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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2405320

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2405320

vendredi 7 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2405320
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantCABINET CASADEI-JUNG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 10 décembre 2024 et 4 février 2025, M. F C, représenté par la Scp Saïdi et Moreau, demande au juge des référés :

1) sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner l'Etablissement public de santé mentale Georges Daumezon à lui verser la somme provisionnelle de 117 445 euros, assortie des intérêts légaux à compter de la réclamation préalable indemnitaire et de la capitalisation des intérêts, en réparation de ses préjudices subis à la suite de l'accident de travail reconnu imputable au service dont il a été victime en mai 2019 ;

2) de mettre à la charge de l'Etablissement public de santé mentale Georges Daumezon la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il exerce les fonctions d'aide-soignant titulaire dans l'établissement ;

- en mai 2019, à la suite d'un incident d'une particulière intensité avec un patient schizophrène, il a dû quitter son service à la suite du choc psychologique subi ;

- le 20 mai 2019, il a déclaré un accident du travail ;

- il a été en arrêt de travail jusqu'au 30 juin 2022 ;

- il a développé des troubles fonctionnels à compter de novembre 2019 qui se sont transformés en troubles de la marche ayant nécessité son hospitalisation au centre de rééducation fonctionnelle et d'appareillage " Le Côteau " à La Chapelle-Saint-Mesmin du 20 au 31 juillet 2020 ;

- il a été suivi par un neurologue du centre hospitalier d'Orléans puis au service de neurologie du centre hospitalier universitaire de Nantes qui ont confirmé le diagnostic de troubles neurologiques fonctionnels lesquels ont été accompagnés de troubles de la déglutition ;

- à la suite du rapport d'un médecin psychiatre agréé, le directeur de l'établissement Georges Daumezon a reconnu, par décision du 1er juillet 2021, l'imputabilité au service de ses troubles neurologiques et psychologiques et l'a placé, par décision du 13 août 2021, en congé pour accident de service du 2 septembre 2019 au 31 décembre 2021 ;

- par une requête enregistrée au greffe du tribunal administratif d'Orléans le 24 janvier 2022, il a sollicité la désignation d'un expert pour évaluer l'ensemble de ses préjudices résultant de son accident de service ;

- par ordonnance du 6 septembre 2022, le juge des référés a désigné le docteur G D, psychiatre, et le docteur B A, neurochirurgien, comme experts ;

- les experts ont déposé leur rapport le 2 avril 2023 ;

- par la présente requête, il demande le versement d'une somme provisionnelle.

Par une ordonnance du 6 janvier 2025, la clôture de l'instruction a été fixée au

20 janvier 2025.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 janvier 2025, l'Etablissement public de santé mentale du Loiret Georges Daumezon, présentée par la Selarl Casadei-Jung, conclut au rejet de la requête et demande de mettre à la charge de M. C la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'obligation détenue par le requérant n'est pas contestée dans son principe mais l'obligation apparaît sérieusement contestable dans son montant.

Par une ordonnance du 17 janvier 2025, l'instruction a été réouverte.

La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie du Loiret et à la caisse des dépôts et consignations qui n'ont pas produit de mémoire.

Vu :

- l'ordonnance n° 2200290 du 6 septembre 2022 du juge des référés du tribunal administratif d'Orléans ordonnant une expertise médicale et désignant en qualité d'experts le docteur G D, psychiatre, et le docteur B A, neurochirurgien ;

