jeudi 22 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2403472 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | CABINET LACOUR AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 août 2024, M. C B, représenté par la SELARL Lacour Avocats, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 27 juin 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a constaté la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul et lui a enjoint de restituer ce titre ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer son permis de conduire de façon transitoire ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie en l'espèce : il exerce depuis peu la profession de chauffeur-livreur polyvalent dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée ; la détention de son permis de conduire est une condition nécessaire à l'exercice de son métier, l'exercice de ses fonctions impliquant l'utilisation d'un véhicule de service ; à défaut, il encourrait un licenciement qui entraînerait de graves conséquences financières ;
- il est fait état de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige : il résulte du relevé d'information intégral relatif à son permis de conduire que ce titre est valide, compte tenu notamment de la restitution de points intervenue le 12 juin 2023 à la suite de l'accomplissement d'un stage de sensibilisation routière ; l'administration ne prouve pas, pour chacune des infractions visées par la décision en litige, qu'il s'est acquitté du paiement d'une amende forfaitaire ou majorée ; les mentions figurant sur la décision attaquée ne satisfont pas aux exigences de motivation résultant de la loi du 11 juillet 1979.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond n° 2403471, enregistrée le 14 août 2024 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision du 27 juin 2024 du ministre de l'intérieur et des outre-mer ;
Vu :
- le code de la route ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, en qualité de juge des référés présentés sur le fondement des dispositions des articles L. 521-1 à L. 521-4 de ce code.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin, l'article L. 522-3 du même code dispose que : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce, en tenant compte notamment de l'intérêt public qui s'attache, le cas échéant, à l'exécution de la décision en litige.
3. M. B soutient que la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la décision d'invalidation de son permis de conduire préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation en raison des conséquences de celle-ci sur sa situation professionnelle en ce qu'elle l'expose au risque d'être licencié, la détention d'un permis de conduire étant indispensable à l'exercice de sa profession de chauffeur-livreur qui implique l'accomplissement de déplacements à titre permanent.
4. Toutefois, même à tenir comme suffisamment établies les conséquences de la décision contestée sur sa situation professionnelle et personnelle, y compris financière, il résulte de l'instruction et notamment du relevé d'information intégral que l'invalidation du permis de conduire de M. B pour solde de points nul résulte, à la suite d'une multiplicité de faits d'excès de vitesse depuis 2020, de la commission, le 14 mai 2023, du délit de conduite malgré usage de stupéfiants, faits pour lesquels il a été reconnu coupable et condamné par un jugement définitif du tribunal judiciaire de Chartres en date du 28 mai 2024. Ainsi, eu égard à la gravité de cette dernière infraction et au caractère répété des manquements de M. B aux règles de la sécurité routière, l'invalidation de son permis de conduire doit être regardée comme répondant à l'exigence de protection de la sécurité routière. Il s'ensuit que la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme satisfaite.
5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de M. B par application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B.
Fait à Orléans, le 22 août 2024.
Le juge des référés
Emmanuel A
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.