jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2201619 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CABINET ADAES AVOCATS (SARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 7 juillet 2022 et le 6 juin 2023, M. C B et Mme A B, représentés par Me Thomas, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 17 mai 2022 par lequel le maire de Joinville a refusé de leur délivrer, au nom de la commune, un permis de construire une maison individuelle avec garage sur un terrain sis chemin de Saint-Urbain à Joinville ;
2°) d'enjoindre au maire de Joinville de réexaminer la demande de permis de construire dans un délai de 2 mois à compter du jugement à intervenir, sous une astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Joinville une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté est entaché d'erreur de droit au regard des dispositions du b) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme, dès lors qu'ils ont obtenu la délivrance d'un certificat d'urbanisme opérationnel positif le 26 octobre 2021 mentionnant expressément que leur terrain est desservi en capacité suffisante par le réseau d'eau potable et dépourvu de toute information sur le refus de principe de la commune de participer aux frais d'extension des réseaux ;
- l'arrêté méconnait les dispositions des articles L.111-11 et L.332-15 du code de l'urbanisme ;
- la demande de substitution de motif de la commune de Joinville n'est pas fondée.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 18 avril 2023 et 24 mai 2024, la commune de Joinville, représentée par Me Corneloup, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de M. et Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés ;
- l'arrêté en litige peut être fondé sur un autre motif tiré de ce que le projet des requérants méconnaît les dispositions de l'article UC 6 du règlement du plan local d'urbanisme de Joinville dès lors que la façade de la construction qui donne sur la voie publique ne doit pas être située à moins de 4 mètres ni à plus de 15 mètres de l'alignement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Torrente, premier conseiller,
- les conclusions de M. Maleyre, rapporteur public,
- et les observations de Me Thomas, avocat de M. et Mme B, ainsi que celles de Me Metz, substituant Me Corneloup, pour la commune de Joinville.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme B ont déposé le 21 mars 2022 une demande de permis de construire en vue de la réalisation d'une maison à usage d'habitation située sur le territoire de la commune de Joinville, sur une parcelle cadastrée ZK 60 dont ils ont acquis la propriété le 26 novembre 2021. Par un arrêté du 17 mai 2022, le maire de Joinville a refusé, au nom de la commune, de délivrer le permis de construire sollicité. M. et Mme B demandent au tribunal l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés () ". De plus, aux termes de l'article L.332-15 du même code : " : L'autorité qui délivre l'autorisation de construire, d'aménager ou de lotir exige, en tant que de besoin, du bénéficiaire de celle-ci la réalisation et le financement de tous travaux nécessaires à la viabilité et à l'équipement de la construction, du terrain aménagé ou du lotissement, notamment en ce qui concerne la voirie, l'alimentation en eau, gaz et électricité, les réseaux de télécommunication, l'évacuation et le traitement des eaux et matières usées, l'éclairage, les aires de stationnement, les espaces collectifs, les aires de jeux et les espaces plantés (). L''autorisation peut également, avec l'accord du demandeur et dans les conditions définies par l'autorité organisatrice du service public de l'eau ou de l'électricité, prévoir un raccordement aux réseaux d'eau ou d'électricité empruntant, en tout ou partie, des voies ou emprises publiques, sous réserve que ce raccordement n'excède pas cent mètres et que les réseaux correspondants, dimensionnés pour correspondre exclusivement aux besoins du projet, ne soient pas destinés à desservir d'autres constructions existantes ou futures. () ".
3. Les dispositions susmentionnées poursuivent notamment le but d'intérêt général d'éviter à la collectivité publique ou au concessionnaire d'être contraints, par le seul effet d'une initiative privée, de réaliser des travaux d'extension ou de renforcement des réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou d'électricité et de garantir leur cohérence et leur bon fonctionnement, en prenant en compte les perspectives d'urbanisation et de développement de la collectivité. Il en résulte qu'une autorisation d'urbanisme doit être refusée lorsque, d'une part, des travaux d'extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et, d'autre part, l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation.
4. Une modification de la consistance d'un des réseaux publics que ces dispositions mentionnent, notamment du réseau public de distribution d'eau, ne peut être réalisée sans l'accord de l'autorité administrative compétente. Pour le réseau public de distribution d'eau, une telle modification peut notamment consister en l'installation d'une canalisation d'une longueur importante traversant des terrains autres que celui du pétitionnaire. L'autorité compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité pour un projet qui exige une modification de la consistance d'un réseau public qui, compte tenu de ses perspectives d'urbanisation et de développement, ne correspond pas aux besoins de la collectivité, ou lorsque des travaux de modification du réseau ont été réalisés sans son accord.
