ce qu'il soit enjoint au préfet de Loir-et-Cher de maintenir leur prise en charge et celles de leurs quatre enfants en hébergement d'urgence et à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la demande du préfet de Loir-et-Cher est irrecevable dès lors qu'ils ont demandé au préfet d'être maintenus dans leur hébergement par courrier du 29 mai 2024, ce courrier devant s'analyser comme un recours gracieux dirigé contre la décision de fin de prise en charge du 24 avril 2024 sur lequel le préfet n'a pas encore statué ;

- l'urgence n'est pas caractérisée dès lors que le préfet ne démontre pas la saturation des places d'hébergement d'urgence dans le département de Loir-et-Cher ;

- il existe une contestation sérieuse de la mesure, dès lors qu'ils ont effectué de nombreuses démarches afin de s'insérer et d'obtenir une situation administrative régulière ;

- ils sont en état de détresse médicale, psychologique et sociale, dès lors qu'ils ont été pris en charge fin 2022 dans un hébergement d'urgence alors qu'ils dormaient dans leur voiture avec leurs enfants mineurs ;

- ils craignent pour leurs vies en Russie, M. D ayant notamment reçu un ordre de mobilisation ; ils souffrent par ailleurs de manifestations anxio phobiques en lien avec des évènements traumatiques subis dans leur pays d'origine ;

- leurs enfants mineurs sont scolarisés depuis huit ans en France et devront dormir dans leur véhicule à défaut d'hébergement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. E pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative en application des dispositions de l'article L. 511-2 du même code.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 26 juillet 2023 à 10 heures 30 :

- le rapport de M. E,

- les observations de Me Jacquard, représentant le préfet de Loir-et-Cher, de M. B, travailleur social assistant M. D et Mme H, de M. A D, et de Mme J H eux-mêmes.

L'instruction a été clôturée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de Loir-et-Cher demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion sans délai M. A D, de Mme J H, de Mme G H, de M. I D, de Mme C H et de Mme F H leur logement à l'hôtel " Eco " sis " le Haut des Sablons " à Vineuil (41), le cas échéant d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux, et de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d'hébergement d'urgence afin de débarrasser les lieux des biens mobiliers s'y trouvant, aux frais et risques des intéressés.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Lorsque le juge des référés est saisi par l'administration, sur le fondement des dispositions précitées, d'une demande d'expulsion d'un centre d'hébergement d'urgence, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et si la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

3. L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse ". Aux termes de l'article L. 345-2-2 dudit code : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique et sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. Cet hébergement d'urgence doit lui permettre () d'être orientée vers tout professionnel ou toute structure susceptibles de lui apporter l'aide justifiée par son état, notamment un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, un hébergement de stabilisation, une pension de famille, un logement-foyer, un établissement pour personnes âgées dépendantes, un lit halte soins santé ou un service hospitalier. ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ". Il appartient ainsi aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale.

4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la famille D et H est hébergée depuis le 2 décembre 2022 au sein de l'hôtel " Eco " dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence prévu par les dispositions précitées du code de l'action sociale et des familles mais qu'une décision de fin de prise en charge lui a été signifiée avec effet à compter du 21 mai 2024. Il est constant que les intéressés, qui se sont maintenus dans les lieux, n'ont pas donné suite à cette mise en demeure. Il ressort de l'attestation de l'association ASLD 41 que les 224 places pérennes en centre d'hébergement sont toutes occupées et qu'au mois de juin 2024, sur 601 appels reçus, seuls sept ménages ont pu se voir proposer un hébergement. Ainsi la libération des lieux par les intéressés présente un caractère d'urgence et d'utilité, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement d'urgence. En outre, les circonstances évoquées par les intéressés, tenant aux craintes de mauvais traitement en cas de retour dans leur pays d'origine ainsi qu'à leur situation administrative, ne sont pas de nature à caractériser une situation de particulière vulnérabilité faisant obstacle à l'éviction de la famille du lieu d'hébergement. Par suite, les mesures sollicitées par le préfet de Loir-et-Cher sont utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

5. En outre, si les consorts D et H soutiennent que la demande présentée par le préfet de Loir-et-Cher, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, est irrecevable dès lors que leur courrier du 24 mai 2024, qui doit être regardé comme un recours gracieux dirigé contre la mise en demeure du 29 mai 2024, est en cours d'examen par le préfet, la mesure sollicitée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner à M. A D, à Mme J H, à Mme G H, à M. I D, à Mme C H et à Mme F H de leur chef, de quitter le lieu d'hébergement d'urgence qu'ils occupent et, en cas d'inexécution de cette mesure dans un délai de huit jours suivant la notification de la présente ordonnance, d'autoriser le préfet de Loir-et-Cher à procéder à leur expulsion d'office, le cas échéant avec le concours de la force publique, et à donner toutes instructions nécessaires au gestionnaire du lieu d'hébergement afin d'évacuer, aux frais des intéressés, les biens mobiliers éventuellement abandonnés sur place. Il résulte de ce qui précède que les conclusions reconventionnelles présentées par M. A D et par Mme J H, à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les conclusions reconventionnelles :

7. Ainsi qu'il a été dit au point 4 de la présente ordonnance, les circonstances évoquées en défense par les intéressés ne sont pas de nature à caractériser une situation de particulière vulnérabilité. Les conclusions reconventionnelles présentées par M. A D et par Mme J H, à fin d'injonction doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de M. A D et de Mme J H présentées sur leur fondement.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est ordonné à M. A D, à Mme J H, à Mme G H, à M. I D, à Mme C H et à Mme F H de libérer sans délai l'hébergement d'urgence qu'ils occupent à l'hôtel " Eco " sis " le Haut des Sablons " à Vineuil (41).

Article 2 : En l'absence de départ volontaire à l'issue du délai de huit jours suivant la notification de la présente ordonnance, le préfet de Loir-et-Cher pourra procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques des occupants, les biens meubles qui se trouveraient dans les lieux.

Article 3 : Les conclusions reconventionnelles et les conclusions de M. A D et de Mme J H, présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D, à Mme J H et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Orléans le 30 juillet 2024.

Le juge des référés,

Virgile E

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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