jeudi 16 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2300445 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - Eloignement |
| Avocat requérant | GABON |
Vu la procédure suivante :
D une requête et des pièces complémentaires, enregistrés le 28 février 2023 et le 3 mars 2023, M. B A, représenté D Me Gabon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 janvier 2023 D lequel la préfète de la région Grand Est a décidé de son transfert aux autorités croates en vue de l'examen de sa demande d'asile ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la région Grand Est de se déclarer compétente pour l'examen de sa demande d'asile et l'admettre au séjour en France pendant l'examen de sa demande d'asile, dès la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros D jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la signataire de l'arrêté attaqué n'avait été régulièrement déléguée pour ce faire ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- la Croatie a excédé le délai de quinze jours imposé D l'article 25 du règlement 604/2013 dans l'hypothèse où la demande de reprise en charge est fondée sur les données obtenues D le système Eurodac ;
- l'arrêté attaqué a été pris au terme d'une procédure irrégulière, en ce que la brochure d'information ne lui a pas été remise dans une langue qu'il comprend et n'a pas reçu les informations selon une autre modalité, en méconnaissance de l'article 4 de ce règlement ;
- il est également entaché d'irrégularité procédurale, en ce que l'entretien prévu à l'article 5 de ce règlement n'a pas été conduit D un personne qualifiée, qu'il n'a pas été assisté d'un interprète qualifié et n'a pas eu accès au résumé de cet entretien ;
- l'arrêté méconnaît l'article 13 du règlement 604/2013, dès lors qu'il n'a pas franchi une frontière extérieure de l'Union européenne D la Croatie moins de douze mois avant ;
- il méconnaît l'article 19 de ce règlement, dès lors que la responsabilité de la Croatie a en tout état de cause cessé en raison de l'édiction d'une mesure d'éloignement qu'il a exécutée ;
- il est entaché d'une erreur de droit, en ce qu'il ne procède pas d'un examen complet de sa situation ;
- il méconnaît l'article 17 du règlement 604/2013, eu égard aux risques de traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qu'il encourrait en Croatie et à la défaillance systémique de cet Etat membre dans le traitement de ses demandes d'asile ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît l'article 3 de cette convention ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
D un mémoire en défense, enregistrés le 14 mars 2023, la préfète de la région Grand Est conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés D M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C en application de l'article L. 572-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les observations de Me Gabon, représentant M. A, présent et assisté d'un interprète en langue dari, qui persiste dans ses conclusions et moyens et soutient en outre que la langue dans laquelle, d'une part, la brochure a été portée à sa connaissance, alors qu'il est analphabète, et, d'autre part, l'entretien a été conduit, n'est pas le dari, seule langue qu'il comprend.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant afghan, a sollicité le 10 octobre 2022 la reconnaissance de son statut de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire. La consultation du fichier Eurodac ayant révélé que l'intéressé avait franchi irrégulièrement la frontière croate dans les douze mois précédant le dépôt de sa demande, la préfète de la région Grand Est a saisi les autorités croates d'une demande de prise en charge. Ces dernières y ayant répondu favorablement D une décision du 26 décembre 2022, la préfète de la région Grand Est a alors décidé du transfert de M. A vers cet Etat, D un arrêté du 18 janvier 2023, dont ce dernier demande l'annulation.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit D le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit D la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. D'une part, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres D un ressortissant de pays tiers ou un apatride : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre () b) des critères de détermination de l'État membre responsable () c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 () d) de la possibilité de contester une décision de transfert () e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant () 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données D écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. (). ". Il résulte de ces stipulations que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tous les cas, avant la décision D laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, D écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature desdites informations, la remise D l'autorité administrative de la brochure prévue D les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.
5. D'autre part, aux termes de l'article 5 de ce règlement : " Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () . 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené D une personne qualifiée en vertu du droit national. 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies D le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé. ".
