jeudi 26 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2405489 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | ATTALI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 décembre 2024, M. A B, représenté par Me Attali, demande au juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté en date du 15 novembre 2024 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé la Turquie comme pays de destination jusqu'à ce qu'il soit statué au fond ;
3°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.200 € à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
* la condition d'urgence est satisfaite dès lors que :
- il est en situation de détresse psychologique au regard de sa situation en exil, de son statut social en qualité de kurde et des violences et maltraitances dont il a été victime ;
- il ne pourra pas finaliser sa formation en cas de rupture de son contrat ;
- il sera en situation précaire sans pouvoir subvenir à ses besoins ;
- il encourt l'exclusion du dispositif d'accompagnement personnalisé en milieu naturel (APMN)
* il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision au motif que :
- elle n'est pas motivée en droit comme en fait ;
- elle est entachée d'un vice de procédure car le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa demande ;
- elle est entachée d'une erreur de droit car le préfet n'était pas tenu de prendre un tel arrêté ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît pour les mêmes raisons les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est intégré dans la société, il exerce le métier de cuisinier qui est un métier en tension, suit sérieusement une formation auprès de Antée Formation qui a débuté le 1er mars 2024 pour finir le 14 mars 2025, est dans une situation psychologique difficile car son père l'a menacé de mort à plusieurs reprises et il respecte les lois de la République ;
- l'obligation de quitter le territoire comme l'interdiction de retour sont illégales car le préfet a considéré qu'il était en situation de compétence liée, ce qui n'était pas le cas, et en raison de l'illégalité entachant le refus de titre de séjour.
M. B a déposé une demande d'aide juridictionnelle auprès du tribunal judiciaire d'Orléans par courrier en date du 11 décembre 2024.
Vu :
- le recours en annulation enregistré le 20 décembre 2024 au greffe du tribunal administratif de céans sous le n° 2405488;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné par arrêté du 1er septembre 2024 M. Deliancourt, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. Il résulte de l'instruction que M. B, ressortissant turc né le 7 avril 2006 à Mus (Turquie), soutient être entré en France le 27 mars 2023 et a été confié à l'Aide sociale à l'enfance (ASE) par ordonnance de placement provisoire en date du 15 mai 2023. Il s'est inscrit en formation professionnelle en qualité de cuisinier avec conclusions d'un contrat d'apprentissage pour la période du 1er mars 2024 au 14 mars 2025 auprès de Antée Formation pour une durée totale de 483 heures de formation théorique. Il a sollicité le 18 mars 2024 auprès des services de la préfecture d'Indre-et-Loire une carte de séjour temporaire portant la mention " Travailleur temporaire " sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 15 novembre 2024, le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé la Turquie comme pays de destination. Le représentant de l'Etat dans le département a notamment estimé que l'intéressé n'apportait pas d'élément de nature à démontrer le caractère réel et sérieux de la formation suivie. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés de suspendre sur le fondement de l'article L. 521-1 l'exécution de cet arrêté.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu d'accorder, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire du requérant à l'aide juridictionnelle, sans préjuger de la décision finale qui sera prise par le bureau d'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
5. L'article L. 522-3 dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
6. Aucun des moyens invoqués par M. B à l'encontre de la décision contestée n'est manifestement de nature, au vu de la demande et en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux sur la légalité de cette décision. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition relative à l'urgence, il y a lieu, par application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, de rejeter ses conclusions tendant à la suspension de l'exécution de cette décision et, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.
Copie en sera adressée pour information au préfet d'Indre-et-Loire.
Fait à Orléans, le 26 décembre 2024.
Le juge des référés,
Samuel DELIANCOURT
La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.