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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2402361

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2402361

vendredi 13 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2402361
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationJuge unique - 2ème chambre
Avocat requérantSARL CAZIN MARCEAU AVOCATS ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté les requêtes de Mme A... visant à annuler deux titres exécutoires émis par le département de l'Aube pour recouvrer des indus de RSA. Le tribunal a jugé que la créance n'était pas prescrite, considérant que des actes interruptifs de prescription étaient intervenus et que le caractère frauduleux allégué de l'indu faisait application de la prescription quinquennale de droit commun. Les moyens tirés de l'irrégularité de la motivation du titre et du droit à l'erreur ont également été écartés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 septembre 2024 et le 5 mars 2025 sous le n° 2402361, Mme B... A..., représentée par Me Casaubon, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’avis des sommes à payer d’un montant de 625,55 euros émis le 25 juillet 2024 par le département de l’Aube en vue du recouvrement d’un indu de revenu de solidarité active (RSA) pour la période du 1er septembre 2011 au 30 novembre 2011 ;

2°) de mettre à la charge du département de l’Aube la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et les entiers dépens.


Elle soutient que :
- le conseil départemental méconnait les dispositions de l’article L. 262-45 du code de l’action sociale et des familles, la créance concernée par le titre litigieux étant prescrite ;
- le titre en litige est irrégulier, les voies et délais de recours figurant sur le titre litigieux ne précisant pas quel tribunal administratif saisir ;
- l’avis des sommes à payer ne précise pas la base légale et les éléments de calculs sur lesquels il est fondé ;
- elle ouvrait droit au RSA pour la période concernée par l’indu objet du titre litigieux, conformément aux dispositions de l’article L. 262-4 du code de l’action sociale et des familles ;
- elle avait le droit à l’erreur en vertu de l’article L. 123-1 du code des relations entre le public et l’administration ;
- sa situation financière est très précaire, elle est souffrante.


Par un mémoire en défense enregistré le 14 janvier 2025, le conseil départemental de l’Aube, représenté par Me Cazin, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme A... la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- Mme A... n’ayant pas contesté le bien-fondé de l’indu litigieux dans les délais qui lui étaient impartis pour former un recours administratif préalable obligatoire, elle n’est pas recevable à le faire dans le cadre de la présente instance ;
- la créance n’est pas prescrite car plusieurs actes interruptifs de prescription sont intervenus, la fraude étant caractérisée, la prescription quinquennale prévue à l’article 2 224 du code civil s’applique ;
- l’indu de 768,03 euros ne concerne pas l’omission de déclaration de la pension alimentaire comme l’indu objet du titre exécutoire litigieux mais la prise en compte du fils de Mme A... dans le calcul de son droit au RSA « alors qu’il percevait une allocation distincte » ;
- la mention correcte des voies et délais de recours n’est pas une condition de régularité de l’acte ;
- le titre de recette exécutoire respecte les obligations en matière de motivation ;
- le trop-perçu est fondé ;
- son caractère frauduleux est établi.


II. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 septembre 2024 et le 5 mars 2025 sous le n° 2402362, Mme B... A..., représentée par Me Casaubon, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’avis des sommes à payer d’un montant de 142,48 euros émis le 25 juillet 2024 par le département de l’Aube en vue du recouvrement d’un indu de revenu de solidarité active pour le mois d’avril 2012 ;

2°) de mettre à la charge du département de l’Aube la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et les entiers dépens.


Elle soutient que :
- le conseil départemental méconnaît les dispositions de l’article L. 262-45 du code de l’action sociale et des familles, la créance concernée par le titre litigieux étant prescrite ;
- le titre en litige est irrégulier, les voies et délais de recours figurant sur le titre litigieux ne précisant pas quel tribunal administratif saisir ;
- l’avis des sommes à payer ne précise pas la base légale et les éléments de calculs sur lesquels il est fondé ;
- elle avait droit au RSA pendant la période concernée par l’indu objet du titre litigieux ;
- elle a droit à l’erreur en vertu de l’article L. 123-1 du code des relations entre le public et l’administration ;
- sa situation financière est très précaire, elle est souffrante.


