mardi 9 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2202370 |
| Type | Décision |
| Recours | Question préjudicielle |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | GAUVIN |
Vu la procédure suivante :
Par un jugement avant-dire droit du 4 février 2022 enregistré au greffe du tribunal le 13 juillet 2022, le tribunal judiciaire de Reims a sursis à statuer sur le litige relatif à la demande de la Société mutuelle d'assurance des collectivités locales (SMACL) tendant à voir reconnaître la faute et la responsabilité délictuelle de la SA Imhoff dans le cadre des désordres affectant l'extension du complexe sportif René Tys à Reims, et a décidé de transmettre au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne la question portant sur l'engagement de la responsabilité délictuelle de la SA Imhoff.
Par des observations, enregistrées le 13 janvier 2023, la caisse d'assurance mutuelle du bâtiment et des travaux publics (CAMBTP), représentée par Me Lebon, demande au tribunal de rejeter la requête de la SMACL.
Elle fait valoir que l'expert ayant considéré que la cause du sinistre est due à l'absence de trop-plein, aucune responsabilité ne peut être retenue à l'encontre de la société Imhoff.
Par des observations, enregistrées le 26 janvier 2023, la société XL insurance company SE, venant aux droits de la société AXA Corporate solutions assurance, assureur de la société Soprema, et la société Soprema, représentées par Me Gauvin, demandent au tribunal :
1°) à titre principal, de surseoir à statuer dans l'attente de l'arrêt définitif de la cour d'appel de Reims ;
2°) à titre subsidiaire, de rejeter la demande de la SMACL ;
3°) à titre plus subsidiaire, de condamner in solidum les sociétés Thiénot-Ballan-Zulaica, Camborde, Imhoff et leurs assureurs à les garantir de toutes condamnations qui pourraient être prononcées à leur encontre ;
4°) de mettre à la charge solidaire de la société mutuelle d'assurances des collectivités locales, des sociétés Thiénot-Ballan-Zulaica, Camborde, Imhoff et leurs assureurs la somme de 5 000 euros à leur verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles font valoir que :
- eu égard à l'appel formé par la SMACL, il y a lieu de surseoir à statuer dans l'attente de l'arrêt de la cour d'appel de Reims ;
- les contrats de responsabilité décennale et de responsabilité civile générale conclus avec la société Soprema ont été résiliés le 31 décembre 2011 ;
- aucune responsabilité délictuelle ne peut être retenue à l'encontre de la société Soprema faute de démontrer un lien de causalité entre les désordres allégués et une faute de cette société.
Par des observations, enregistrées le 6 février 2023, les sociétés SMA et Imhoff, représentées par Me Pelletier, demandent au tribunal :
1°) à titre principal, de rejeter la requête de la SMACL ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner les sociétés Thiénot-Ballan-Zulaica, Camborde et Soprema et leurs assureurs à les garantir de toutes condamnations ;
3°) de mettre à la charge solidaire des parties adverses le versement de la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles font valoir que :
- la cause principale du désordre est liée à l'absence de trop-plein qui relève d'un défaut de conception générale, ce qui ne peut lui être imputable ;
- la société Imhoff a correctement décrit les conditions d'entretien de l'ouvrage et aucun défaut dans son obligation de conseil ne peut lui être reproché.
Les parties ont été informées par courrier du 1er février 2023, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions présentées par les sociétés XL insurance company SE et Soprema dans le cadre de l'instance, le tribunal étant uniquement saisi de la question préjudicielle présentée par le tribunal judiciaire de Reims.
La CAMBTP a produit des observations le 3 février 2023.
Les parties ont été informées par courrier du 10 mars 2023, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence du juge administratif pour se prononcer sur la responsabilité délictuelle de la SA Imhoff lors de la réalisation des travaux réalisés pour la ville de Reims (arrêt du Tribunal des conflits n° 3621 du 2 juin 2008).
La SMACL a produit des observations le 11 mars 2023.
