mardi 13 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2301216 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - Eloignement |
| Avocat requérant | GABON |
Vu la procédure suivante :
I/ Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées sous le numéro 2301216 le 3 juin 2023 et le 6 juin 2023, M. B A, représenté par Me Gabon, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 1er juin 2023 par lequel le préfet de la Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler sans délai ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros, à verser à son conseil, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente pour le signer et le notifier ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de retour sur le territoire français sont insuffisamment motivées ;
- il n'a pas été procédé à un examen particulier de sa situation ;
- il n'a pas été mis à même d'être entendu et de présenter des observations assisté d'un interprète en méconnaissance de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et des articles L. 141-2 et L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il n'a pas bénéficié des informations prévues aux articles L. 613-3 à L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les décisions du juge de l'asile ne lui ont pas été notifiées en méconnaissance de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; les décisions du juge de l'asile et la décision portant obligation de quitter le territoire français ne lui ont pas été notifiées avec le concours d'un interprète alors qu'il ne sait ni lire ni écrire le français ;
- il peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour à raison de sa vie privée et familiale en application des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'erreurs de fait ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet de la Marne n'établit pas qu'il serait admissible dans un autre pays.
Le préfet de la Marne a produit une pièce enregistrée le 5 juin 2023.
II/ Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées sous le numéro 2301217 les 3 et 6 juin 2023, M. B A, représenté par Me Gabon, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 1er juin 2023 par lequel le préfet de la Marne a ordonné son assignation à résidence dans le département de la Marne pour une durée de 45 jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros, à verser à son conseil, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il n'a pas été procédé à un examen particulier de sa situation ;
- il n'a pas été mis à même d'être entendu et de présenter des observations en méconnaissance de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il n'a pas été informé de ses droits et accompagné d'une personne de son choix ainsi que d'un interprète en méconnaissance de l'article R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la mesure d'éloignement est suspendue eu égard au recours pendant contre cette décision ;
- il porte atteinte à son droit au recours effectif ;
- il contrevient à sa liberté d'aller et venir ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne peut se rendre chaque jour au commissariat en raison de son impécuniosité.
Le préfet de la Marne a produit une pièce, enregistrée le 5 juin 2023.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Mach pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Mach, magistrate désignée,
- les observations de Me Gabon, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens,
- et les observations de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes enregistrées sous les n° 2301216 et 2301217 concernent le même requérant, présentent à juger des questions communes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.
2. Par un arrêté du 15 avril 2019, le préfet de la Marne a fait obligation à M. A, ressortissant albanais né en 1997, de quitter le territoire français sans délai. Par deux arrêtés en date du 1er juin 2023 du préfet de la Marne, M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai ainsi que d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et a été assigné à résidence dans le département de la Marne pour une durée de quarante-cinq jours. M. A demande au tribunal l'annulation des deux arrêtés du 1er juin 2023 du préfet de la Marne.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
4. M. A, qui est déjà représenté par un avocat, a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué. Il y a lieu, compte tenu de l'urgence, de prononcer l'admission de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
5. Il résulte des dispositions de l'article L. 743-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais repris à l'article L. 541-1 du même code que le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la notification de la décision de l'office. Aux termes de l'article L. 542-1 de ce code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. () ".
6. Il ressort des mentions de l'arrêté litigieux que M. A a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile et que sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 22 février 2019. Il ne ressort pas des pièces du dossier, en l'absence notamment d'élément produit en ce sens par le préfet de la Marne en défense, que la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 22 février 2019 aurait été notifiée à M. A ou que ce dernier entrerait dans un cas où le droit de se maintenir sur le territoire français a pris fin. Par suite, le requérant est fondé à soutenir qu'il bénéficiait d'un droit de se maintenir sur le territoire français, faisant obstacle à ce que le préfet de la Marne prononce une obligation de quitter le territoire français à son encontre.
7. L'illégalité de la décision du 1er juin 2023 portant obligation de quitter le territoire français entraîne par voie de conséquence l'illégalité des décisions du même jour refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination, prononçant une interdiction de retour sur le territoire français et ordonnant son assignation à résidence pour une durée de 45 jours.
8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation des arrêtés du préfet de la Marne du 1er juin 2023.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
9. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".
10. Le présent jugement, qui annule la décision portant obligation de quitter le territoire français n'implique pas nécessairement qu'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " soit délivré à M. A. En revanche, il implique nécessairement que le préfet de la Marne réexamine la situation de M. A et lui délivre une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Marne d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Gabon, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Gabon de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. A.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Les arrêtés du préfet de la Marne du 1er juin 2023 sont annulés.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Marne de réexaminer la situation de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Gabon renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Gabon, avocate de M. A, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. A.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Aurélie Gabon et au préfet de la Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.
La magistrate désignée,
A.-S. MACH
Le greffier,
A. PICOT
Nos 2301216, 2301217
Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — N° TA51-2600864
Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a été saisi de trois requêtes en excès de pouvoir visant des arrêtés préfectoraux ordonnant le transfert vers la Suède et l'assignation à résidence de demandeurs d'asile. La juridiction a rejeté les demandes d'annulation, considérant que les moyens soulevés, notamment sur la motivation, le respect des droits de la défense et l'application du règlement Dublin III (UE n°604/2013), n'étaient pas fondés. Les décisions attaquées ont ainsi été jugées régulières au regard du droit des étrangers et du droit d'asile.
03/04/2026
Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — N° TA51-2600876
Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a annulé la décision du directeur territorial de l'OFII refusant les conditions matérielles d’accueil à l’enfant mineure. Le juge a retenu que l’autorité avait méconnu les exigences procédurales, notamment l’obligation de motivation et la prise en compte de la vulnérabilité de la famille, prescrites par les articles L. 551-15 et L. 522-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. La requérante a également été admise à titre provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle en raison de l’urgence de sa situation.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — N° TA51-2600899
Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté la requête de M. B... visant à annuler l'arrêté préfectoral prolongeant son assignation à résidence. Le tribunal a jugé que le défaut d'interprète lors de la notification, invoqué au titre de l'article L. 141-3 du CESEDA, était inopérant car il n'affecte pas la légalité de la décision. Il a également estimé que la condition de perspectives raisonnables d'éloignement, prévue à l'article L. 731-1 du CESEDA, était satisfaite au vu des démarches engagées par l'administration.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — N° TA51-2600833
Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté la requête de M. A... visant à annuler le refus des conditions matérielles d’accueil (CMA) notifié par l’OFII. Le juge a estimé que la décision, fondée sur l’article L. 551-15 du CESEDA pour un dépôt de demande d’asile hors du délai de 90 jours, était correctement motivée et avait pris en compte la situation du requérant. Les moyens soulevés, notamment sur l’examen de la vulnérabilité et la formation de l’agent, n’ont pas été retenus.
01/04/2026