jeudi 20 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2402986 |
| Type | Décision |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 novembre 2024 et le 7 février 2025, Mme D A, représentée par Me Aït Mehdi, demande au tribunal :
1°) d'annuler, à titre principal, la décision du 21 octobre 2024 par laquelle le préfet de la Marne a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire, et, à titre subsidiaire la décision du même jour par laquelle le préfet de la Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Marne, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant cet examen ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour a été prise par une autorité incompétente, dès lors que la délégation de signature de cette dernière n'est pas établie ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de ce que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;
- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination ont été prises par une autorité incompétente, dès lors que la délégation de signature de cette dernière n'est pas établie ;
- elles portent une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet de la Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Rifflard, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante marocaine née le 2 décembre 1987, déclare être entrée en France le 8 septembre 2005. Le 1er juillet 2022, elle a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article 3 de l'accord entre le gouvernement de la république française et le gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987, et sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 21 octobre 2024, le préfet de la Marne a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays à destination duquel elle serait susceptible d'être éloignée. Mme A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté, à titre principal, en tant qu'il porte rejet de sa demande de titre de séjour, et, à titre subsidiaire, en tant qu'il lui fait obligation de quitter le territoire français.
Sur les moyens dirigés à l'encontre de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
2. En premier lieu, par un arrêté du 18 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, M. B E, préfet de la Marne, a donné à M. Raymond Yeddou, secrétaire général de la préfecture de la Marne, délégation à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions du représentant de l'Etat dans le département, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figure pas la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision comporte les motifs de fait et de droit qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de son insuffisance de motivation doit être écarté.
4. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de Mme A n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier. Ce moyen doit donc être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".
6. D'une part, Mme A se prévaut d'une durée de présence en France de plus de dix ans et de ce que la commission du titre de séjour aurait dû, dès lors, être saisie en application des dispositions précitées. Toutefois, le préfet de la Marne a retenu qu'elle n'établissait pas, par les pièces produites dans le cadre de sa demande de titre de séjour, de façon probante une ancienneté de résidence en France de plus de dix ans. Or, pour établir cette durée de présence dans le cadre de cette instance, Mme A se borne à justifier, d'une part, de ce qu'elle a disposé de titres de séjour entre 2005 et 2010, période au cours de laquelle elle a obtenu un diplôme universitaire en février 2008, et, d'autre part, d'avoir signé un contrat à durée indéterminée avec la société MNNS à compter du 1er février 2021 en qualité de serveuse à Châlons-en-Champagne. Dans ces conditions, elle n'établit pas résider habituellement en France depuis plus de dix ans. Son moyen tiré de ce que la commission du titre de séjour aurait dû être saisie doit, dès lors, être écarté.
7. D'autre part, Mme A soutient que la décision du préfet de la Marne est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu de la durée de sa présence en France et de son insertion professionnelle. Elle fait valoir à cet égard qu'elle travaille au sein du même établissement depuis 2018 et que le préfet ne conteste pas qu'elle serait présente en France depuis 2015. Toutefois, en admettant même qu'elle soit présente en France depuis 2015, elle ne justifie que du contrat de travail précité à compter du 1er février 2021. En outre, elle est célibataire et sans enfant. Elle n'est par ailleurs pas dépourvue d'attaches familiales au Maroc où elle a vécu jusqu'à l'âge de dix-sept ans. Dans ces conditions, le préfet de la Marne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que la situation de Mme A ne répondait pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce moyen doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Pour les mêmes motifs que ceux repris au point 7 ci-avant, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme non fondé.
Sur les moyens dirigés à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de destination :
10. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 2, le moyen tiré de ce que M. C n'était pas compétent pour prononcer à l'encontre de Mme A les décisions en litige doit être écarté.
11. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux indiqués aux points 7 et 9 ci-avant, Mme A n'est pas fondée à soutenir que les décisions en litige portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles fondées sur les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au préfet de la Marne.
Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 27 février 2025, à laquelle siégeaient :
M. Briquet, président,
M. Torrente, premier conseiller,
M. Rifflard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2025.
Le rapporteur,
Signé
R. RIFFLARDLe président,
Signé
B. BRIQUET
La greffière,
Signé
F. DAROUSSI DJANFAR
La République mande et ordonne au préfet de la Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA02134
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