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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2403421

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2403421

mercredi 9 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2403421
TypeDécision
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantCABINET STRATEM AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans, statuant en urgence, a examiné la requête de M. A B contestant le retrait de six points de son permis de conduire pour des infractions routières commises entre 2021 et 2023. Le tribunal a constaté un non-lieu à statuer pour l'infraction du 7 décembre 2023, le point ayant été restitué en cours d'instance. Pour les infractions des 16 novembre 2021 et 1er février 2022, relevées par radar automatique, le tribunal a annulé les retraits de points, faute pour le ministre de l'intérieur de prouver que l'information préalable prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route avait été délivrée. En revanche, le retrait de trois points pour l'infraction du 3 avril 2023 a été validé, le procès-verbal électronique démontrant que cette information avait été fournie.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 8 août et 26 décembre 2024, M. A B, représenté par la Selarl Stratem, demande au tribunal :

1) d'annuler les décisions de retrait d'un point, un point, trois points et un point relatives aux infractions au code de la route commises les 16 novembre 2021, 1er février 2022 et 3 avril et 7 décembre 2023 ;

2) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les six points illégalement retirés de son permis de conduire dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est recevable ;

- il n'a pas reçu l'information préalable prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route lors de la constatation des infractions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 novembre 2024, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête dirigées contre la décision de retrait d'un point relative à l'infraction du 7 décembre 2023 et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que :

- le point retiré à la suite de l'infraction du 7 décembre 2023 a été restitué au requérant ;

- les moyens du requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

Sur l'étendue du litige :

1. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral du requérant, extrait du système national du permis de conduire, que le point retiré du permis de conduire de l'intéressé à la suite de l'infraction au code de la route commise le 7 décembre 2023 lui a été restitué en cours d'instance. Par suite, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision de retrait de points relative à cette infraction sont devenues sans objet ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions en injonction tendant à la restitution du point correspondant.

Sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions de retrait de points relatives aux infractions des 16 novembre 2021, 1er février 2022 et 3 avril 2023 :

2. La délivrance de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une condamnation pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

3. En premier lieu, le ministre produit le procès-verbal électronique établi lors de la constatation de l'infraction du 3 avril 2023 qui mentionne la nature de l'infraction, que le requérant encourt un retrait de points de son permis de conduire et les autres informations exigées par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route et que l'intéressé a refusé de signer. Ainsi, le ministre apporte la preuve, qui lui incombe, que les informations exigées par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 ont bien été délivrées au requérant suite à la constatation de l'infraction du 3 avril 2023. Il suit de là que le retrait de trois points opéré à raison de cette infraction est intervenu selon une procédure régulière.

4. En second lieu, le ministre ne produit aucun document de nature à établir que le requérant aurait reçu l'information exigée par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route lors de la constatation des infractions des 16 novembre 2021 et 1er février 2022 relevées par un radar automatique. La délivrance de l'information ne saurait résulter de la seule circonstance qu'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée a été émis à raison de ces infractions et qu'un avis d'amende forfaitaire majorée a été adressé à l'intéressé dès lors que l'administration n'établit pas que le contrevenant a reçu ces documents ou qu'il aurait payé les amendes forfaitaires majorées correspondantes. Si la seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation de ces infractions, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes, il n'en va pas de même pour l'information portant sur la qualification de l'infraction qui permet au contrevenant de savoir si l'infraction va ou non entraîner un retrait de points et lui permettre, le cas échéant, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis de conduire et de contester l'infraction devant le juge pénal. Dans ces conditions, le ministre ne peut être regardé comme apportant la preuve du respect des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Il suit de là que les deux retraits d'un point opérés à raison de ces deux infractions sont intervenus selon une procédure irrégulière.

5. Il résulte de ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation des deux décisions de retrait d'un point relatives aux infractions commises les

16 novembre 2021 et 1er février 2022.

Sur les conclusions en injonction :

6. Le présent jugement implique nécessairement que le ministre de l'intérieur restitue au requérant les deux points retirés de son permis de conduire à raison des infractions commises les 16 novembre 2021 et 1er février 2022 dans la limite de douze points. Il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à cette restitution dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros que demande M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. B tendant à l'annulation de la décision de la décision de retrait d'un point relative à l'infraction commise le 7 décembre 2023 ainsi que sur les conclusions en injonction tendant à la restitution du point retiré à raison de l'infraction précitée.

Article 2 : Les deux décisions du ministre de l'intérieur de retrait d'un point du permis de conduire de M. B relatives à l'infraction commises le 16 novembre 2021 et 1er février 2022 sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer, dans la limite du nombre maximal de douze points, les deux points retirés du permis de conduire de M. B à la suite des infractions au code de la route commises les 16 novembre 2021 et 1er février 2022 dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2025.

Le magistrat désigné,Le greffier,

Jean-Michel DELANDRE Laurent BOUSSIERES

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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