Vu :
- le jugement avant-dire droit du tribunal judiciaire de Reims du 4 février 2022 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi du 24 mai 1872 relative au Tribunal des conflits ;
- le code de procédure civile ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme de Laporte, rapporteure publique,
- et les observations de Me Devarenne Odaert, représentant la SMACL, et de Me Ercole représentant la CAMBTP.
Considérant ce qui suit :
1. La ville de Reims a conclu en 2003 un marché de travaux en vue de la construction d'une extension du pôle sportif René Tys. Ces travaux ont été réceptionnés sans réserve avec effet au 16 juin 2006. La gestion de l'ouvrage a été confiée, par la ville de Reims, par convention à la REMS, établissement public industriel et commercial. A la suite de fortes pluies dans la nuit du 5 au 6 juin 2008, des infiltrations ont endommagé le hall des sports. La SMACL a indemnisé la REMS des conséquences de ces dommages à hauteur de 181 490 euros. L'assureur a sollicité auprès du tribunal judiciaire de Reims la désignation d'un expert judiciaire, qui a rendu son rapport le 29 juin 2015. Par ordonnance du 30 novembre 2016, le juge de la mise en état s'est déclaré incompétent s'agissant de la demande formée par la SMACL à l'encontre des maîtres d'œuvre, les sociétés Thiénot-Ballan-Zulaica et Camborde. Par jugement du 22 mai 2018, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté la requête de la SMACL tendant à la condamnation solidaire des sociétés Thienot-Ballan-Zulaica et Camborde. Par un jugement avant-dire droit du 4 février 2022, le tribunal judiciaire de Reims a rejeté l'action subrogatoire de la SMACL à l'encontre de la société Soprema et de son assureur XL Insurance company SE, et a ordonné la transmission d'une question préjudicielle au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne aux fins qu'il soit statué sur la responsabilité délictuelle de la SA Imhoff, chargée à l'occasion des travaux précités de la réalisation de la couverture et a, dans l'attente de la réponse du tribunal administratif, sursis à statuer.
Sur la question préjudicielle :
2. Aux termes des dispositions du deuxième alinéa de l'article 49 du code de procédure civile : " Lorsque la solution d'un litige dépend d'une question soulevant une difficulté sérieuse et relevant de la compétence de la juridiction administrative, la juridiction judiciaire initialement saisie la transmet à la juridiction administrative compétente en application du titre Ier du livre III du code de justice administrative. Elle sursoit à statuer jusqu'à la décision sur la question préjudicielle. ". Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 811-1 du code de justice administrative : " Le tribunal administratif statue () en premier et dernier ressort sur les recours sur renvoi de l'autorité judiciaire et sur les saisines de l'autorité judiciaire en application de l'article 49 du code de procédure civile. "
3. Si la juridiction administrative est tenue de se prononcer sur les questions préjudicielles qui lui sont renvoyées par l'autorité judiciaire, il est fait exception à cette règle au cas où la juridiction administrative est elle-même incompétente, soit totalement, soit seulement à titre partiel, pour connaître de la question préjudicielle soumise à son examen. Le cas échéant, il appartient au juge administratif d'interpréter la question posée dans un sens qui lui permet, dans la limite de sa compétence, d'y répondre en apportant au juge judiciaire un éclairage utile.
4. Le litige né de l'exécution d'un marché de travaux publics et opposant des participants à l'exécution de ces travaux relève de la compétence de la juridiction administrative, quel que soit le fondement juridique de l'action engagée, sauf si les parties en cause sont unies par un contrat de droit privé, réserve faite d'une action en garantie opposant les contentieux constitués en groupement.
5. En outre, dans le cadre d'un litige né de l'exécution de travaux publics, le titulaire du marché peut rechercher la responsabilité quasi-délictuelle des autres participants à la même opération de construction avec lesquels il n'est lié par aucun contrat, notamment s'ils ont commis des fautes qui ont contribué à l'inexécution de ses obligations contractuelles à l'égard du maître d'ouvrage, sans devoir se limiter à cet égard à la violation des règles de l'art ou à la méconnaissance de dispositions législatives et réglementaires. Il peut en particulier rechercher leur responsabilité du fait d'un manquement aux stipulations des contrats qu'ils ont conclus avec le maître d'ouvrage.
