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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2403685

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2403685

vendredi 13 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2403685
TypeDécision
Avocat requérantSCP CARIOU LEVEQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I°) Par une requête n° 2403685 enregistrée le 3 septembre 2024, M. A B, représentée par Me Cariou, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet du Cher de le convoquer dans les quinze jours de la décision à intervenir, et sous astreinte de cent euros par jour de retard, afin de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail ;

2°) de condamner le préfet du Cher à verser à son couple dans le cadre des instances n° 2403685 et n° 2403686 la somme de 3 000 euros à titre de dommages et intérêts en réparation de leur préjudice moral ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application des dispositions des articles 37 et 75 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

- il a déposé, il y a quatorze mois, une demande d'admission exceptionnelle au séjour auprès des services du préfet du Cher par voie postale sans qu'aucune possibilité de prendre un rendez-vous en ligne pour ce type demande ne soit possible, qu'il n'y a aucun moyen d'avoir accès au guichet des étrangers de la préfecture sans rendez-vous préalablement accordé, qu'il est bien indiqué sur le site de la préfecture que les personnes doivent attendre une convocation ;

- le 8 avril 2024, son conseil était destinataire d'un courriel " type " indiquant : " Nous instruisons actuellement les demandes déposées en Avril 2022. Votre dossier n'a donc pas encore été traité. Soyez assuré que nous mettons tout en œuvre pour traiter les demandes dans les meilleurs délais " ;

- il y a urgence et utilité de la mesure sollicitée dès lors que, ne disposant pas de titre de séjour, ni même de récépissé de demande de titre de séjour, il est maintenu dans la précarité et la clandestinité du fait de la préfecture ce qui est totalement anormal alors qu'il résulte des dispositions des articles R. 431-10 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'étranger qui présente une première demande de titre de séjour - ce qui est son cas - doit se voir remettre un récépissé dès que son dossier est complet et que le positionnement de la préfecture cause préjudice à ses enfants puisque le silence de l'administration apparaissant contraire aux stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant dès lors qu'il est également de l'intérêt de ces jeunes enfants que leurs parents puissent être régularisés afin qu'ils puissent contribuer à leur entretien et leur éducation dans de bonnes conditions.

- la mesure sollicitée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

II°) Par une requête n° 2403686 enregistrée le 3 septembre 2024, Mme C B, représentée par Me Cariou, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet du Cher de la convoquer dans les quinze jours de la décision à intervenir, et sous astreinte de cent euros par jour de retard, afin de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail ;

2°) de condamner le préfet du Cher à verser à son couple dans le cadre des instances n° 2403685 et n° 2403686 la somme de 3 000 euros à titre de dommages et intérêts en réparation de leur préjudice moral ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application des dispositions des articles 37 et 75 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.

Mme B soutient que :

- elle a déposé il y a quatorze mois une demande d'admission exceptionnelle au séjour auprès des services du préfet du Cher par voie postale sans qu'aucune possibilité de prendre un rendez-vous en ligne pour ce type demande ne soit possible, qu'il n'y a aucun moyen d'avoir accès au guichet des étrangers de la préfecture sans rendez-vous préalablement accordé, qu'il est bien indiqué sur le site de la préfecture que les personnes doivent attendre une convocation ;

- le 8 avril 2024, son conseil était destinataire d'un courriel " type " indiquant : " Nous instruisons actuellement les demandes déposées en Avril 2022. Votre dossier n'a donc pas encore été traité. Soyez assuré que nous mettons tout en œuvre pour traiter les demandes dans les meilleurs délais " ;

- il y a urgence et utilité de la mesure sollicitée dès lors que, ne disposant pas de titre de séjour, ni même de récépissé de demande de titre de séjour, elle est maintenue dans la précarité et la clandestinité du fait de la préfecture ce qui est totalement anormal alors qu'il résulte des dispositions des articles R. 431-10 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'étranger qui présente une première demande de titre de séjour - ce qui est son cas - doit se voir remettre un récépissé dès que son dossier est complet et que le positionnement de la préfecture cause préjudice à ses enfants puisque le silence de l'administration apparaissant contraire aux stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant dès lors qu'il est également de l'intérêt de ces jeunes enfants que leurs parents puissent être régularisés afin qu'ils puissent contribuer à leur entretien et leur éducation dans de bonnes conditions.

- la mesure sollicitée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la jonction :

1. Les requêtes susvisées n° 2403685 et n° 2403686 concernent deux référés présentés sur le même fondement pour des mesures identiques concernant un couple de ressortissants étrangers et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par une seule ordonnance.

Sur le référé :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

3. Il ressort des écritures et des pièces jointes à la requête que M. et Mme B ont pu effectivement présenter leur demande d'admission exceptionnelle par courriers recommandés dont la préfecture du Cher a accusé réception le 17 juillet 2023. M. et Mme B reconnaissent avoir reçu le jour même le courriel du 8 avril 2024 leur indiquant que leur dossier respectif était en cours d'examen indiquant d'ailleurs dans leur requête respective que " Force est de constater que 5 mois plus tard, nous en sommes toujours au même point ". En vertu des dispositions combinées des articles R. 431-12, R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et à défaut de décision explicite prise dans ce délai, cette demande doit être regardée comme ayant été implicitement rejetée par le préfet du Cher à l'issue d'un délai de quatre mois, qui était expiré à la date d'enregistrement de la requête. Cette décision implicite de rejet a mis fin à l'instruction de la demande de titre de séjour des intéressés. Par suite, la demande de délivrance d'un récépissé, qui n'est à remettre que durant le temps de l'instruction d'une demande de titre de séjour, est dépourvue d'utilité et de nature à faire obstacle à l'exécution des décisions implicites de rejet intervenues. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. et Mme B doivent en conséquence être rejetées.

4. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions que M. et Mme B présentées sur leur fondement à l'encontre de l'État qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

5. Enfin, il n'appartient pas au juge des référés de condamner une personne publique à des dommages et intérêts. Par suite, la demande de M. et Mme B tendant à la condamnation

de l'État à leur verser une somme de 3 000 euros au titre d'un préjudice moral ne peut être, en tout état de cause, que rejeté.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête n° 2403685 de M. A B est rejetée.

Article 2 : La requête n° 2403686 de Mme C B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et Mme C B.

Copie en sera adressée au préfet du Cher.

Fait à Orléans, le 13 septembre 2024.

Le juge des référés,

Gaëtan GIRARD-RATRENAHARIMANGA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2403685

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