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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2403455

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2403455

lundi 19 août 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2403455
TypeOrdonnance
PublicationD
Avocat requérantCABINET EGERIA-SAINT-CRICQ & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision du 20 juin 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé le permis de conduire de M. B pour solde de points nul. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, faute pour le requérant d'avoir suffisamment justifié de l'atteinte grave et immédiate à sa situation professionnelle et familiale, et au regard des exigences de la sécurité routière. Aucun des moyens soulevés, notamment ceux tirés de l'illégalité externe (défaut de signature) ou interne (défaut d'information préalable), n'a été examiné au fond, la requête étant rejetée pour défaut d'urgence.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 août 2024, M. A B, représenté par Me Motto, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 20 juin 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer lui a notifié l'ensemble des retraits de points de son permis de conduire, a invalidé son titre de conduite et lui a enjoint de le restituer ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer les points illégalement retirés de son permis de conduire ainsi que son titre de conduite, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter du délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite dès lors que depuis le 1er septembre 2022, il est employé par la société Innothera Chouzy, située à Chouzy-sur-Cisse, en qualité de conducteur d'équipement de fabrication dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée, et qu'il n'existe pas de transport en commun lui permettant de se rendre sur son lieu de travail depuis son domicile, situé à plus de vingt kilomètres; son emploi, qui ne peut être délocalisé ou exécuté en télétravail, nécessite sa présence quotidienne dans l'entreprise ; dans ces conditions, la décision attaquée le place en situation de ne plus être en mesure d'honorer son contrat de travail, ce qui ne pourra qu'entraîner la perte de son emploi ; en outre, il est père de deux enfants dont l'aînée a été diagnostiquée en février 2024 comme souffrant d'un diabète de type 1 et il doit donc pouvoir, en cas de besoin, la véhiculer d'urgence au centre hospitalier d'Amboise-Château-Renault, distant de quinze kilomètres de son domicile ; alors qu'il conteste avoir commis l'infraction ayant justifié le retrait de son permis de conduire, la suspension de la décision attaquée n'apparaît pas inconciliable avec les exigences de la sécurité routière ;

- est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité externe de la décision attaquée le moyen tiré de l'utilisation d'un fac-similé de la signature de l'autorité compétente, de nature à révéler un défaut d'examen particulier ;

- est également propre à créer un doute sérieux quant à la légalité interne de la décision du 20 juin 2024, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision de retrait de points prononcée à son encontre à la suite d'une infraction prétendument commise le 4 février 2022 à Montrichard-Val-de Cher et dont la réalité serait établie par l'exécution, le 10 janvier 2023, d'une composition pénale, ce qu'il conteste ;

- il en va de même du moyen tiré du défaut de l'information préalable prévue par les articles L. 223-3 alinéa 2 et R. 223-3 alinéa 1 du code de la route qu'il n'a jamais reçue.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 13 août 2024 sous le n° 2403454 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Rouault-Chalier, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience, lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée. Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation des requérants ou aux intérêts qu'ils entendent défendre, qu'il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications apportées par les requérants, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. La condition d'urgence s'apprécie objectivement et globalement au regard de l'intérêt du demandeur mais aussi de l'intérêt public et notamment, s'agissant d'une décision de retrait de points d'un permis de conduire, des exigences liées à la protection de la sécurité routière.

3. Pour justifier de l'urgence à suspendre la décision du 20 juin 2024 portant invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul, M. B fait tout d'abord valoir qu'il a besoin de son permis de conduire pour l'exercice de ses fonctions qui ne peuvent être délocalisées ni exécutées en télétravail et nécessitent sa présence quotidienne dans l'entreprise. Toutefois, ni ses écritures, très peu circonstanciées, ni l'attestation qu'il produit, établie le 29 juillet 2024 par le chargé ressources humaines de la société qui l'emploie, selon laquelle il exerce des fonctions de conducteur d'équipement de fabrication au sein du service production de la société Innothera Chouzy, ne permettent de porter une appréciation sur la nature précise des tâches qui lui sont confiées et sur la nécessité pour l'intéressé de détenir un permis de conduire pour l'exercice de sa profession. Par ailleurs, en se bornant à indiquer qu'il n'existe pas de transport en commun lui permettant de se rendre sur son lieu de travail depuis son domicile, situé à plus de vingt kilomètres, M. B n'établit pas davantage qu'aucune solution d'organisation alternative à la conduite d'un véhicule individuel ne pourrait être mise en place. De même, s'il indique devoir être en mesure, en cas de besoin, de conduire en urgence sa fille aînée, âgée de dix ans et atteinte de diabète de type 1, au centre hospitalier d'Amboise-Château-Renault, distant de quinze kilomètres de son domicile, il ne démontre pas que cette prise en charge ne pourrait pas être assurée par la mère de l'enfant ni surtout par les services de secours. Enfin, et alors que la condition d'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement, notamment au regard des exigences de protection et de sécurité routière, il ressort des mentions de la décision litigieuse que M. B a vu son permis de conduire invalidé à la suite de deux infractions au code de la route, respectivement commises en février et octobre 2022 et ayant l'une comme l'autre entraîné la perte de six points. Or, si le requérant conteste avoir commis, le 4 février 2022, l'infraction ayant conduit à la décision en litige du 20 juin 2024, il est constant qu'il a accepté, en revanche, la composition pénale, validée le 13 mars 2023 par le tribunal judiciaire de Blois, en raison de la conduite le 10 octobre 2022 de son véhicule sur route départementale sous l'empire d'un état alcoolique caractérisé par la présence dans l'air expiré d'un taux d'alcool égal ou supérieur à 0,40 mg par litre, en l'espèce 0,50 mg. Dans ces conditions et au regard de l'ensemble des intérêts en présence, la condition d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie au vu des éléments produits à l'appui de la requête.

4. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sans instruction ni audience publique et sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Orléans, le 19 août 2024.

La juge des référés,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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