jeudi 10 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2500862 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | CHETRIT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 février 2025, la société SNCF Réseau SA, représentée par Me Jean-Daniel Chetrit, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise aux fins de déterminer l'origine et la cause des désordres affectant la ligne n° 556000 reliant Chartes à Orléans, de prescrire les mesures à prendre pour réparer ceux-ci afin assurer la pérennité de ses ouvrages ferroviaires, de préciser le coût des réparations et celui du préjudice d'exploitation subi du fait des perturbations engendrées par le sinistre sur les circulations ferroviaires.
Elle soutient que :
- le 30 janvier 2025, elle est alertée par les services de l'Etat (ministère de la justice), propriétaire d'un fonds immobilier situé en surplomb de la voie ferrée reliant Chartres à Orléans, de l'affaissement d'un talus ferroviaire provoquant alors une limitation immédiate de vitesse des trains à 10 kilomètre-heure et une interruption totale du trafic du 3 au 10 février 2025 ;
- une importante canalisation d'eau potable appartenant à Chartres Métropole et exploitée par la société Aqualter se trouve située en tête du talus ferroviaire et pourrait être à l'origine du sinistre ;
- une installation d'urgence destinée à protéger la voie a été réalisée consistant à installer un barrage provisoire constitué de big-bags de ballast. Toutefois, une coulée de boue s'accumule, commence à s'infiltrer entre les big-bags et risque d'atteindre la banquette de la voie ferrée ;
- les services de l'Etat (ministère de la justice), propriétaire du terrain sur lequel est implantée la canalisation de Chartres Métropole, sont également affectés par le phénomène ;
- Chartres Métropole estime, sur le fondement d'informations fournies par l'exploitant de la canalisation, qu'il n'y a pas de fuite de sa conduite d'eau potable et considère que l'eau provient de la propriété de l'Etat (ministère de la justice) ;
- par conséquent, la société SNCF Réseau SA s'estime fondée à solliciter le prononcé de la présente mesure d'expertise au contradictoire de Chartres Métropole, de la société Aqualter et de l'Etat.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 février 2025, la société Aqualter représentée par Me Jean Aubignat, sollicite sa mise hors de cause et demande que la société SNCF Réseau SA soit condamnée au paiement de la somme de 1 000 euros à son profit sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la production et la distribution d'eau potable sur le territoire de la Communauté d'agglomération de Chartres Métropole ont été déléguées par cette dernière à une Société d'Economie Mixte à Opération unique (SEMOP), créée par Chartres Métropole et la Société Aqualter, dénommée Chartres Métropole Eau ;
- la société Aqualter est actionnaire de la SEM ainsi constituée mais ne se substitue pas à elle dans ses droits et obligations ;
- le défaut de perspective contentieuse à son endroit prive ainsi la demande d'expertise de toute utilité en ce qui la concerne.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 mars 2025, Chartres Métropole représentée par Me Thomas Pierson, ne s'oppose pas à la demande d'expertise, sollicite la mise en cause de Chartres Métropole Eau en sa qualité de délégataire en matière de production et de distribution d'eau potable sur le territoire de la Communauté d'agglomération de Chartres Métropole et demande que la mission de l'expert soit complétée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mars 2025, l'Etat (ministère de la justice), ne s'oppose pas à la demande d'expertise.
La requête a été communiquée à la société Chartres Métropole Eau qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'expertise :
1. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. ". La prescription d'une mesure d'expertise en application de ces dispositions est subordonnée à son utilité pour le règlement d'un litige principal qui doit être appréciée en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens et de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir en prenant en compte, à cet effet, les expertises judiciaire ou amiable qui ont pu être prescrites ou réalisées au titre du même litige et au regard des motifs de droit et de fait qui la justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.
2. Il résulte de l'instruction que la société SNCF Réseau SA a constaté à compter du 30 janvier 2025 l'affaissement d'un talus ferroviaire sur la ligne n° 556000 reliant Chartes à Orléans, au point kilométrique (PK) 4+473 correspondant au 74 rue des Chaises à Chartres. L'origine de ce désordre évolutif pourrait provenir d'une fuite sur le réseau public d'eau potable implanté sur la propriété du ministère de la justice surplombant la voie ferrée. La communauté d'agglomération de Chartres Métropole estime qu'aucune fuite n'affecte la conduite d'eau potable et que l'eau proviendrait, selon elle, d'une zone située derrière sa canalisation sur la propriété de l'Etat. Un rapport d'étude géotechnique, diligentée à l'initiative de l'Etat (ministère de la justice) après l'affaissement du terrain en bordure du parking du personnel de l'UEHC de Chartres, relève toutefois l'hypothèse d'un réseau fuyant susceptible de favoriser un glissement de terrain local et de jouer un rôle de lubrifiant des matériaux du talus. Dans la mesure où l'origine de l'eau ayant provoqué ces désordres reste indéterminée, la société SNCF Réseau SA demande au juge des référés de désigner un expert aux fins de décrire et de constater les désordres affectant le talus ferroviaire et son importance, d'en déterminer les causes ainsi que les travaux nécessaires et de fournir tous les éléments permettant de déterminer l'origine de cet affaissement permettant au tribunal administratif de déterminer les responsabilités éventuellement encourues et d'évaluer les préjudices.
