mercredi 18 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2302350 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - Eloignement |
| Avocat requérant | GABON |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 12 octobre 2023 sous le n° 2302350, M. A B, représenté par Me Gabon, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 10 octobre 2023 par lequel le préfet de la Marne l'a assigné à résidence dans le département de la Marne pour une durée de 45 jours ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros à verser à Me Gabon en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- il est insuffisamment motivé ;
- le préfet n'a pas procédé à l'examen particulier de sa situation personnelle ;
- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il a été adopté en méconnaissance de l'article R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il ne pouvait faire l'objet d'une mesure d'assignation à résidence, ne répondant à aucun des cas de figure de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté en litige porte atteinte à sa liberté d'aller et venir et il est entaché d'erreur d'appréciation ;
Le préfet de la Marne a produit des pièces le 17 octobre 2023, qui ont été communiquées.
II. Par une requête enregistrée le 12 octobre 2023 sous le n° 2302351, M. A B, représenté par Me Gabon, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 10 octobre 2023 par lequel le préfet de la Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de cent euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, le munir d'une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros à verser à Me Gabon en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- il est insuffisamment motivé ;
- le préfet n'a pas procédé à l'examen particulier de sa situation personnelle ;
- l'arrêté en litige a été pris en méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- en l'absence d'interprète dûment qualifié au moment de la notification, la décision attaquée méconnaît les articles L. 141-2 à L. 141-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les articles R. 141-1 et R. 141-2 du même code ;
- l'arrêté en litige est entaché d'un vice de procédure en l'absence de délivrance des informations relatives à l'exécution d'office de la décision, en violation des articles L. 613-3, L.613-4 et L.613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il bénéficiait encore du droit de se maintenir sur le territoire français au titre de sa demande d'asile à la date de l'adoption de l'arrêté contesté ;
- il répondait aux conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision lui refusant un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle a des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle a des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle.
Le préfet de la Marne a produit des pièces le 17 octobre 2023, qui ont été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Maleyre, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Maleyre,
- et les observations de Me Gabon pour le compte de M. B et celles propres du requérant.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant nigérian né le 28 mars 1991, est entré irrégulièrement en France le 12 mai 2018 afin d'y solliciter la reconnaissance de la qualité de réfugié. Sa demande a été rejetée tant par l'Office de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) que par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) les 28 février et 7 juillet 2020. L'intéressé a été pris en charge par les services de police du commissariat de Reims aux fins de vérification de son droit au séjour le 10 octobre 2023. A l'issue de sa retenue administrative, le préfet de la Marne, par deux arrêts du même jour, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de six mois et a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte et, d'autre part, l'a assigné à résidence dans le département de la Marne pour une période de 45 jours. Par les deux requêtes susvisées, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un même jugement, M. B demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.
Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide
juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.
Sur la requête n° 2302351 :
En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'arrêté contesté dans son ensemble :
4. Par un arrêté DS 2023-082 du 18 septembre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, diffusé sur le site internet de la préfecture, et donc accessible tant pour le juge que pour les parties, le préfet de la Marne a donné délégation à M. C D, sous-préfet de l'arrondissement de Reims, à l'effet notamment de signer les décisions relatives à l'éloignement des ressortissants étrangers en cas d'absence ou d'empêchement du secrétaire général de la préfecture, qui bénéficie d'une délégation du préfet du même jour et publiée dans les mêmes conditions. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le secrétaire général n'aurait pas été absent ou empêché au moment de l'adoption de l'arrêté en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte ne peut qu'être écarté.
5. L'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B, ainsi que les éléments sur lesquels le préfet de la Marne s'est fondé pour prendre à son encontre une mesure d'éloignement ainsi que les décisions subséquentes. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par ailleurs, il ne ressort pas des termes de cet arrêté, ni des autres pièces du dossier, que le préfet de la Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de la décision litigieuse et du défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressé doivent être écartés.
6. Aux termes de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire () ".
7. Les conditions de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur la légalité de l'acte attaqué et affectent uniquement les voies et délais de recours contentieux. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision contestée n'aurait pas été notifiée au requérant dans une langue qu'il comprend et avec l'assistance d'un interprète doit être écarté comme inopérant.
8. Pour le même motif, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 613-3, L. 613-4 et L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquels sont relatifs aux conditions de notification d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ou d'interdiction de retour, ne peut qu'être écarté comme inopérant dès lors que les conditions de notification d'une décision administrative sont par elles-mêmes sans incidence sur sa légalité.
9. Le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou sur la décision l'assignant à résidence dans l'attente de l'exécution de la mesure d'éloignement, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.