Par un mémoire en défense enregistré le 14 janvier 2025, le conseil départemental de l’Aube, représenté par Me Cazin, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A... la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- Mme A... n’ayant pas contesté le bien-fondé de l’indu litigieux dans les délais qui lui étaient impartis pour former un recours administratif préalable obligatoire, elle n’est pas recevable à le faire dans le cadre de la présente instance ;
- la créance n’est pas prescrite car plusieurs actes interruptifs de prescription sont intervenus, la fraude étant caractérisée, la prescription quinquennale prévue à l’article 2 224 du code civil s’applique ;
- l’indu de 768,03 euros ne concerne pas l’omission de déclaration de la pension alimentaire comme l’indu objet du titre exécutoire litigieux mais la prise en compte du fils de Mme A... dans le calcul de son droit au RSA « alors qu’il percevait une allocation distincte » ;
- la mention correcte des voies et délais de recours n’est pas une condition de régularité de l’acte ;
- le titre de recette exécutoire respecte les obligations en matière de motivation ;
- le trop-perçu est fondé ;
- son caractère frauduleux est établi.


Par deux décisions du 16 octobre 2024, Mme A... s’est vue attribuer le bénéfice de l’aide juridictionnelle partielle à 55%.


Vu les autres pièces du dossier.


Vu :

- le code de l’action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.


La présidente, sur le fondement de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative, a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Mégret, présidente-rapporteure ;
- et les observations de Me Benmerad se substituant à Me Cazin pour représenter le conseil départemental de l’Aube, présent, qui rappelle que les actes en litige sont suffisamment motivés et que les créances ne sont pas prescrites.



Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées n° 2402361 et 2402362 présentées par Mme B... A... concernent la situation d’une même allocataire et ont fait l’objet d’une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.


2. Mme A... a bénéficié du revenu minimum d’insertion puis du revenu de solidarité active (RSA) à compter au moins de septembre 2005 et jusqu’au 31 mai 2012. Par un courrier du 14 janvier 2012, la caisse d’allocations familiales (CAF) de l’Aube lui a notifié un indu de revenu de solidarité active de 625,55 euros, pour les mois de septembre à novembre 2011. Par un autre courrier du 30 avril 2012, la CAF a notifié à Mme A... un autre indu de revenu de solidarité active pour le mois d’avril 2012 d’un montant de 142,48 euros. Par deux courriers du 22 juillet 2020, le conseil départemental de l’Aube a informé la requérante d’un trop perçu de RSA restant à sa charge à hauteur de 625,55 euros pour la période du 1er septembre au 30 novembre 2011 et de 142,48 euros pour la période du 1er au 30 avril 2012, ainsi que de leur mise en recouvrement. Par un jugement du 15 mars 2022, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a annulé les titres exécutoires émis le 3 août 2020 portant sur des indus de RSA d’un montant total de 768,03 euros au titre de la période de septembre à novembre 2011 et du mois d’avril 2012. Par un jugement du 20 juin 2023, le tribunal de céans a, une nouvelle fois, annulé les avis de sommes à payer émis par le conseil départemental le 5 mai 2022 portant sur les sommes de 625,55 euros et de 142,48 euros. Le 25 juillet 2024, le conseil départemental de l’Aube a émis de nouveaux avis de sommes à payer, concernant les mêmes montants. Par la présente instance, Mme A... en demande l’annulation au tribunal.


Sur la fin de non-recevoir opposée par le conseil départemental :

3. Aux termes de l’article L. 262-46 du code de l’action sociale et des familles : « Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / Toute réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu, le dépôt d'une demande de remise ou de réduction de créance ainsi que les recours administratifs et contentieux, y compris en appel, contre les décisions prises sur ces réclamations et demandes ont un caractère suspensif./(…)/ Après la mise en œuvre de la procédure de recouvrement sur prestations à échoir, l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active transmet, dans des conditions définies par la convention mentionnée au I de l’article L. 262-25 du présent code, les créances du département au président du conseil départemental. La liste des indus fait apparaître le nom de l'allocataire, l'objet de la prestation, le montant initial de l'indu, le solde restant à recouvrer, ainsi que le motif du caractère indu du paiement. Le président du conseil départemental constate la créance du département et transmet au payeur départemental le titre de recettes correspondant pour le recouvrement. (…) ». Aux termes de l’article L. 262-47 du même code : « Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental ».


4. Aux termes de l’article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : « (…) 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / Toutefois, l'introduction devant une juridiction de l'instance ayant pour objet de contester le bien-fondé d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local suspend la force exécutoire du titre. (…) / 2° L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois suivant la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / L'action dont dispose le débiteur de la créance visée à l'alinéa précédent pour contester directement devant le juge de l'exécution mentionné aux articles L. 213-5 et L. 213-6 du code de l'organisation judiciaire la régularité formelle de l'acte de poursuite diligenté à son encontre se prescrit dans le délai de deux mois suivant la notification de l'acte contesté (…) ».


