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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2301332

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2301332

jeudi 20 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2301332
TypeDécision
Formation1ère chambre
Avocat requérantWAGNER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 juin 2023 et 1er mars 2024, la société à responsabilité limitée (SARL) Brooks valorisation, représentée par Me Wagner, demande au tribunal :

1°) de prononcer la majoration de son déficit reportable en matière d'impôt sur les sociétés au titre de son exercice social clos en 2019, de sorte que ce déficit passe de 283 743 euros à 287 709 euros, et de celui clos en 2020, de sorte que ce déficit passe de 435 037 euros à 472 567 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- son absence de déduction en charges des intérêts qu'elle devait à la société GBMA au titre des années 2019 à 2021 procède d'une erreur comptable involontaire qu'elle est en droit de rectifier, l'administration n'étant quant à elle pas fondée à retenir à cet égard qu'il s'agirait d'une décision de gestion irrégulière ;

- l'administration n'est pas fondée à se prévaloir dans ses écritures en défense de l'existence d'un acte anormal de gestion.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 décembre 2023, le directeur départemental des finances publiques de la Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société Brooks valorisation ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que la société Brooks valorisation ne pouvait pas, au regard de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales, demander par voie de réclamation contentieuse la rectification d'erreurs qu'elle aurait elle-même commises dans le montant de ses résultats déficitaires déclarés, et que, par suite, ses conclusions tendant à cette correction de ses déficits déclarés sont irrecevables.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rifflard, conseiller,

- et les conclusions de M. Maleyre, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée GBMA a fait l'objet d'un contrôle sur pièces de ses déclarations de résultat imposable à l'impôt sur les sociétés portant sur les exercices clos en 2019, 2020 et 2021. Dans le cadre de ce contrôle, le service lui a proposé des rectifications portant sur la réintégration dans son résultat imposable de produits d'intérêts liés à une avance de trésorerie consentie à la société Brooks valorisation. La société GBMA a fait l'objet d'une procédure de régularisation au titre de ces rectifications, qui a donné lieu à une déclaration complémentaire de régularisation au titre de l'impôt sur les sociétés des exercices clos en 2019, en 2020 et en 2021. La société Brooks valorisation a introduit le 28 décembre 2022 une demande auprès de l'administration fiscale pour obtenir la correction de ses déficits déclarés à l'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2019 et en 2020, correspondant à la correction de ses déclarations de résultat afin de tenir compte de la déduction en charges des mêmes montants d'intérêts que ceux réintégrés dans les résultats de la société GBMA. Selon cette demande, ses déficits fiscaux devraient ainsi passer de 283 743 euros à 287 709 euros au titre de l'exercice clos en 2019, et de 435 037 euros à 472 567 euros au titre de l'exercice clos en 2020. Par une décision du 17 avril 2023, l'administration a refusé de faire droit à cette demande. La société Brooks valorisation demande au tribunal de prononcer cette même correction de ces déficits fiscaux.

2. Aux termes de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales : " Les réclamations relatives aux impôts, contributions, droits, taxes, redevances, soultes et pénalités de toute nature, établis ou recouvrés par les agents de l'administration, relèvent de la juridiction contentieuse lorsqu'elles tendent à obtenir soit la réparation d'erreurs commises dans l'assiette ou le calcul des impositions, soit le bénéfice d'un droit résultant d'une disposition législative ou réglementaire. / Relèvent de la même juridiction les réclamations qui tendent à obtenir la réparation d'erreurs commises par l'administration dans la détermination d'un résultat déficitaire ou d'un excédent de taxe sur la valeur ajoutée déductible sur la taxe sur la valeur ajoutée collectée au titre d'une période donnée, même lorsque ces erreurs n'entraînent pas la mise en recouvrement d'une imposition supplémentaire. Les réclamations peuvent être présentées à compter de la réception de la réponse aux observations du contribuable mentionnée à l'article L. 57, ou à compter d'un délai de 30 jours après la notification prévue à l'article L. 76 ou, en cas de saisine de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires compétente, à compter de la notification de l'avis rendu par cette commission. () ".

3. Si le deuxième alinéa de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales permet qu'un contribuable puisse demander, par voie de réclamation relevant de la juridiction contentieuse, la rectification d'une erreur commise par l'administration dans la détermination de son résultat déficitaire, ni ses dispositions, ni aucune autre, ne lui permettent en revanche de demander par voie de réclamation contentieuse, postérieurement à la date limite fixée pour la déclaration de ses résultats, la rectification d'une erreur qu'il aurait lui-même commise dans le montant du déficit fiscal qu'il a déclaré. Par suite, en cas de rejet par l'administration d'une telle demande de rectification de l'erreur commise par le contribuable dans le montant du déficit qu'il a déclaré, l'intéressé ne peut pas porter cette décision devant le tribunal administratif pour demander que celui-ci prononce la majoration de ce déficit.

4. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la société Brooks valorisation ne pouvait pas demander par voie de réclamation relevant de la juridiction contentieuse, postérieurement à la date limite fixée pour la déclaration de ses résultats des exercices clos en 2019 et en 2020, la rectification d'erreurs qu'elle aurait elle-même commises dans le montant de ces résultats qu'elle avait déclarés et au titre desquels elle n'avait acquitté aucune imposition, ses réclamations tendant en effet à voir reconnaître par l'administration l'existence de montants de déficit fiscal supérieurs à ceux déclarés. Par suite, la demande de la société Brooks valorisation tendant à ce que le tribunal prononce la modification des montants de ses déficits déclarés n'a pas la nature d'une réclamation contentieuse au sens des dispositions précitées de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales. Les conclusions ayant le même objet et faisant suite à la décision de rejet de cette demande, présentées auprès du tribunal, sont par suite irrecevables.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de la société Brooks valorisation est irrecevable, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Brooks valorisation est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Brooks valorisation et au directeur départemental des finances publiques de la Marne.

Délibéré après l'audience du 27 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Briquet, président,

M. Torrente, premier conseiller,

M. Rifflard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2025.

Le rapporteur,

Signé

R. RIFFLARDLe président,

Signé

B. BRIQUET

La greffière,

Signé

F. DAROUSSI DJANFAR

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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