5. Il résulte des termes de l'arrêté attaqué que, pour rejeter la demande de permis de construire de M. et Mme B, le maire de Joinville a estimé, d'une part, que le terrain d'assiette du projet était situé à 309 mètres du compteur permettant son raccordement au réseau public de sorte que les frais de raccordement à ce réseau ne pouvaient être mis à leur charge en application de l'article L. 332-15 du code de l'urbanisme et, d'autre part, qu'il n'était pas en mesure d'indiquer sous quel délai et par quel concessionnaire de service public ou par quelle collectivité publique ces travaux pourraient être réalisés.
6. Pour contester cette appréciation, les requérants se prévalent de ce que le certificat d'urbanisme qui leur a été délivré le 26 octobre 2021 indique que leur terrain est desservi en capacité suffisante par le réseau de distribution d'eau potable. Ils soutiennent également que les constructions voisines sont branchées à ce réseau public qui passe nécessairement à proximité de leur parcelle. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment des avis émis les 27 avril 2022 et 13 mai 2022 par Véolia, que le terrain d'assiette du projet n'est pas raccordé au réseau de distribution d'eau potable et que sa desserte peut être réalisée par un branchement au compteur d'alimentation en eau potable (AEP) situé à l'angle de l'impasse des champs et du chemin de Saint-Urbain, à 309 m de la propriété des requérants. Il ressort également de ces avis que les constructions immédiatement voisines de la parcelle du terrain d'assiette du projet, édifiées entre 1976 et 1986 selon les allégations non contredites de la commune, sont toutes branchées à ce compteur. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le réseau public d'eau potable ait été prolongé jusqu'à ces dernières ni qu'un simple branchement sur les canalisations assurant le raccordement des constructions voisines puisse être réalisé. Ainsi, les travaux à accomplir pour assurer le raccordement de la propriété des intéressés au réseau public d'adduction d'eau potable de la commune de Joinville doivent être regardés comme des travaux d'extension ou de renforcement du réseau, lesquels ne peuvent être mis à la charge des constructeurs en application des articles L. 332-6 et L. 332-15 du code de l'urbanisme. En outre, il est constant que par une délibération du 26 août 2019, le conseil municipal de Joinville a décidé d'exonérer la commune de toute participation au financement des extensions de réseaux. Il s'ensuit que le maire de Joinville n'était pas en mesure, à la date de l'arrêté attaqué, de déterminer dans quel délai ni par quel concessionnaire de service public ces travaux pourraient être réalisés. Dans ces conditions, M. et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté contesté a été pris en méconnaissance des dispositions des articles L. 111-1, L. 332-6 et L. 332-15 du code de l'urbanisme.
7. En second lieu, aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : / a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; / b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus. / Lorsqu'une demande d'autorisation ou une déclaration préalable est déposée dans le délai de dix-huit mois à compter de la délivrance d'un certificat d'urbanisme, les dispositions d'urbanisme, le régime des taxes et participations d'urbanisme ainsi que les limitations administratives au droit de propriété tels qu'ils existaient à la date du certificat ne peuvent être remis en cause à l'exception des dispositions qui ont pour objet la préservation de la sécurité ou de la salubrité publique. () ".
8. Il résulte de ces dispositions que le certificat d'urbanisme garantit uniquement le maintien pendant dix-huit mois des dispositions d'urbanisme qu'il mentionne.
9. Si les requérants soutiennent qu'ils ont obtenu la délivrance d'un certificat d'urbanisme opérationnel positif le 26 octobre 2021 mentionnant expressément que leur terrain est desservi en capacité suffisante par le réseau d'eau potable, cette information erronée, compte tenu de ce qui a été dit au point 6, ne faisait pas obstacle à ce que le maire de Joinville refuse l'autorisation sollicitée au regard des articles L. 111-11 et L. 332-15 du code de l'urbanisme dès lors que le projet nécessitait des travaux d'extension ou de renforcement du réseau public de distribution d'eau potable et que la commune n'était pas en mesure de déterminer sous quel délai et par quel concessionnaire de service public ou quelle collectivité de tels travaux pourraient être réalisés. Par suite, ce moyen doit être écarté. Il appartiendra, le cas échéant, à M. et Mme B, s'ils s'y croient fondés, d'engager la responsabilité de la commune de Joinville au titre des informations erronées mentionnées dans le certificat d'urbanisme qu'elle leur a délivré le 26 octobre 2021, afin de demander réparation des préjudices engendrés par de telles informations.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 17 mai 2022 par lequel le maire de Joinville a refusé de leur délivrer un permis de construire. Doivent, par voie de conséquence, être rejetées leurs conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celle présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. et Mme B la somme que la commune de Joinville demande sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Joinville sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C et Mme A B ainsi qu'à la commune de Joinville.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Briquet, président,
M. Torrente, premier conseiller,
M. Rifflard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé
V. TORRENTELe président,
Signé
B. BRIQUET
La greffière,
Signé
F. DAROUSSI DJANFAR
La République mande et ordonne à la préfète de la Haute-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2301720
01/07/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2517965
01/07/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2209847
01/07/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2302791
01/07/2026