jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2403992 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SELARLU PAMLAW - AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 septembre 2024, la SAS Free Mobile, représentée par Me Martin, demande au juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de la prescription de l'arrêté du 15 mai 2024 du maire de la commune de Tours portant décision de non-opposition à la déclaration préalable pour le remplacement d'antennes de téléphonie mobile sur un édicule situé sur le toit de l'immeuble sis 47, Avenue de la Tranchée à Tours ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Tours la somme de 5.000 € en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la situation d'urgence est établie au regard de l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire par les réseaux et aux intérêts de la société pétitionnaire s'agissant des obligations de couverture qui lui sont imposées et qui ne sont pas encore atteints ;
- il existe un doute sérieux sur la prescription qui a été édictée par une autorité dont la compétence n'est pas établie en dépit des recherches effectuées pour trouver la délégation de signature ou de compétence régulièrement prise et publiée ;
- elle est entachée d'une motivation insuffisante au regard des exigences de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme dès lors qu'elle ne cite pas les textes fondant ladite prescription, ni les raisons de celle-ci ;
- la prescription ne présente aucun utilité et ne peut servir à régulariser la conformité du projet au regard des dispositions de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme, lequel s'insère dans son environnement et a donné lieu à un avis favorable de l'ABF ;
- elle est entachée d'un détournement de procédure dès lors que les dispositions des articles R. 423-38 et L. 480-1 et L. 480-4 du code de l'urbanisme permettent de s'assurer de la conformité du projet.
Par un mémoire enregistré le 1er octobre 2024, la commune de Tours, représentée par Me Veauvy conclut au rejet de la requête et de mettre à la charge de la SAS Free Mobile une somme de 3.000 € au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable au motif que la prescription dont la suspension est demandée forme un tout indivisible avec l'arrêté de non-opposition ;
- la situation d'urgence n'est pas établie dès lors que l'opérateur ne justifie pas que la zone concernée ne serait pas suffisamment couverte par son réseau de téléphonie mobile ;
- elle ne l'est pas davantage en raison du délai de près de 4 mois et demi qui s'est écoulé entre la décision et la saisine du juge ;
- il n'y a pas de doute sérieux s'agissant de l'auteur de l'acte pour lequel est produit la délégation de signature du 6 juillet 2022 au profit de Mme A ;
- la décision vise les textes applicables ainsi que l'avis de l'ABF qui permet de renvoi de connaître la situation particulière du bâtiment aux abords des deux monuments historiques que sont le pont Wilson sur la Loire et les pavillons d'octroi situés autour de la place Choiseul en bordure de la Loire ;
- il est possible d'imposer des prescriptions sur un point précis et limité comme c'est le cas en l'espèce afin de garantir l'aspect extérieur et sans entraîner de modifications substantielles quant à la forme et à la hauteur du projet ;
- la prescription permet de veiller à la conformité du projet au regard de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.
Vu :
- la requête en annulation enregistrée le 15 juillet 2024 sous le n° 2403137 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu
- le code du patrimoine ;
- le code des postes et communications électroniques ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Deliancourt, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 1er octobre 2024 à
14 heures 30.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Martin, greffière d'audience :
- le rapport de M. Deliancourt, juge des référés ;
- les observations de Me Candelier, substituant Me Martin, représentant la SAS Free Mobile ;
- les observations de Me Veauvy, représentant la commune de Tours.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS Free Mobile a déposé une déclaration préalable le 26 mars 2024 auprès des services de la commune de Tours (37000) en vue du remplacement d'antennes de téléphonie mobile 3G, 4G et 5G sur le bâtiment édifié sur la parcelle cadastrée section BZ n° 160 située au 47, avenue de la Tranchée à Tours. Le projet consiste à remplacer l'édicule sur cet immeuble afin de camoufler les antennes de téléphonie mobile 3G, 4G et 5G ainsi que les modules techniques de petite taille. Après avis favorable de l'architecte des bâtiments de France du 23 avril 2024, le maire n'a pas fait opposition par décision du 15 mai 2024, sous réserve du respect de la prescription suivante mentionnée au 1er alinéa de l'article 1er dudit arrêté : " Les matériaux utilisés pour reproduire la structure existante vouée à être démolie seront présentés pour avis à l'Architecte des Bâtiments de France et au service Urbanisme de la ville de Tours avant travaux. () ". La SAS Free Mobile sollicite du juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre l'exécution de cette prescription.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense par la commune de Tours :
2. La commune de Tours soutient que la demande tendant à la suspension de la seule prescription citée au point 1 ne serait pas recevable au motif qu'elle est indivisible de la décision de non-opposition du maire. Toutefois, le titulaire d'une autorisation d'urbanisme est recevable à demander l'annulation d'une ou de plusieurs prescriptions dont celle-ci est assortie. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
Sur la demande de suspension :
3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.
