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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2404294

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2404294

mercredi 6 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2404294
TypeDécision
PublicationD
Avocat requérantDEZALLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Dézallé, avocate, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté pris à son encontre le 23 septembre 2024 par le préfet d'Eure-et-Loir, en tant que cet arrêté lui refuse la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Eure-et-Loir de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la décision à intervenir, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond ;

3°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à lui verser au cas où l'aide juridictionnelle totale ne lui serait pas accordée.

M. B soutient que :

- la condition d'urgence est remplie en l'espèce dès lors que le refus de titre de séjour met en péril sa situation professionnelle, le prive de toute ressource et entraînera la perte de son logement ;

- il est fait état de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse : cette décision est entachée d'incompétence ; elle ne satisfait pas à l'exigence de motivation résultant des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ; elle n'a pas été précédée de la saisine de la commission du titre de séjour ; le préfet d'Eure-et-Loir a méconnu les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne tenant pas compte du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation ; le préfet a commis une erreur de droit en se fondant sur l'existence de liens avec sa famille restée dans son pays d'origine, alors qu'il devait tenir compte de la nature de ces liens ; au demeurant, le préfet s'est mépris dès lors que son frère réside en Guyane et que son père vit en France ; le préfet a également commis une erreur de droit en se fondant sur la durée de son séjour en France et sur le fait qu'il est célibataire sans enfant, conditions qui ne sont pas exigées par l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en se fondant sur une inscription au fichier de traitement d'antécédents judiciaires (TAJ), le préfet a méconnu le principe de présomption d'innocence ; en tout état de cause, une mention au TAJ ne suffit pas à établir le défaut d'insertion ; l'avis de la structure d'accueil est favorable ; le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et commis une erreur manifeste d'appréciation.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond n° 2404293, enregistrée le 10 octobre 2024, par laquelle M. B demande l'annulation de l'arrêté du 23 septembre 2024 susvisé.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, en qualité de juge des référés présentés sur le fondement des dispositions des articles L. 521-1 à L. 521-4 de ce code.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 4 novembre 2024 à 10 heures 30, le juge des référés a présenté son rapport et entendu les observations de Me Dézallé, avocate de M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 11 heures 06.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant mauritanien né le 25 mars 2006, est entré en France le 10 janvier 2020 sous couvert d'un visa de court séjour valable jusqu'au 2 février 2020. S'étant maintenu irrégulièrement sur le territoire français après cette date, il a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance par une ordonnance de placement provisoire du 4 février 2020. Le 7 décembre 2023, il a sollicité auprès des services de la préfecture d'Eure-et-Loir la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 23 septembre 2024, le préfet d'Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. M. B demande au juge des référés de suspendre l'exécution de la décision de refus de titre de séjour contenue dans cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 susvisé : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. M. B a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué. Il y a lieu, en application des dispositions citées au point précédent, d'admettre le requérant à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin de suspension :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

6. Il résulte de l'instruction que M. B, après avoir été inscrit au cours de l'année scolaire 2021/2022 en 3ème " Prépa Métier ", puis avoir suivi au cours des années scolaires 2021/2022 et 2022/2023 une formation en vue de l'obtention du certificat d'aptitude professionnelle d'électricien - diplôme qui lui a été délivré au mois de juillet 2023 - est inscrit depuis la rentrée scolaire 2024 dans une formation en apprentissage en vue d'obtenir le brevet professionnel d'électricien. Par ailleurs, M. B a conclu un contrat d'apprentissage pour la période du 7 juillet 2023 au 31 août 2025. La décision de refus de titre de séjour litigieuse a pour effet de faire obstacle à la continuation tant de ce contrat d'apprentissage que de la formation dans laquelle M. B s'est engagé. Dans ces conditions, la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie en l'espèce.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :

7. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que le préfet d'Eure-et-Loir a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité du refus de titre de séjour litigieux.

8. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision de refus de titre de séjour contenue dans l'arrêté du 23 septembre 2024, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur les conclusions de la requête n° 2404293 dirigées contre cette décision.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

9. La présente ordonnance implique nécessairement que le préfet d'Indre-et-Loire munisse M. B d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'au réexamen de sa demande de titre de séjour ou à défaut jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa requête au fond. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de délivrer cette autorisation provisoire de séjour au requérant dès la notification de la présente ordonnance.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

10. La présente ordonnance admet M. B à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros à Me Dézallé dans les conditions prévues par ces dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision de refus de titre de séjour contenue dans l'arrêté du 23 septembre 2024 susvisé du préfet d'Eure-et-Loir est suspendue jusqu'à ce qu'il ait été statué sur les conclusions de la requête n° 2404293 dirigées contre cette décision.

Article 3 : Il est enjoint au préfet d'Eure-et-Loir de délivrer à M. B, dès la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'au réexamen de sa demande de titre de séjour ou à défaut jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa requête au fond.

Article 4 : L'Etat versera à Me Dézallé une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au préfet d'Eure-et-Loir.

Fait à Orléans, le 6 novembre 2024.

Le juge des référés,

Frédéric C

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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