6. Enfin, aux termes l'article L. 2221-1 du code général des collectivités territoriales : " Les communes et les syndicats de communes peuvent exploiter directement des services d'intérêt public à caractère industriel ou commercial. Sont considérées comme industrielles ou commerciales les exploitations susceptibles d'être gérées par des entreprises privées, soit par application de la loi des 2-17 mars 1791, soit, en ce qui concerne l'exploitation des services publics communaux, en vertu des contrats de concession ou d'affermage. ". Aux termes de l'article L. 2221-10 du même code : " Les régies dotées de la personnalité morale et de l'autonomie financière, dénommées établissement public local, sont créées, et leur organisation administrative et financière déterminée, par délibération du conseil municipal. Elles sont administrées par un conseil d'administration et un directeur désignés dans les mêmes conditions sur proposition du maire. () ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'elles sont responsables d'un service public, les collectivités publiques peuvent décider d'en assurer directement la gestion. Elles peuvent, à cette fin, le gérer en simple régie, ou encore, s'il s'agit de collectivités territoriales, dans le cadre d'une régie à laquelle elles ont conféré une autonomie financière et, le cas échéant, une personnalité juridique propre. Lorsqu'elle est dotée de la personnalité morale et de l'autonomie financière, la régie a le statut juridique d'un établissement public local et peut, dans le cadre de la compétence que lui a attribuée sa collectivité de rattachement, conclure des contrats publics.
En ce qui concerne l'objet de la question préjudicielle :
7. Il résulte tant du dispositif du jugement du tribunal judiciaire de Reims du 4 février 2022 que de ses motifs, que le tribunal administratif est saisi, par question préjudicielle, aux fins de se prononcer sur " la faute et la responsabilité délictuelle de la SA Imhoff dans le cadre des travaux qu'elle a effectués pour la ville de Reims, maître de l'ouvrage, à l'occasion de l'extension du complexe René Tys ". Cette question s'inscrit dans un litige introduit devant le tribunal judiciaire, par la SMACL, agissant en qualité de subrogée dans les droits de la REMS, établissement public à caractère industriel et commercial doté, par suite, de la personnalité morale et de l'autonomie financière. Il suit de là, qu'eu égard au cadre du litige porté devant la juridiction judiciaire, la référence à la ville de Reims dans le dispositif du jugement du tribunal judiciaire de Reims ne peut être regardée que comme un élément de contexte et non comme demandant au tribunal administratif de se prononcer sur l'éventuelle responsabilité de la SA Imhoff vis-à-vis de la ville de Reims.
En ce qui concerne la compétence de la juridiction administrative pour connaitre de la question préjudicielle :
8. En premier lieu, d'une part, la question préjudicielle porte sur un litige, opposant un constructeur, titulaire d'un marché de travaux publics conclu avec la ville de Reims en sa qualité de maitre d'ouvrage et la SMACL, subrogée dans les droits de la REMS, exploitant dudit ouvrage, qui est tiers au marché précité. D'autre part, il est constant que la REMS n'était pas participant à l'opération de construction.
9. En second lieu, l'article 11 des statuts de la REMS tel que cité dans le jugement du tribunal judiciaire de Reims précise que l'établissement public entretient les bâtiments mis à disposition par la commune de Reims, et que cet entretien comprend l'entretien courant et le gros entretien à l'exclusion du clos et du couvert qui restent à la charge de la ville de Reims, y compris toute réparation et tout remplacement des ouvrants, des clôtures et des fuites de toiture. Il ne ressort d'aucune stipulation de cette convention, ni d'aucune autre convention qui aurait été conclue entre cette collectivité et la REMS, que les droits et obligations de la ville de Reims au titre de ces ouvrages auraient été transférés par cette dernière à l'établissement public.