10. Il ressort des pièces du dossier, notamment de celles produites en défense, que M. B a été entendu par les services de police, préalablement à l'adoption de l'arrêté contesté. Au cours de cette audition, l'intéressé a notamment été interrogé sur son identité, sa nationalité, ses conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français. M. B a apporté des réponses précises et circonstanciées. Il n'établit ni même n'allègue qu'il aurait disposé d'autres informations tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit pris, à son encontre, l'arrêté contesté et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction d'une telle mesure. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué a été édicté en méconnaissance de son droit d'être entendu.
11. Aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / () b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article () ". Aux termes de son article L. 531-32 : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : / () 3° En cas de demande de réexamen lorsque, à l'issue d'un examen préliminaire effectué selon la procédure définie à l'article L. 531-42, il apparaît que cette demande ne répond pas aux conditions prévues au même article ". Aux termes de son article L. 531-41 : " Constitue une demande de réexamen une demande d'asile présentée après qu'une décision définitive a été prise sur une demande antérieure () ". L'article L. 611-1 de ce code dispose : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".
12. M. B soutient qu'il ne pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement dans la mesure où il a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile enregistrée le 30 avril 2021 auprès de l'OFPRA. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment de celles produites en défense, que sa demande a été rejetée pour irrecevabilité le 7 mai 2021. Il ne bénéficiait donc plus du droit de se maintenir en France à cette date en vertu des dispositions précitées. Dans ces conditions, M. B pouvait légalement faire l'objet d'une mesure d'éloignement sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
13. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B est célibataire et sans enfant. Aucun membre de sa famille ne réside en France et il ne produit aucun élément permettant d'établir qu'il aurait tissé des liens personnels en France. En outre, s'il se prévaut d'un problème de santé au cœur, il ne produit aucun élément à l'appui de ses affirmations. Dans ces conditions, et en dépit de sa durée de séjour en France depuis le 12 mai 2018 et de ce qu'il n'aurait plus de famille dans son pays d'origine, le requérant ne répondait pas aux conditions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir délivrer un titre de séjour sur ce fondement. D'autre part, compte tenu de ce que la méconnaissance des dispositions de l'article L.435-1 du même code, qui ne prévoient pas la délivrance de plein droit d'un titre de séjour aux étrangers qui en remplissent les conditions, ne peut être utilement invoquée à l'encontre d'une obligation de quitter le territoire français, M. B pouvait légalement faire l'objet d'une telle mesure.
En ce qui concerne le moyen dirigé contre la décision refusant un délai de départ volontaire :
14. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ". M. B a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 30 juillet 2021 à laquelle il n'a pas déféré. Le préfet pouvait donc refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
15. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, laquelle n'implique pas, par elle-même, le retour de l'intéressé dans son pays d'origine.
16. Eu égard à ce qui a été dit au point 13, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :
17. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
18. M. B soutient à la barre qu'il ne peut retourner dans son pays d'origine en raison des menaces que font peser sur lui des individus qui travaillent pour le gouvernement. Toutefois, ces affirmations ne sont étayées par aucune pièce de nature à établir la réalité des risques personnels, directs et actuels qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine. En outre, sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée à trois reprises par l'OFPRA et la CNDA. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.
19. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Marne aurait entaché la décision en litige d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.
20. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Marne du 10 octobre 2023 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois et fixant le pays de destination.
Sur la requête n° 2302350 :
21. Eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français soulevé au cours de l'audience à l'encontre de l'assignation à résidence ne peut qu'être écarté.
22. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté, eu égard à ce qui a été dit au point 4 du présent jugement.
23. La décision assignant à résidence M. B vise notamment le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier les dispositions du 1° de l'article L. 731-1 sur le fondement desquelles la mesure contestée a été prise. En outre, cette décision mentionne que le requérant fait l'objet d'une mesure d'éloignement et expose les motifs pour lesquels il est assigné à résidence ainsi que les modalités de l'exécution de celle-ci. Dès lors, cette décision, qui n'avait pas à reprendre l'ensemble des éléments propres à la situation de M. B, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, elle est suffisamment motivée.
24. Si les dispositions de l'article R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoient la remise à l'étranger auquel est notifiée une assignation à résidence lors de sa première présentation aux services de police ou de gendarmerie d'un formulaire l'informant de ses droits, cette obligation, à supposer qu'elle ait été méconnue, est postérieure à l'intervention de la décision attaquée, et, par suite, sans influence sur sa légalité.
25. Il ressort de l'ensemble des dispositions des livres VI et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions par lesquelles l'autorité administrative assigne à résidence un ressortissant étranger. Dès lors, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixe les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code, ne peut être utilement invoqué par la requérante.