6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que lors du dépôt de sa demande d'asile, M. A s'est vu remettre la brochure A intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'UE - quel pays sera responsable de ma demande d'asile ' " et la brochure B intitulée " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ". Le requérant étant analphabète, ce dont il a avisé l'administration ainsi qu'il ressort des mentions en ce sens portées D l'agent de la préfecture sur les pages de garde de ces brochures, une lecture lui aurait été faite de ces documents D l'intermédiaire d'un interprète en langue pachto. M. A soutient toutefois qu'il ne comprend pas le pachto. Il ressort à cet égard de la fiche de synthèse des éléments relatifs à sa demande d'asile, établie D l'administration, que la langue qu'il a déclaré comprendre est le dari, de sorte qu'il n'est pas établi que l'information sur ses droits a été remise à M. A dans une langue qu'il comprend, sans que la circonstance que l'intéressé, qui est analphabète, ait apposé sur ces brochures un signe qui peut être regardé comme une signature soit de nature à infirmer cette analyse.
7. D'autre part, il ressort également du compte-rendu d'entretien qui s'est tenu le 10 octobre 2022 à la préfecture du Val-de-Marne que celui-ci s'est déroulé avec l'assistance d'un interprète en langue pachto, que M. A déclare ne pas comprendre, ce que ne saurait infirmer l'apposition D l'intéressé d'un signe sur le compte-rendu de l'entretien dont les mentions manuscrites ont été manifestement renseignées D l'agent de l'administration, alors D ailleurs que le contenu laconique de cet entretien ne permet pas d'établir que M. A a été capable de communiquer en pachto.
8. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est intervenu au terme d'une procédure irrégulière qui l'a privé des garanties prévues D les dispositions des articles 4 et 5 du règlement du 26 juin 2013. Il y a lieu, D suite, de l'annuler, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
9. Le présent jugement implique seulement, eu égard au motif d'annulation retenu, que l'administration réexamine la situation de M. A. Il y a lieu, D suite, de lui enjoindre de procéder à ce réexamen dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Gabon, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Gabon de la somme de 1 200 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A D le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à ce dernier.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté de la préfète de la région Grand Est du 18 janvier 2023 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète de la région Grand Est de réexaminer la situation de M. A.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Gabon renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Gabon, avocate de M. A, une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A D le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à M. A.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A, à la préfète de la région Grand Est et à Me Aurélie Gabon.
Rendu public D mise à disposition au greffe le 16 mars 2023
La magistrate désignée,
Signé
A.-C. C
La greffière,
Signé
S. VICENTE
Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — N° TA51-2600864
Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a été saisi de trois requêtes en excès de pouvoir visant des arrêtés préfectoraux ordonnant le transfert vers la Suède et l'assignation à résidence de demandeurs d'asile. La juridiction a rejeté les demandes d'annulation, considérant que les moyens soulevés, notamment sur la motivation, le respect des droits de la défense et l'application du règlement Dublin III (UE n°604/2013), n'étaient pas fondés. Les décisions attaquées ont ainsi été jugées régulières au regard du droit des étrangers et du droit d'asile.
03/04/2026
Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — N° TA51-2600876
Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a annulé la décision du directeur territorial de l'OFII refusant les conditions matérielles d’accueil à l’enfant mineure. Le juge a retenu que l’autorité avait méconnu les exigences procédurales, notamment l’obligation de motivation et la prise en compte de la vulnérabilité de la famille, prescrites par les articles L. 551-15 et L. 522-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. La requérante a également été admise à titre provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle en raison de l’urgence de sa situation.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — N° TA51-2600899
Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté la requête de M. B... visant à annuler l'arrêté préfectoral prolongeant son assignation à résidence. Le tribunal a jugé que le défaut d'interprète lors de la notification, invoqué au titre de l'article L. 141-3 du CESEDA, était inopérant car il n'affecte pas la légalité de la décision. Il a également estimé que la condition de perspectives raisonnables d'éloignement, prévue à l'article L. 731-1 du CESEDA, était satisfaite au vu des démarches engagées par l'administration.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — N° TA51-2600833
Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté la requête de M. A... visant à annuler le refus des conditions matérielles d’accueil (CMA) notifié par l’OFII. Le juge a estimé que la décision, fondée sur l’article L. 551-15 du CESEDA pour un dépôt de demande d’asile hors du délai de 90 jours, était correctement motivée et avait pris en compte la situation du requérant. Les moyens soulevés, notamment sur l’examen de la vulnérabilité et la formation de l’agent, n’ont pas été retenus.
01/04/2026