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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2403508

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2403508

mercredi 11 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2403508
TypeDécision
Avocat requérantHAMRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 août 2024 et le 10 septembre 2024 à 11h 55, la société anonyme Bouygues Télécom et la société anonyme Cellnex France Infrastructures, représentées par Me Hamri, demandent au juge des référés :

1°) en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 25 mars 2024 par lequel le maire de Guainville s'est opposé à la déclaration préalable de construction d'un pylône treillis avec clôture et armoires techniques ;

2°) d'enjoindre au maire de Guainville, à titre principal, de délivrer un certificat de non-opposition à la déclaration préalable dans le délai de deux semaines à compter de l'ordonnance à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réinstruire la déclaration préalable et d'y statuer dans le délai d'un mois à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Guainville une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- l'urgence résulte de ce que le projet permettra de combler un substantiel manque dans la couverture de la zone afin de permettre l'acheminement des appels d'urgence et de satisfaire aux obligations de continuité du service public des télécommunications auquel participe la société Bouygues Télécom ;

- la condition d'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée résulte, en premier lieu, de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté du 25 mars 2024, en deuxième lieu, de ce que cet arrêté retire une décision implicite de non-opposition au projet née le 2 mars 2024 en méconnaissance de la procédure contradictoire, en troisième lieu, de l'erreur d'appréciation commise au regard de l'article 1er du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone A, en quatrième lieu, de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation affectant le motif tiré du caractère inondable de la zone, en cinquième lieu, de ce que les avis de la chambre d'agriculture et de la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers ne lient pas l'autorité compétente et qu'il n'appartient ni à celles-ci ni à l'administration d'apprécier l'opportunité de l'implantation du projet, en sixième lieu, de ce que les motifs avancés dans la décision de rejet du recours gracieux tirés de l'atteinte à la faune et à la flore et de la possibilité de mutualiser les équipements déjà existants ne peuvent fonder le refus contesté ;

- aucun danger justifiant un refus fondé sur l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme n'est caractérisé ;

- quelle que soit la hauteur du pylône, dès lors que l'emprise et la surface de plancher créés sont inférieurs à 20 m², aucun permis de construire n'était requis.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 6 septembre 2024 et le 11 septembre 2024 à 9h 21, la commune de Guainville, représentée par Me Houssais, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des sociétés requérantes une somme de 5 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie compte tenu que la mission de la société Bouygues Télécom n'implique pas nécessairement la construction d'une antenne-relais supplémentaire ;

- les moyens soulevés par les sociétés requérantes ne sont pas fondés ;

- le refus pouvait être fondé sur la méconnaissance des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme applicables à la zone agricole, notamment celles relatives à l'interdiction d'emploi à nu de béton et la limitation de la hauteur des constructions ;

- il pouvait en outre être fondé sur l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, compte tenu du caractère inondable de l'emplacement du projet ;

- il pouvait également être fondé sur la circonstance que le projet ne pouvait être autorisé que par un permis de construire ;

- il pouvait encore être fondé sur la méconnaissance des articles R. 111-26 et R. 111-27 du code de l'urbanisme, compte tenu de l'atteinte à la faune et à la flore et de l'érection de l'antenne projetée dans un secteur protégé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2403217, enregistrée le 24 juillet 2024, par laquelle la société anonyme Bouygues Télécom et la société anonyme Cellnex France Infrastructures demandent l'annulation de l'arrêté du 25 mars 2024.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code des postes et télécommunications électroniques ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Anglars, représentant la société anonyme Bouygues Télécom et la société anonyme Cellnex France Infrastructures, et de Me Pasquier, représentant la commune de Guainville.

Les parties ont été informées que la clôture de l'instruction interviendrait le 11 septembre 2024 à 10 heures.

Considérant ce qui suit :

Les conclusions à fin de suspension de l'exécution de la décision en litige :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. Par un arrêté du 25 mars 2024, le maire de Guainville s'est opposé à la déclaration préalable déposée pour la construction d'un pylône treillis de 36 mètres avec clôture et armoires techniques souscrite par la société Cellnex France Infrastructures en vue de l'installation de trois antennes de téléphonie mobile pour le compte de la société Bouygues Télécom. Pour s'opposer à cette déclaration, le maire s'est fondé sur les circonstances que le projet est situé en zone agricole du plan local d'urbanisme (PLU) et en zone inondable du plan de protection du risque inondation (PPRI) et que la Chambre d'agriculture et la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers (CDPENAF) ont émis des avis défavorables au projet au motif que la parcelle concernée est toujours en culture et que d'autres antennes existent déjà dans un périmètre proche. Dans sa décision du 27 juin 2024 portant rejet du recours gracieux, il s'est également fondé sur la " pollution visuelle " et les atteintes à la faune et à la flore résultant de la construction du pylône projeté et sur la possibilité d'une mutualisation des équipements déjà existants sur le territoire communal ou à proximité.