- les rapports d'expertise du docteur D et du docteur A déposés respectivement les 2 avril 2023 et 20 novembre 2022 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 65-773 du 9 septembre 1965 modifié ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. E en application des articles L. 222-2-1 et L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l'instruction que M. C, né le 17 janvier 1970, exerce les fonctions d'aide-soignant titulaire dans l'Etablissement public de santé mentale du Loiret Georges Daumezon. Le 17 mai 2019, à la suite d'un incident d'une particulière intensité avec un patient schizophrène, il a dû quitter son service à la suite du choc psychologique subi. Le 20 mai 2019, il a déclaré un accident du travail. Il a été en arrêt de travail jusqu'au 30 juin 2022. Il a développé des troubles fonctionnels à compter de novembre 2019 qui se sont transformés en troubles de la marche ayant nécessité son hospitalisation au centre de rééducation fonctionnelle et d'appareillage " Le Côteau " à La Chapelle-Saint-Mesmin du 20 au 31 juillet 2020. Puis, il a été suivi par un neurologue du centre hospitalier d'Orléans puis au service de neurologie du centre hospitalier universitaire de Nantes qui ont confirmé le diagnostic de troubles neurologiques fonctionnels lesquels ont été accompagnés de troubles de la déglutition. A la suite du rapport d'un médecin psychiatre agréé, le directeur de l'établissement Georges Daumezon a reconnu, par décision du 1er juillet 2021, l'imputabilité au service de ses troubles neurologiques et psychologiques et l'a placé, par décision du 13 août 2021, en congé pour accident de service du 2 septembre 2019 au 31 décembre 2021. Par une requête enregistrée au greffe du tribunal administratif d'Orléans le 24 janvier 2022, il a sollicité la désignation d'un expert pour évaluer l'ensemble de ses préjudices résultant de son accident de service. Par ordonnance du 6 septembre 2022, le juge des référés a désigné le docteur G D, psychiatre, et le docteur B A, neurochirurgien, comme experts. Les experts ont déposé leurs rapports le

20 novembre 2022 et le 2 avril 2023. Par lettre du 26 novembre 2024, l'avocat du requérant a formé une demande préalable indemnitaire auprès de l'établissement. Par la présente requête,

M. C demande au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner l'Etablissement public de santé mentale du Loiret Georges Daumezon à lui verser la somme provisionnelle de 117 445 euros, assortie des intérêts légaux à compter de la réclamation préalable indemnitaire et de la capitalisation des intérêts, en réparation de ses préjudices subis à la suite de l'accident de travail reconnu imputable au service dont il a été victime le 17 mai 2019.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ".

3. Les dispositions des articles L. 27 et L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite et, pour les fonctionnaires affiliés à la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales, le II de l'article 119 de la loi du 26 janvier 1984 et les articles 30 et 31 du décret du 9 septembre 1965, déterminent forfaitairement la réparation à laquelle un fonctionnaire victime d'un accident de service ou atteint d'une maladie professionnelle peut prétendre, au titre de l'atteinte qu'il a subie dans son intégrité physique, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font cependant pas obstacle à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'accident ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice. Elles ne font pas non plus obstacle à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité.

4. Il résulte des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle qui résulte du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.

5. Il résulte de l'instruction, et il n'est pas contesté, que la maladie professionnelle du requérant n'a pas pour origine une faute de l'Etablissement public de santé mentale du Loiret Georges Daumezon et que, dans ce cas, le requérant est fondé à demander la réparation des préjudices distincts de ceux réparés par les dispositions statutaires applicables qui sont liés à son accident professionnel du 17 mai 2019.

6. Il résulte de l'instruction, et notamment des rapports des deux experts et des autres documents médicaux produits au dossier, que les troubles somatoformes, dont souffre le requérant et consistant en des mouvements anormaux des quatre membres et un trouble de la marche, sont liés au stress post-traumatique de l'intéressé suite à l'accident de travail du 17 mai 2019 dans des conditions professionnelles difficiles et non des suites à l'intervention chirurgicale du 4 septembre 2019 subie par l'intéressé pour une cure de hernie discale ou d'une pathologie antérieure neurologique ou neuromusculaire dégénérative. D'ailleurs, l'Etablissement a reconnu, par la décision précitée du 1er juillet 2021, l'imputabilité de ces troubles au service.

7. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expert psychiatre, que le requérant a enduré, suite à l'accident de travail, des souffrances évaluées à

5 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en allouant au requérant la somme provisionnelle de 12 000 euros.

8. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expert psychiatre, que le requérant a subi, en lien avec les conséquences de l'accident professionnel, un déficit fonctionnel temporaire de 30 % du 20 mai 2019 au 26 novembre 2020, soit 551 jours. Il y a lieu d'allouer au requérant une somme provisionnelle de 2 200 euros au titre de ce poste de préjudice.

9. En troisième lieu, il résulte de l'instruction, notamment des rapports d'expertise, que le requérant souffre d'un préjudice esthétique temporaire évalué à 4/7. Il sera fait une juste évaluation de ce poste de préjudice en le fixant à la somme de 5 000 euros et d'allouer cette somme à l'intéressé à titre provisionnel.

10. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expert psychiatre, que le requérant subit un préjudice sexuel, évalué à 3/7, en lien avec le stress post-traumatique en cause résultant d'une libido atténuée et de difficultés dans l'accomplissement de l'acte sexuel. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui allouant la somme provisionnelle de 3 000 euros.

11. Enfin, il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expert psychiatre, que les troubles, dont souffre le requérant, ne sont pas consolidés et qu'il est impossible de fixer une date de consolidation au regard de son état clinique. Si l'expert indique que le taux d'incapacité permanente partielle peut être évalué à 45 %, il précise qu'il s'agit d'un taux non définitif au regard des troubles de l'intéressé. Dans ces conditions, la créance dont se prévaut le requérant au titre du préjudice fonctionnel permanent n'apparaît pas, en l'état de l'instruction, revêtir un caractère de certitude suffisant. Par suite, sa demande d'allocation provisionnelle relative à ce préjudice ne peut être accueillie.

12. Il résulte de ce qui précède que le montant total des préjudices de M. C, qui revêt un caractère de certitude suffisant, s'établit à la somme globale de 22 200 euros. Dès lors, il y a lieu de condamner l'Etablissement public de santé mentale du Loiret Georges Daumezon à verser une provision de ce montant à M. C sans qu'il soit besoin, en l'espèce, de subordonner ce versement à la constitution d'une garantie.

Sur les intérêts et leur capitalisation :

13. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1231-6 du code civil courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine. Il y a donc lieu de faire droit à la demande du requérant tendant à ce que la somme de 22 200 euros mise à la charge de l'Etablissement public de santé mentale du Loiret Georges Daumezon soit assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de réception par l'établissement de sa réclamation préalable indemnitaire du 26 novembre 2024.

14. Aux termes de l'article 1343-2 du code civil : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année, auquel cas la demande ne prend effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. Le cas échéant, la capitalisation s'accomplit à nouveau à l'expiration de chaque échéance annuelle ultérieure sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande. Le requérant a demandé la capitalisation des intérêts dans sa requête introductive d'instance. Toutefois, à la date de la présente décision, il n'est pas dû une année d'intérêts. Dès lors, conformément aux dispositions précitées, il y a lieu de rejeter la demande du requérant tendant à la capitalisation des intérêts.

Sur les frais du litige :

15. D'une part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etablissement public de santé mentale du Loiret Georges Daumezon la somme de 2 000 euros que demande le requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

16. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. C, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme de 2 500 euros que demande l'Etablissement public de santé mentale du Loiret Georges Daumezon au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'Etablissement public de santé mentale du Loiret Georges Daumezon versera à

M. C une somme provisionnelle de 22 200 euros en réparation de ses préjudices résultant de l'accident de travail du 17 mai 2019 reconnu imputable au service. Cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de réception par l'Etablissement public de santé mentale du Loiret Georges Daumezon de la réclamation préalable du 26 novembre 2024.

Article 2 : L'Etablissement public de santé mentale du Loiret Georges Daumezon versera à

M. C la somme de 2 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus de conclusions de la requête de M. C et les conclusions de l'Etablissement public de santé mentale du Loiret Georges Daumezon présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetés.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. F C, à la caisse primaire d'assurance maladie du Loiret, à la caisse des dépôts et consignations et à l'Etablissement public de santé mentale du Loiret Georges Daumezon.

Fait à Orléans, le 7 mars 2025.

Le juge des référés,

Jean-Michel E

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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