vendredi 27 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2405550 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | VIEILLEMARINGE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 décembre 2024, M. A F C B, représenté par Me Vieillemaringe, demande au juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté en date du 22 novembre 2024 du préfet d'Indre-et-Loire par lequel celui-ci a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de 30 jours vers le pays dont il a la nationalité ou tout pays dans lequel il est légalement admissible ;
3°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de 15 jours à compter de l'ordonnance à intervenir dans l'attente du jugement au fond ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.500 € à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
* la condition d'urgence est satisfaite dès lors que :
- il dispose d'un titre de séjour valable jusqu'au 22 décembre 2024 et l'arrêté contesté va le faire passer d'une situation administrative régulière à irrégulière ;
- il bénéficiait d'un contrat de travail à temps partiel avec la société KFC qui a suspendu ledit contrat dans l'attente de la justification d'un séjour régulier ;
- il est hébergé chez un cousin et lui verse à ce titre une contrepartie financière dont il ne pourra plus s'acquitter ;
- il ne pourra plus subvenir à ses besoins en vêtements et nourriture ;
* il existe un doute sérieux au motif que la décision contestée :
- est entachée d'incompétence car elle a été prise par le secrétaire général de la préfecture qui ne justifie pas d'une délégation de signature régulière puisque la délégation de signature visée date du 14 février 2024 et est postérieure de 9 mois à la nomination de M. D en qualité de préfet ;
- est entachée d'un défaut de motivation :
- n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux de la demande de M. C B ;
- est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il a validé tous les modules dans le cadre de son inscription en Bachelor au sein de l'ETS, ainsi qu'il en justifie par la production de son relevé de notes ;
- est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'article L. 422-1 du code de l'entrée et séjour des étrangers et du droit d'asile n'exige pas que soit justifié le caractère réel et sérieux des études, le préfet ayant ainsi ajouté une condition au texte ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation car il justifie une progression dans son cursus et a effectué un seul changement d'orientation pour valider les deux dernières années.
Vu :
- le recours en annulation enregistré le 24 décembre 2024 sous le n° 2405548 tendant à l'annulation de l'arrêté en date du 22 novembre 2024 du préfet d'Indre-et-Loire par lequel celui-ci a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de 30 jours vers le pays dont il a la nationalité ou tout pays dans lequel il est légalement admissible ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. E, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, en qualité de juge des référés présentés sur le fondement des dispositions des articles L. 521-1 à L. 521-4 de ce code.
Considérant ce qui suit :
1. Il résulte de l'instruction que M. C B, ressortissant tchadien né le 10 septembre 1999 à N'Djaména (Tchad), est entré en France le 10 septembre 2021 sous couvert d'un visa " Etudiant " et s'est vu délivrer un titre de séjour valable jusqu'au 22 décembre 2024. Il s'est inscrit en 1ère année de licence de Sociologie à l'université de Nantes au titre de l'année 2021/2022 puis en 2022/2023, sans toutefois la valider. Au titre des années 2023/2024 et 2024/2025, il s'est inscrit en Bachelor Gestion des Ressources humaines à l'Ecole Tourangelle Supérieure (ETS). M. B a sollicité le 16 octobre 2024 le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " Etudiant " sur le fondement des dispositions des articles L. 422-1 à L. 422-6 du code de l'entrée et séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté en date du 22 novembre 2024, le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de faire droit à sa demande au motif notamment que le caractère réel et sérieux de ses études n'était pas démontré du fait de l'absence de progression de ses études, lui a enjoint de quitter le territoire dans un délai de 30 jours vers le pays dont il a la nationalité ou tout pays dans lequel il est légalement admissible. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés de suspendre l'exécution de cette décision.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu d'accorder en application des dispositions précitées l'admission provisoire du requérant à l'aide juridictionnelle, sans préjuger de la décision finale qui sera prise par le bureau d'aide juridictionnelle.
Sur le cadre juridique applicable :
4. Aux termes de l'article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () le renouvellement de la carte de séjour temporaire () est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte () ". Aux termes de l'article aux termes de l'article L. 422-1 du même code : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. ".
5. Il appartient à l'autorité administrative saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études et d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi, en s'appuyant sur les éléments fournis par l'intéressé.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
7. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
8. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de la décision de refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse
9. L'article L. 522-3 dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
10. Aucun des moyens invoqués par M. G B à l'encontre de la décision contestée n'est manifestement de nature, au vu de la demande et en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux sur la légalité de cette décision. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition relative à l'urgence, il y a lieu, par application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, de rejeter ses conclusions tendant à la suspension de l'exécution de cette décision et, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. C B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : M. C B est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. C B est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A F C B.
Copie en sera adressée pour information au préfet d'Indre-et-Loire.
Fait à Orléans, le 27 décembre 2024.
Le juge des référés,
Samuel E
La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.