10. Dans ces conditions, eu égard aux principes rappelés aux points 4 à 6, il n'appartient pas à la juridiction administrative de statuer sur la responsabilité délictuelle d'un participant à l'exécution du marché de construction conclu avec la ville de Reims, à l'égard de la SMACL agissant en qualité de subrogée dans les droits de la REMS, exploitante de l'ouvrage.
Sur les conclusions présentées par les sociétés XL Insurance company SE, Soprema, SMA, Imhoff et CAMBTP :
11. Il n'appartient pas au juge administratif, saisi d'une question préjudicielle, de statuer sur les conclusions susvisées.
Sur les frais liés à l'instance :
12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des parties présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : L'ordre de juridiction administrative est incompétent pour connaître de la faute et de la responsabilité délictuelle de la SA Imhoff à l'égard de la SMACL, subrogée dans les droits de la REMS, dans le cadre des travaux qu'elle a effectués pour la ville de Reims, maître de l'ouvrage, à l'occasion de l'extension du complexe René Tys.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié au tribunal judiciaire de Reims, à la société mutuelle d'assurances des collectivités locales, à la SAS Imhoff, à la SA SMA, à la société XL insurance company SE, à la société Soprema et à la caisse d'assurance mutuelle du bâtiment et des travaux publics.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Nizet, président,
Mme Stéphanie Lambing, première conseillère,
M. Clemmy Friedrich, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.
La rapporteure,
Signé
S. A
Le président,
Signé
O. NIZET
La greffière,
Signé
I. DELABORDE
Tribunal Administratif de Montpellier — N° TA34-2502339
Le Tribunal Administratif de Montpellier a rejeté les requêtes de la SA Montpellier Rugby Club visant à obtenir la décharge de la cotisation foncière des entreprises (CFE) pour les années 2022 à 2024. Le tribunal a jugé que le club disposait bien, pour les besoins de son activité professionnelle, du contrôle et de l'utilisation matérielle du stade Yves du Manoir, mis à sa disposition par la métropole via des conventions d'occupation. Cette décision s'appuie sur les dispositions des articles 1467 et 1467 A du code général des impôts définissant l'assiette de la CFE.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Montpellier — N° TA34-2506327
Le Tribunal Administratif de Montpellier a rejeté la requête d'un ressortissant marocain demandant l'annulation d'un arrêté préfectoral d'obligation de quitter le territoire français (OQTF). Le tribunal a jugé que l'absence d'information sur le recours suspensif lors de la notification était sans effet sur la légalité de l'acte, et que l'exclusion du pays de renvoi à un État de l'espace Schengen ne constituait pas une atteinte disproportionnée aux droits du requérant, qui séjournait irrégulièrement. La décision s'appuie sur les articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
08/04/2026
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Le Tribunal Administratif de Caen a rejeté la requête d'un agent du département de la Manche contestant son placement en disponibilité d'office pour raisons de santé. Le tribunal a jugé que la procédure était régulière, notamment en écartant l'exception de non-lieu à statuer soulevée par l'administration malgré l'admission ultérieure de l'agent à la retraite pour invalidité. La décision s'appuie sur les dispositions du code général de la fonction publique relatives aux congés de maladie et à la disponibilité d'office (articles L. 822-1, L. 514-4 et L. 826-1).
08/04/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2400190
Le Tribunal Administratif de Caen, statuant sur deux requêtes en excès de pouvoir, a rejeté la demande d'annulation de deux titres de perception émis contre une enseignante contractuelle pour recouvrer des indus de rémunération. Le tribunal a jugé que les titres étaient réguliers en la forme et que la créance n'était pas prescrite, notamment au regard des dispositions de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000. Il a également estimé que le versement d'un demi-traitement pendant l'instruction d'une demande de retraite pour invalidité ne constituait pas un droit acquis.
08/04/2026