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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2405244

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2405244

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2405244
TypeDécision
PublicationD
Avocat requérantBONVILLAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 décembre 2024 et des pièces complémentaires enregistrées le 9 décembre 2024, Mme C B, représentée par Me Bonvillain, demande au juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du président du conseil départemental du Loiret en date du 3 octobre 2024 lui retirant son agrément d'assistante familiale ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental du Loiret de lui restituer son agrément ;

3°) de mettre à la charge du département du Loiret la somme de 1.500 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

* la condition d'urgence est remplie dès lors que :

- elle s'est vue retirer de manière brutale les trois enfants qui lui avaient été confiés sans être pour autant licenciée par le département du Loiret, l'empêchant de faire valoir ses droits à allocation auprès de France travail, de pouvoir rechercher un emploi et la privant de ses revenus de 6.000 € mensuels net ;

- son époux est bénéficiaire d'une allocation mensuelle de congé de fin d'activité de 1.801 € et ils supportent de lourdes charges, dont un emprunt immobilier de 1.800 € ;

* il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision de retrait au motif que :

- elle a été signée par une personne incompétente ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence d'enquête pénale ;

- elle porte atteinte à la présomption d'innocence et au droit à l'oubli ;

- elle a été privée de la possibilité de présenter des observations devant la CCPD ;

- elle est entachée d'une erreur de fait puisque les faits reprochés ne sont pas établis, aucune enquête pénale avec auditions n'ayant été réalisée et les rapports ne démontrant pas la réalité de ces faits ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation puisqu'elle a agi de manière adaptée en réalisant les signalements nécessaires et en informant depuis décembre 2023 ses référentes;

- elle est entachée d'un détournement de procédure.

Vu :

- le recours en annulation enregistré le 5 décembre 2024 sous le n° 2405228 par lequel Mme B conclut à l'annulation de la décision ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la fonction publique ;

- le code pénal ;

- le code des relations entre le public et l'administrations ;

- le code de la santé publique ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a été agréée en qualité d'assistante familiale par arrêté du président du conseil départemental du Loiret en date du 2 juillet 2004, renouvelé jusqu'alors, et était employée par le département du Loiret. Son agrément initial qui portait sur l'accueil d'un seul mineur a été étendu à l'accueil de trois mineurs ou jeunes majeurs de moins de 21 ans à partir du 25 septembre 2008, suivi d'une dérogation accordée un 4e mineur pour l'année 2024. Mme B accueillait ainsi dans ce cadre Alyson Masson, née le 4 juin 2009, depuis janvier 2011, A Kiangata, né le 11 juin 2013, depuis 2017, Alicia Flament-Koechler, née le 8 novembre 2014, depuis 2021 et Mariam Sylla, née le 20 novembre 2023, depuis le 24 novembre 2023. A la suite de propos tenus par un des enfants accueillis, A, le 21 juin 2024, le président du conseil départemental du Loiret lui a retiré les enfants et suspendu pour une durée de 4 mois son agrément par arrêté du 24 juin 2024 puis, après enquête administrative et avis de la commission consultative paritaire départementale (CCDP) réunie le 17 septembre 2024 à 15 h, l'exécutif départemental a décidé de retirer par arrêté du 3 octobre 2024 l'agrément de Mme B en raison de l'impossibilité pour cette dernière de garantir la santé, la sécurité et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de 21 ans accueillis à son domicile en se fondant sur les suspicions de faits graves faisant état de passages à l'acte à caractère sexuel survenus au domicile de l'intéressée et faisant l'objet d'une procédure pénale consistant notamment en des fellations répétées, simulation de l'acte sexuel entre certains très jeunes enfants accueillis et révélations de possibles agressions sexuelles par deux d'entre eux, imputables au fils adoptif de Mme B. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre l'exécution de la décision du président du conseil départemental du Loiret du 3 octobre 2024 lui retirant son agrément.

Sur le cadre juridique applicable :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside. () L'agrément est accordé à ces deux professions si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne () ". Aux termes de l'article L. 421-6 du même code : " () Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil général peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. () / Toute décision de retrait de l'agrément () doit être dûment motivée et transmise sans délai aux intéressés. () ". Aux termes de l'article R. 421-23 du même code : " Lorsque le président du conseil départemental envisage de retirer un agrément, d'y apporter une restriction ou de ne pas le renouveler, il saisit pour avis la commission consultative paritaire départementale mentionnée à l'article R. 421-27 en lui indiquant les motifs de la décision envisagée. L'assistant maternel ou l'assistant familial concerné est informé, quinze jours au moins avant la date de la réunion de la commission, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, des motifs de la décision envisagée à son encontre, de la possibilité de consulter son dossier administratif et de présenter devant la commission ses observations écrites ou orales. La liste des représentants élus des assistants maternels et des assistants familiaux à la commission lui est communiquée dans les mêmes délais. L'intéressé peut se faire assister ou représenter par une personne de son choix. Les représentants élus des assistants maternels et des assistants familiaux à la commission sont informés, quinze jours au moins avant la date de la réunion de la commission, des dossiers qui y seront examinés et des coordonnées complètes des maternels et des assistants familiaux dont le président du conseil départemental envisage de retirer, restreindre ou ne pas renouveler l'agrément. Sauf opposition de ces personnes, ils ont accès à leur dossier administratif. La commission délibère hors la présence de l'intéressé et de la personne qui l'assiste. ".

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'action sociale et des familles : " Les articles L. 423-3 à L. 423-13, L. 423-15, L. 423-17 à L. 423-22, L. 423-27 à L. 423-33 et L. 423-35 s'appliquent aux assistants maternels et aux assistants familiaux employés par des personnes morales de droit public. () ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " En cas de suspension de l'agrément, l'assistant maternel ou l'assistant familial relevant de la présente section est suspendu de ses fonctions par l'employeur pendant une période qui ne peut excéder quatre mois. Durant cette période, l'assistant maternel bénéficie d'une indemnité compensatrice qui ne peut être inférieure à un montant minimal fixé par décret. Durant la même période, l'assistant familial suspendu de ses fonctions bénéficie du maintien de sa rémunération, hors indemnités d'entretien et de fournitures./ En cas de retrait d'agrément, l'employeur est tenu de procéder au licenciement par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. () ".

4. Il résulte des dispositions combinées des articles L. 421-3 et L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles qu'il incombe au président du conseil départemental de s'assurer que les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis, et de procéder au retrait de l'agrément si ces conditions ne sont plus remplies. A cette fin, dans l'hypothèse où il est informé de suspicions de comportements susceptibles de compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement d'un enfant de la part du bénéficiaire de l'agrément ou de son entourage, il lui appartient de tenir compte de tous les éléments portés à la connaissance des services compétents du département ou recueillis par eux et de déterminer si ces éléments sont suffisamment établis pour lui permettre raisonnablement de penser que l'enfant est victime des comportements en cause ou risque de l'être.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

5. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

6. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. L'urgence s'apprécie objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu notamment des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

7. L'article L. 522-3 dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

8. En l'état de l'instruction, aucun des moyens susvisés soulevés par Mme B n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté du 3 octobre 2024 du président du conseil départemental du Loiret décidant de lui retirer son agrément. Il suit de là, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, que les conclusions de la requérante tendant à la suspension de l'exécution de cette décision doivent être rejetées par application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département du Loiret, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B.

Copie en sera adressée pour information au département du Loiret.

Fait à Orléans, le 10 décembre 2024.

Le juge des référés,

Samuel DELIANCOURT

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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