jeudi 20 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2402702 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 octobre 2024, Mme B A, représenté par Me Ouriri, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 septembre 2024 par lequel la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui accorder une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet de l'Aube, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Torrente, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante comorienne née le 9 juillet 1966, est entrée sur le territoire de Mayotte en 1991 où elle a obtenu, en 2010, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " régulièrement renouvelé jusqu'au 26 septembre 2017. Le 7 mai 2017, l'intéressée est entrée sur le territoire métropolitain sous couvert de l'autorisation spéciale prévue, désormais, à l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile valable jusqu'au 30 juillet 2017. Le 24 décembre 2021, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles L. 423-7 et L. 423-23 du même code. Par une décision du 23 mai 2023, le préfet du Puy-de-Dôme a rejeté cette demande. Le 15 mai 2024, Mme A a déposé une nouvelle demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " auprès des services de la préfecture de l'Aube. Par un arrêté du 26 septembre 2024, la préfète de l'Aube a rejeté cette demande, a obligé l'intéressée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision portant refus de séjour contestée comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit, par suite, être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". En vertu de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
4. Mme A soutient qu'elle est la mère de cinq enfants nés à Mayotte et de nationalité française, qu'elle ne dispose plus d'attache aux Comores depuis le décès de ses parents, que tous ses enfants vivent sur le territoire métropolitain et qu'elle réside depuis 33 ans sur le territoire français. Il est constant que Mme A a résidé à Mayotte de 1991 jusqu'à son entrée sur le territoire métropolitain le 7 mai 2017 et qu'elle a obtenu la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " de 2010 à 2017, territoire qui constitue un département d'outre-mer depuis le 31 mars 2011. Il ressort également des pièces du dossier qu'elle réside sur le territoire métropolitain depuis le 7 mai 2017. Toutefois, si l'intéressée se prévaut de la présence de ses enfants majeurs qui ont tous la nationalité française, il ressort des pièces du dossier que ces derniers résident dans un autre département et qu'elle n'établit pas entretenir des liens intenses et stables avec eux en se bornant à produire trois mandats de paiement ordonnés par trois de ses enfants en 2023 pour des montants modiques. En outre, l'intéressée n'établit pas être dépourvue de toute attache personnelle et familiale aux Comores, en dépit du décès de ses parents, pays dans lequel elle a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans. Il ressort en outre des pièces du dossier que la requérante ne dispose d'aucune ressource personnelle et ne justifie d'aucune insertion professionnelle sur le territoire métropolitain ni d'aucune perspective d'embauche. Dans ces conditions, compte tenu de ses conditions de séjour sur le territoire français et en dépit de sa durée, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que la préfète de l'Aube a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en refusant de lui délivrer un titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
5. En dernier lieu, il résulte des motifs qui précèdent que la requérante n'est pas fondée à invoquer, par voie d'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.
6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 26 septembre 2024 de la préfète de l'Aube. Doivent, par voie de conséquence, être rejetées les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de l'Aube.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 27 février 2025, à laquelle siégeaient :
M. Briquet, président,
M. Torrente, premier conseiller,
M. Rifflard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2025.
Le rapporteur,
Signé
V. TORRENTELe président,
Signé
B. BRIQUET
La greffière,
Signé
F. DAROUSSI DJANFAR
La République mande et ordonne au préfet de l'Aube en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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