26. Compte tenu de ce qui a été dit au point 10, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, soulevé à l'encontre de l'arrêté d'assignation à résidence pris concomitamment à la mesure d'éloignement, doit être écarté.
27. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que le préfet de la Marne a examiné les éléments de la situation personnelle de M. B, contrairement à ce qu'il soutient.
28. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Aux termes de l'article L. 733-1 du même code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie () ". Aux termes de son article L. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1 () définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés () ".
29. D'une part, les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative en vertu de l'article L. 733-1 précité, doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent. Les modalités d'application de l'obligation de présentation sont soumises au contrôle du juge de l'excès de pouvoir, qui, saisi d'un moyen en ce sens, vérifie notamment qu'elles ne sont pas entachées d'erreur d'appréciation. D'autre part, si une décision d'assignation à résidence doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et notamment préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même. En outre, aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe ne fait légalement obstacle à ce que l'autorité administrative, lorsqu'elle assortit la décision de transfert d'une mesure d'assignation à résidence, mesure alternative moins contraignante au placement en rétention, oblige le ressortissant étranger devant quitter le territoire, dans le cadre de la fixation des modalités d'exécution de la mesure d'assignation à résidence et afin de permettre l'éloignement de ce ressortissant étranger et des enfants l'accompagnant, à se présenter auprès des services de police avec ses enfants mineurs, sous réserve d'une erreur d'appréciation.
30. M. B a fait l'objet, par un arrêté du même jour, d'une obligation de quitter le territoire français sans délai. Dès lors, contrairement à ce qu'il soutient, le préfet de la Marne a pu, sans erreur de droit, l'assigner à résidence.
31. L'arrêté en litige fait l'obligation au requérant de se présenter tous les jours entre 8h et 9h au commissariat de police de Reims, excepté les dimanches et jours fériés. M. B soutient qu'il ne peut honorer une telle obligation en raison de sa vie privée et familiale et de son impécuniosité. Cependant, il ne dispose pas d'attaches familiales en France ni ne produit d'élément relatif à l'existence d'une vie personnelle, ainsi qu'il a été dit au point 13, et il réside à Reims. Dès lors les moyens tirés de ce que l'arrêté en litige porterait atteinte à sa liberté d'aller et venir et serait disproportionné doivent être écartés.
32. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation des arrêtés du préfet de la Marne du 10 octobre 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, d'astreinte et tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Gabon et au préfet de la Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 18 octobre 2023.
Le magistrat désigné,
Signé
P-H MALEYRE
La greffière,
Signé
S. VICENTE
Nos 2302350 et 2302351
Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — N° TA51-2600864
Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a été saisi de trois requêtes en excès de pouvoir visant des arrêtés préfectoraux ordonnant le transfert vers la Suède et l'assignation à résidence de demandeurs d'asile. La juridiction a rejeté les demandes d'annulation, considérant que les moyens soulevés, notamment sur la motivation, le respect des droits de la défense et l'application du règlement Dublin III (UE n°604/2013), n'étaient pas fondés. Les décisions attaquées ont ainsi été jugées régulières au regard du droit des étrangers et du droit d'asile.
03/04/2026
Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — N° TA51-2600876
Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a annulé la décision du directeur territorial de l'OFII refusant les conditions matérielles d’accueil à l’enfant mineure. Le juge a retenu que l’autorité avait méconnu les exigences procédurales, notamment l’obligation de motivation et la prise en compte de la vulnérabilité de la famille, prescrites par les articles L. 551-15 et L. 522-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. La requérante a également été admise à titre provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle en raison de l’urgence de sa situation.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — N° TA51-2600899
Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté la requête de M. B... visant à annuler l'arrêté préfectoral prolongeant son assignation à résidence. Le tribunal a jugé que le défaut d'interprète lors de la notification, invoqué au titre de l'article L. 141-3 du CESEDA, était inopérant car il n'affecte pas la légalité de la décision. Il a également estimé que la condition de perspectives raisonnables d'éloignement, prévue à l'article L. 731-1 du CESEDA, était satisfaite au vu des démarches engagées par l'administration.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — N° TA51-2600833
Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté la requête de M. A... visant à annuler le refus des conditions matérielles d’accueil (CMA) notifié par l’OFII. Le juge a estimé que la décision, fondée sur l’article L. 551-15 du CESEDA pour un dépôt de demande d’asile hors du délai de 90 jours, était correctement motivée et avait pris en compte la situation du requérant. Les moyens soulevés, notamment sur l’examen de la vulnérabilité et la formation de l’agent, n’ont pas été retenus.
01/04/2026