3. Le litige au fond susceptible d'opposer la société SNCF Réseau SA à la communauté d'agglomération de Chartres Métropole, à la société Chartres Métropole Eau et à l'Etat (ministère de la justice) concernant les désordres précités relève de la compétence de la juridiction administrative dès lors qu'il concerne des ouvrages publics et les dommages qu'ils peuvent provoquer. Ni la communauté d'agglomération, ni la SEM Chartres Métropole Eau, ni l'Etat ne s'opposent à la mesure sollicitée qui - entrant dans le champ d'application des dispositions de l'article R. 532-1 précité - est utile afin de constater contradictoirement l'ampleur du sinistre et d'en déterminer les causes. Par suite, il y a lieu d'ordonner l'expertise sollicitée, de désigner un expert et de fixer sa mission comme il est dit à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur la demande de mise hors de cause de la société Aqualter :
4. Peuvent être appelées à une expertise ordonnée sur le fondement des dispositions citées au point 1, non seulement les personnes dont la responsabilité est susceptible d'être engagée par l'action qui motive la demande d'expertise, mais aussi toute personne dont la présence est de nature à éclairer les travaux de l'expert. La société Aqualter allègue que, si elle est effectivement actionnaire de la société d'économie mixte dénommée Chartres Métropole Eau chargée de la production et de la distribution d'eau potable sur le territoire de la Communauté d'agglomération de Chartres Métropole, toutefois, elle ne se substitue pas à celle-ci dans ses droits et obligations, de sorte que la société SNCF Réseau SA ne démontre l'existence d'aucune perspective contentieuse à l'endroit de la société Aqualter. Toutefois, en l'état de l'instruction et alors qu'il n'appartient pas au juge des référés de se prononcer sur les responsabilités recherchées, il est utile - eu égard à la nature des désordres en cause, à la participation de la société Aqualter aux activités de la société d'économie mixte Chartres Métropole Eau, et à la technicité que la société Aqualter détient dans le domaine de la production et la distribution d'eau potable constituant ainsi son cœur de métier - de l'attraire à la présente procédure qui ne tend qu'au prononcé d'une mesure d'instruction ne faisant pas préjudice au principal. Le cas échéant, il appartiendra à l'expert, s'il l'estime pertinent, de solliciter du juge des référés, en fournissant toute justification, la mise hors de cause des parties dont la participation ne serait pas ou plus nécessaire, en application des dispositions de l'article R. 532-3 du code de justice administrative. Par suite, la présence à l'expertise la société Aqualter est nécessaire à l'utilité de la mesure, de sorte que sa demande tendant à être mise hors de cause doit être rejetée.
Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
5. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la société Aqualter sur le fondement de ces dispositions.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B A, ingénieur travaux publics, demeurant NGE Contracting, 11 rue Camille Desmoulins à Issy-les-Moulineaux (92130), est désigné en qualité d'expert avec pour mission de :
1°) se rendre aux abords de la ligne de chemin de fer n° 556000 reliant Chartes à Orléans, au point kilométrique (PK) 4+473 correspondant au 74 rue des Chaises à Chartres, se faire remettre tous documents utiles à l'accomplissement de sa mission et entendre toute personne susceptible de l'éclairer, décrire la nature et l'étendue les dommages et désordres qui affectent le talus ferroviaire ou tout équipement ferroviaire, et le cas échéant la voie ferrée, mais aussi les désordres constatés sur l'ensemble du périmètre concerné et notamment sur les ouvrages publics appartenant à Chartres Métropole et à l'Etat (ministère de la justice), procéder à toutes constatations utiles relatives à l'état des ouvrages, dire si les désordres sont évolutifs ou généralisées ;
2°) établir les causes et origines des désordres, déterminer si les dommages constatés sont de nature à rendre les ouvrages en cause impropres à leurs destinations ou à compromettre leurs solidités et, en cas de causes multiples, indiquer la part imputable à chacune des causes ;
3°) déterminer les travaux de réparation nécessaires pour remédier aux désordres et évaluer leurs coûts ;
4°) indiquer les travaux éventuels à réaliser d'urgence en vue d'éviter une aggravation des dommages, dans l'hypothèse où les désordres relevés seraient de nature à constituer un risque pour la sécurité des usagers, des tiers ou des opérateurs, et en évaluer le coût ;
5°) fournir tous éléments permettant à la juridiction éventuellement saisie d'évaluer l'étendue des préjudices subis par l'ensemble des ouvrages publics ;
6°) apporter, d'une manière générale, tous éléments qui seraient utiles à la solution du litige par la juridiction saisie.
Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621. 2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert effectuera une déclaration sur l'honneur dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 4 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement en présence des représentants de la société SNCF Réseau SA, de l'Etat (ministère de la justice), de la communauté d'agglomération de Chartres Métropole, de la société Chartres Métropole Eau et de la société Aqualter.
Article 5 : L'expert avertira les parties et organisera le déroulement des travaux d'expertise conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 6 : L'expert communiquera aux parties un projet de rapport, préalablement au dépôt du rapport définitif, afin de recueillir leurs éventuelles observations.
Article 7 : L'expert déposera son rapport définitif au greffe par voie électronique avant le 30 septembre 2025. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.
Article 8 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.
Article 9 : Le surplus des demandes des parties est rejeté.
Article 10 : La présente ordonnance sera notifiée à la société SNCF Réseau SA, au garde des sceaux, ministre de la justice, à la communauté d'agglomération de Chartres Métropole, à la société Chartres Métropole Eau, à la société Aqualter et à l'expert.
Fait à Orléans, le 10 avril 2025.
Le Président,
Juge des référés,
Benoist GUÉVEL
La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
ABo