5. Il résulte des dispositions précitées qu’une décision de récupération d’un indu de revenu de solidarité active prise par le président du conseil départemental, ou par délégation de celui-ci ne peut, à peine d’irrecevabilité, faire l’objet d’un recours contentieux sans qu’ait été préalablement exercé un recours administratif auprès de cette autorité. Si la recevabilité d’un recours contentieux dirigé contre le titre exécutoire émis pour recouvrer un indu de revenu de solidarité active n’est pas subordonnée à l’exercice d’un recours administratif préalable, le débiteur ne peut toutefois, à l’occasion d’un tel recours, contester devant le juge administratif le bien-fondé de cet indu en l’absence de tout recours préalable saisissant de cette contestation le président du conseil départemental. En revanche, une telle contestation reste possible à l’occasion d’un recours contre les actes de poursuite qui procèdent du titre exécutoire exercé conformément aux dispositions précitées de l’article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, même en l’absence de recours administratif préalable.


6. Il ne résulte pas de l’instruction que l’intéressée a présenté un recours administratif en annulation des indus objets des créances en litige ni introduit une demande de remise gracieuse de ces indus auprès de la CAF. Notamment, il résulte de l’instruction que Mme A... n’a formé qu’un recours administratif obligatoire le 8 septembre 2010 pour un indu de RMI et RSA pour la période du 1er août 2008 au 30 septembre 2010, soit une période antérieure à celles en litige ce qu’a, au demeurant, reconnu le jugement du 20 juin 2023 en son point 5. Enfin, les jugements du tribunal de 2022 et 2023 ont annulé les avis de sommes à payer pour les périodes en litige que pour un motif de régularité. Il s’ensuit que la fin de non-recevoir soulevée par le département doit être accueillie.




Sur les conclusions tendant à l’annulation des titres exécutoires :

7. En premier lieu, aux termes du deuxième alinéa de l’article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : « Toute créance liquidée faisant l'objet (…) d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation (…) ». Ainsi, tout état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l’état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.

8. D’une part, les titres exécutoires contestés mentionnent chacun qu’ils correspondent à un indu de revenu de solidarité active pour les périodes du 1er septembre au 30 novembre 2011 et pour le mois d’avril 2012. D’autre part, il résulte de l’instruction que figurait en annexe de chacun des titres exécutoires notifiés à Mme A... le 25 juillet 2024 un document faisant état des éléments de calcul de l’indu en cause ainsi que ses motifs. Par suite, la requérante n’est pas fondée à soutenir qu’elle n’aurait pas été régulièrement informée des bases et éléments de calcul des dettes dont il lui est demandé règlement.

9. En deuxième lieu, si les indications relatives aux délais et voies de recours sont insuffisamment précises, cette circonstance est sans incidence sur la régularité des titres exécutoires en cause.

10. En dernier lieu, si Mme A... se prévaut de la précarité de sa situation financière et de la fragilité de son état de santé, ces circonstances, au demeurant non établies, sont sans incidence sur la légalité des actes attaqués. En outre, elles ne sont pas davantage de nature à ouvrir droit, à supposer qu’elle ait sollicité une demande de remise gracieuse, à une telle remise, faute de bonne foi de la requérante, qui a omis depuis 2005 de déclarer les pensions alimentaires perçues.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation des titres exécutoires émis le 25 juillet 2024 par le département de l’Aube doivent être rejetées.


Sur les frais liés au litige :

12. Il n’y a pas lieu, Mme A... étant la partie perdante, de mettre à la charge du département de l’Aube la somme de 2 000 euros en application des disposions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

13. En revanche il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de Mme A... la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative à verser au conseil départemental de l’Aube.


D E C I D E :


Article 1er : Les requêtes de Mme A... sont rejetées.

Article 2 : Mme A... versera au conseil départemental de l’Aube la somme de 1 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A..., au conseil départemental de l’Aube et à Me Aurélien Casaubon.

Copie en sera adressée à la caisse d’allocations familiales de l’Aube.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2026.

La présidente,

signé

S. MÉGRETLa greffière,

signé

I. DELABORDE

La République mande et ordonne au ministre du travail et des solidarités en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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