5. Pour apprécier la satisfaction de la condition d'urgence requise par l'article L. 521-1 du code de justice administrative pour suspendre l'exécution d'une décision d'opposition à une déclaration préalable de travaux d'implantation d'une antenne de téléphonie mobile opposée à un constructeur, il y a lieu de prendre en compte l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile 3G, 4G ou 5G et la finalité de l'infrastructure projetée, qui a vocation à être exploitée par au moins un opérateur ayant souscrit des engagements avec l'Etat et dont le réseau ne couvre que partiellement le territoire de la commune concernée.
6. La SAS Free Mobile a obtenu le 8 décembre 2015 l'autorisation de déploiement des réseaux de 4G (700 Mhz) et le 12 novembre 2020 l'autorisation pour les réseaux de 5G (3,4 - 3,8 Mgh). Le cahier des charges lui impose l'accès au réseau 5 G à partir de 3.000 sites à compter du 31 décembre 2022, 8.000 sites à compter du 31 décembre 2024 et 10.500 sites à compter du 31 décembre 2025. Il ressort des trois cartes produites par la SAS Free Mobile, dont la véracité n'est pas sérieusement remise en cause, que le territoire de la commune de Tours dans la zone concernée par le projet d'implantation dont s'agit n'est couvert ni par la 3G, ni par la 4G, ni par la 5G. Eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile et à la finalité de l'infrastructure projetée, et même si la prescription a été édictée depuis plusieurs mois, la condition d'urgence doit, dans ces conditions, et indépendamment des objectifs de couverture au niveau national, être regardée comme remplie.
En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité des décisions attaquées :
7. D'une part, selon l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la déclaration comprend : () c) Une représentation de l'aspect extérieur de la construction faisant apparaître les modifications projetées et si le projet a pour effet de modifier celui-ci ()./ Ces pièces sont fournies sous l'entière responsabilité des demandeurs./ Lorsque la déclaration porte sur un projet de création ou de modification d'une construction et que ce projet est visible depuis l'espace public ou que ce projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, le dossier comprend également les documents mentionnés aux c et d de l'article R. 431-10./ Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente. ".
8. D'autre part, aux termes de l'article R. 423-38 du même code : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes. ". L'article R. 423-23 du même code fixe à un mois le délai d'instruction de droit commun pour les déclarations préalables. L'article R. 423-38 dispose que : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du [livre IV de la partie réglementaire du code relatif au régime applicable aux constructions, aménagements et démolitions], l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception () indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes ".
9. L'administration ne peut assortir une autorisation d'urbanisme de prescriptions qu'à la condition que celles-ci, entraînant des modifications sur des points précis et limités et ne nécessitant pas la présentation d'un nouveau projet, aient pour effet d'assurer la conformité des travaux projetés aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.
10. La demande de déclaration préalable déposée le 26 mars 2024 tendant à la reconstruction à l'identique de l'édicule destiné à abriter antennes et matériels a fait l'objet d'une instruction par les services de la commune de Tours et donné lieu à consultation des services de l'architecte des bâtiments de France (ABF) qui a donné un avis favorable le 23 avril 2024. En déclarant ne pas s'opposer à ce projet, tout en exigeant la présentation préalable pour avis à l'ABF et au service Urbanisme de la commune des matériaux devant être utilisés, alors que la demande a été instruite dans le cadre des dispositions citées aux points 7 et 8 et qu'existent des possibilités de contrôles et de récolement, la prescription édictée, quand bien même l'immeuble est situé aux abords de deux monuments historiques, le pont Wilson et les pavillons d'octroi place Choiseul, excède les conditions citées au point 9 et est, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur sa légalité.
11. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens de la requête ne sont pas, en l'état de l'instruction, propres à créer un doute sérieux sur la légalité de ce même arrêté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conditions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, il y a lieu de suspendre l'exécution des effets de la prescription mentionnée au 1er alinéa de l'article 1er de l'arrêté du maire de la commune de Tours en date du 15 mai 2024 jusqu'à ce qu'il soit statué sur la demande d'annulation.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SAS Free Mobile, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Tours demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de ladite commune une somme de 1.500 € en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la prescription mentionnée au premier alinéa de l'article 1er de la décision de non-opposition à travaux en date du 15 mai 2024 prise par le maire de la commune de Tours est suspendue.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Tours au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La commune de Tours versera à la SAS Free Mobile une somme de 1.500 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la SAS Free Mobile et à la commune de Tours.
Fait à Orléans, le 3 octobre 2024.
Le juge des référés,
Samuel DELIANCOURT
La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.