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile, aux intérêts propres des sociétés pétitionnaires, et notamment de la société Bouygues Télécom qui a pris des engagements vis-à-vis de l'Etat quant à la couverture du territoire par son réseau et à la circonstance que le territoire de la commune de Guainville n'est que partiellement couvert par le réseau 4G de cette société, ainsi qu'en attestent les cartes produites par les requérantes, qui sont suffisamment probantes sur ce point, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne la condition d'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision :

5. En premier lieu, les sociétés requérantes soulèvent notamment les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué, de l'erreur d'appréciation commise au regard de l'article 1er du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone A en ce qu'il n'autorise la construction d'équipements d'intérêt collectif que s'ils ne sont pas incompatibles avec l'exercice d'une activité agricole et ne portent pas atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages, de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation affectant le motif tiré du caractère inondable de la zone, de ce que les avis de la chambre d'agriculture et de la CDPENAF ne lient pas l'autorité compétente et qu'il n'appartient ni à celles-ci ni à l'administration d'apprécier l'opportunité de l'implantation du projet, de ce que les motifs avancés dans la décision de rejet du recours gracieux tirés de l'atteinte à la faune et à la flore et de la possibilité de mutualiser les équipements déjà existants ne peuvent fonder le refus contesté. Ces moyens paraissent propres, dans l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.

6. En deuxième lieu, la commune de Guainville, qui soutient que le refus pouvait être fondé sur la méconnaissance des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme applicables à la zone agricole relatives à l'interdiction d'emploi à nu de béton et la limitation de la hauteur des constructions, doit être regardée comme demandant une substitution de motif. Toutefois, d'une part, le point 2.2. Hauteur des constructions de l'article 2 - zone A du règlement du PLU de Guainville ne régit que la hauteur des constructions à vocation agricole ou d'habitat, de sorte qu'il n'est pas applicable au projet litigieux. D'autre part, la circonstance que le pylône projeté sera ancré sur un massif en béton ne méconnaît pas l'interdiction de l'emploi à nu de matériaux destinés à être couverts résultant de l'article 3 - zone A du règlement du PLU dès lors que la note de présentation jointe au dossier de déclaration préalable précise que ces fondations en béton seront enterrées. Il ne peut donc pas être fait droit à cette demande de substitution de motif.

7. En troisième lieu, la commune de Guainville, qui soutient également que le refus pouvait être fondé sur l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, compte tenu du caractère inondable de l'emplacement du projet, doit être regardée comme demandant une autre substitution de motif. Toutefois, compte tenu de l'emprise insignifiante du projet et de la surélévation de la zone technique " sur une chaise métallique pour ne pas faire obstacle à l'écoulement des eaux " prévue au projet, le risque allégué n'est pas établi en l'état des pièces du dossier. Il ne peut donc pas être fait droit à cette demande de substitution de motif.

8. En quatrième lieu, la commune de Guainville, qui soutient enfin que le refus pouvait aussi être fondé sur la circonstance que le projet ne pouvait être autorisé que par un permis de construire, doit être regardée comme demandant une dernière substitution de motif. Toutefois, compte tenu que l'emprise au sol du projet est de 5,20 m² et que la hauteur du pylône prévu s'établit à 36 mètres, le projet était soumis à déclaration préalable en application du j de l'article R. 421-9 du code de l'urbanisme. Il ne peut donc pas davantage être fait droit à cette demande de substitution de motif.

9. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, en l'état du dossier soumis au juge des référés, les autres moyens soulevés ne sont pas susceptibles de fonder la suspension de l'exécution de l'arrêté contesté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les sociétés requérantes sont fondées à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté contesté.

Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

11. La présente ordonnance implique seulement nécessairement que le maire de Guainville procède au réexamen de la déclaration préalable déposée le 2 février 2024 par la société anonyme Cellnex France Infrastructures et prenne, à titre provisoire, une nouvelle décision. Il y a donc lieu en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au maire de procéder à cette mesure d'exécution, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

12. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Les frais de l'instance :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Guainville le versement aux sociétés requérantes d'une somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.

ORDONNE:

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 25 mars 2024 est suspendue jusqu'au jugement de l'affaire au fond.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Guainville de procéder au réexamen de la déclaration préalable déposée le 2 février 2024 par la société anonyme Cellnex France Infrastructures et de prendre, à titre provisoire, une nouvelle décision dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : La commune de Guainville versera aux sociétés requérantes une somme globale de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de la société anonyme Bouygues Télécom et la société anonyme Cellnex France Infrastructures est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Bouygues Télécom, à la société Cellnex France Infrastructures et à la commune de Guainville.

Fait à Orléans, le 11 septembre 2024.

Le juge des référés,

Denis A

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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