lundi 3 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2500613 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CABINET ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 11 et 26 février 2025, le préfet de Loir-et-Cher demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'ordonner l'expulsion de M. B A et tout occupant de son chef, du centre d'accueil pour demandeurs d'asile (Cada) dont l'appartement est le numéro 77 situé au 1 de la rue des Frères Lumière à Vendôme (41100) ;
2°) d'autoriser, le cas échéant, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du Cada afin de débarrasser des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Monsieur A, à défaut pour celui-ci de les avoir emportés.
Le préfet de Loir-et-Cher soutient que :
- le juge administratif est compétent dès lors que le logement occupé se situe dans un centre d'accueil pour demandeurs d'asile (Cada) ;
- il est compétent pour demander en justice, en application des dispositions de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à ce qu'il soit enjoint à M. B A de quitter le centre d'hébergement ;
- les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure posées par l'article L. 521-3 du code de justice administrative sont remplies, dès lors que les places dans ce centre doivent servir à l'accueil de nouveaux bénéficiaires, qu'il a commis des manquements au règlement et eu un comportement déplacé envers l'équipe professionnelle du Cada ainsi qu'un comportement violent envers son colocataire et qu'il se maintient irrégulièrement dans les lieux ;
- la mesure demandée est urgente, utile, ne fait pas l'objet d'une contestation sérieuse et ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.
Les forces de police ont cherché à notifier par voie administrative la requête et l'avis d'audience à M. B A en vain, tant en se rendant à deux reprises à son domicile qu'en le convoquant. Elles ont alors déposé la requête et l'avis d'audience dans la boîte aux lettres de l'intéressé. La requête doit donc être considérée comme régulièrement communiquée à M. B A qui n'a pas présenté de mémoire en défense.
Le cabinet Actis Avocats s'est constitué le 28 février 2025 au profit du préfet de Loir-et-Cher.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer en qualité de juge des référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga ;
- et les observations de Me Briolin, représentant le préfet de Loir-et-Cher, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
M. B A n'était ni présent ni représenté.
Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 11h05.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".
2. Aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile " accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre État européen ". Aux termes de l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. ". Aux termes du deuxième aliéna de l'article L. 542-1 du même code : " Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci (). ". L'article L. 552-15 du même code dispose que : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu.() / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. ". Selon l'article R. 552-15 du même code : " Pour l'application du premier alinéa de l'article L. 552-15, si une personne se maintient dans le lieu d'hébergement après la date mentionnée à l'article R. 552-12 ou, le cas échéant, après l'expiration du délai prévu à l'article R. 552-13, le préfet du département dans lequel se situe ce lieu d'hébergement ou le gestionnaire du lieu d'hébergement met en demeure cette personne de quitter les lieux dans les cas suivants : / 1° La personne ne dispose pas d'un titre de séjour et n'a pas sollicité d'aide au retour volontaire ou a refusé l'offre d'aide au retour volontaire qui lui a été présentée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ; / 2° La personne bénéficie d'un titre de séjour en France et a refusé une ou plusieurs offres de logement ou d'hébergement qui lui ont été faites en vue de libérer le lieu d'hébergement occupé. / Si la mise en demeure est infructueuse, le préfet ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut, après une décision de rejet définitive et dans les conditions prévues à l'article L. 552-15, saisir le président du tribunal administratif afin d'enjoindre à cet occupant de quitter les lieux. ".
3. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit, dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
4. D'une part, le préfet de Loir-et-Cher soutient sans être contredit que le dispositif d'hébergement des demandeurs d'asile départemental dispose de 652 places au 5 février 2025, que 885 demandeurs d'asile sont en attente d'un logement alors que 61 occupent indûment des places.
5. D'autre part, il résulte de l'instruction que M. B A, ressortissant russe, né le 27 novembre 1996 à Grozny (Fédération de Russie), entrée en France le 23 juillet 2024 selon ses déclarations pour y solliciter l'asile. Par un courrier du 14 novembre 2024 remis en main propre, l'association France Terre d'asile (FTDA) a notifié à l'intéressé un avertissement en lui rappelant que, la veille, ce dernier s'était violemment battu au sein du Cada, avec usage d'arme blanche, avec son colocataire dans l'appartement mis à leur disposition, que des dégâts matériels ont été constatés dans la cuisine de l'appartement, qu'une nouvelle altercation s'est déroulée le même jour avec son colocataire se trouvant lui aussi dans les locaux du Cada, et ce devant l'ensemble de l'équipe salariale de l'établissement au cours de laquelle des menaces de mort ont été faites entre les deux colocataires. Par un autre courrier du même jour remis selon les mêmes modalités, la même association lui a notifié un autre avertissement au motif que le 25 octobre 2024 il lui avait été indiqué qu'il était exclu de l'association A lire en raison d'un comportement inapproprié envers la professeure de français de l'association ainsi que des comportements similaires avec des membres de l'équipe de professionnels du Cada de Vendôme, ainsi que des messages insistants d'invitation à prendre des cafés chez lui, consistant en du harcèlement dont sexuel. Le 14 novembre 2024, la directrice territoriale d'Orléans de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a notifié une décision de sortir d'un lieu d'hébergement pour demandeur d'asile. Une main courante a été réalisée le 15 novembre 2024 par la directrice du Cada auprès des services du commissariat de Vendôme. Par un courrier recommandé avec demande d'accusé de réception, malheureusement non daté mais datant au plus tard du 17 janvier 2025 eu égard de la date figurant sur l'avis de recommandé, le préfet de Loir-et-Cher a mis l'intéressé en demeure de quitter le logement qu'il occupe dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de ce courrier. Il résulte également de l'instruction que malgré la mise en demeure précitée du préfet de Loir-et-Cher, réputée notifiée à M. B A ainsi qu'il a été dit, lui enjoignant de quitter les lieux dans un délai de quarante-huit heures, M. B A s'est maintenu dans les lieux.
6. La libération des lieux demandée par le préfet de Loir-et-Cher présente, eu égard aux besoins d'accueil des demandeurs d'asile et au nombre de places disponibles dans les lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile dans le département de Loir-et-Cher ainsi qu'eu égard à l'attitude violente de l'intéressé et donc à la nécessité de garantir la sécurité au sein du Cada et de ses partenaires, un caractère d'urgence et d'utilité.
7. Compte tenu de tout ce qui précède, il y a lieu d'enjoindre à M. B A de quitter le lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile qu'il occupe indûment dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance et, en cas d'inexécution de cette mesure dans le délai précité, d'autoriser le préfet de Loir-et-Cher à procéder à leur expulsion d'office, le cas échéant avec le concours de la force publique et à donner toutes instructions nécessaires au gestionnaire afin d'évacuer, aux frais l'intéressé, les biens mobiliers éventuellement abandonnés sur place.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à M. B A de quitter, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'il occupe au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile (Cada) dont l'appartement est le numéro 77 situé au 1 de la rue des Frères Lumière à Vendôme (41100).
Article 2 : En l'absence de départ volontaire de l'intéressé, le préfet de Loir-et-Cher pourra procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de M. B A les biens meubles qui se trouveraient dans les lieux.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre d'État, ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de Loir-et-Cher et à la directrice territoriale d'Orléans de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Fait à Orléans le 3 mars 2025.
Le magistrat désigné,
G. GIRARD-RATRENAHARIMANGA
La République mande et ordonne au ministre d'État, ministre de l'intérieur et au préfet de Loir-et-Cher en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.