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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2402348

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2402348

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2402348
TypeDécision
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantGABON

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2402348, le 16 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Aurélie Gabon, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 9 septembre 2024 par lequel le préfet de la Marne l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'a pas été préalablement entendu, ni n'a été accompagné d'une personne de son choix, assisté d'un interprète qualifié et a pu prendre connaissance de ses droits ;

- il n'est pas établi qu'il entendrait se soustraire à la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet et que cette mesure est susceptible d'être exécutée dans une perspective raisonnable ;

- l'arrêté précité méconnaît la liberté d'aller et de venir ;

- il méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les modalités d'exécution de l'assignation à résidence sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

La procédure a été communiquée au préfet de la Marne qui n'a pas produit de mémoire.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2402349, le 16 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Aurélie Gabon, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 9 septembre 2024 par lequel le préfet de la Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit à défaut d'exécution volontaire et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de cent euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il n'est pas intervenu au terme d'un examen complet de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'a pas été préalablement entendu, ni n'a été assisté d'un interprète qualifié ;

- il lui a été notifié dans des conditions irrégulières ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale, dès lors qu'il n'est pas établi que la décision lui refusant le bénéfice du droit d'asile lui aurait été notifiée et qu'il a présenté une demande d'asile actuellement en cours d'instruction ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il n'est pas établi que sont réunies les conditions qui subordonnent l'édiction d'une décision lui refusant un délai de départ de volontaire ;

- cette décision méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de retour méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet de la Marne n'établit pas qu'il serait admissible dans un autre pays que son pays d'origine ;

- il établit avoir droit à la délivrance d'un titre de séjour ;

- le préfet de la Marne ne s'est pas prononcé sur sa demande de titre de séjour ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'illégalité, dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public et que sa durée est disproportionnée ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La procédure a été communiquée au préfet de la Marne qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. Friedrich, premier conseiller.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Clemmy Friedrich,

- et les observations de Me Gabon, représentant M. B, qui soutient que celui-ci est arrivé en France entre 2020 et 2021 avant de repartir vers son pays d'origine en exécution d'une mesure d'éloignement et de revenir en France en 2022 ; qu'il réside en France avec sa femme et leurs trois enfants mineurs ; que sa femme a présenté une demande de réexamen qui est en cours d'instruction, outre une demande d'asile présentée au nom de leur dernier né ; M. B ajoute quant à lui qu'il est exposé à subir dans son pays d'origine la vindicte de l'ancien compagnon de sa femme, que seule sa mère y réside désormais et qu'il subvient aux ressources de la famille en effectuant des activités rémunérées non déclarées.

Le préfet de la Marne n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après que le conseil de M. B et lui-même ont formulé des observations orales au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant géorgien né le 15 avril 1992 à Tbilissi, demande au tribunal d'annuler les arrêtés du 9 septembre 2024 par lesquels le préfet de la Marne, d'une part, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de retour et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et, d'autre part, a prononcé son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

2. Les requêtes susvisées n° 2402348 et n° 2402349 concernent la situation d'un même ressortissant étranger. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. I1 ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

5. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que M. B réside en France avec sa compagne et leurs trois enfants mineurs, lesquels d'ailleurs étaient tous présents à l'audience, et, d'autre part, que sa compagne a présenté une première demande de réexamen et qu'une demande d'asile a été présentée au nom de leur dernier enfant né à Châlons-en-Champagne le 12 juillet 2023. Dès lors qu'il n'est pas établi qu'il aurait été statué sur ces demandes, leurs auteurs ont droit à se maintenir sur le territoire français, ainsi que le prévoient les dispositions de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il en résulte que les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui impliquent que la cellule familiale puisse demeurer unie, font obstacle à ce que, dans les circonstances particulières de l'espèce, le préfet de la Marne puisse légalement prendre à l'encontre de M. B une mesure d'éloignement dont l'exécution aurait nécessairement pour effet de le séparer de sa famille et de placer celle-ci dans une situation de précarité, compte tenu notamment de l'âge des trois enfants et de la circonstance que M. B subvient seul aux besoins de la famille. Par suite, ce dernier est fondé à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, que la décision faisant obligation à M. B de quitter le territoire français doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions lui refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination, prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français et ordonnant son assignation à résidence.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. L'exécution du présent jugement implique seulement que M. B se voit délivrer par le préfet de la Marne une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que sa compagne, Mme D, et leurs fils, C, conservent leur droit à se maintenir sur le territoire français au titre de leur qualité de demandeur d'asile. Il y a eu lieu d'ordonner au préfet de la Marne de lui délivrer cette autorisation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

8. Ainsi qu'il a été dit au point 3 du jugement, il y a lieu d'admettre provisoirement M. B à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Gabon, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Gabon de la somme de 1 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 800 euros sera versée à M. B.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les arrêtés du 9 septembre 2024 pris par le préfet de la Marne sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Marne de délivrer à M. B une autorisation provisoire de séjour, dans les conditions précisées au point 7 du jugement, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Gabon renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Gabon, avocate de M. B, une somme de 1 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 800 euros sera versée à M. B.

Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Aurélie Gabon et au préfet de la Marne.

Copie en sera transmise pour information au bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Châlons-en-Champagne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

C. FRIEDRICHLa greffière,

Signé

S. VICENTE

La République mande et ordonne au préfet de la Marne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2402348 et 2402349

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